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	<title>La chronique de Charles Hectorne</title>
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	<pubDate>Mon, 23 Apr 2012 04:18:56 +0000</pubDate>
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		<title>Le retour du vinyle</title>
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		<pubDate>Sun, 24 Apr 2011 20:58:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Hectorne</dc:creator>
		
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Il y a quelques mois encore, beaucoup regardaient le phénomène avec une sorte d&#8217;incrédulité, voire de défiance. Le vinyle était mort et enterré, c&#8217;était certain et le CD n&#8217;allait pas tarder à le rejoindre dans la fosse aux supports transitoires de l&#8217;audioviduel?
En quelques mois, la résurgence du vinyle est devenue un phénomène [...]]]></description>
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<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong>Il y a quelques mois encore, beaucoup regardaient le phénomène avec une sorte d&#8217;incrédulité, voire de défiance. Le vinyle était mort et enterré, c&#8217;était certain et le CD n&#8217;allait pas tarder à le rejoindre dans la fosse aux supports transitoires de l&#8217;audioviduel?</strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong>En quelques mois, la résurgence du vinyle est devenue un phénomène manifeste, vraisemblablement voué à durer. Il convient donc de réfléchir au sens de cette résurrection. Nostalgie ? Après tout, c&#8217;est bien le nom de l&#8217;un des appareils les plus remarqués de ce retour en force (« Nostalgia », plus exactement). Beaucoup en sont encore convaincus, quand ils ne voient pas là une forme de snobisme. Mais il est possible que, depuis le milieu des années 1980, nous ayons vécu sur une illusion de progrès. Avec l&#8217;internet, cette illusion a éclaté. </strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong>Loin de moi l&#8217;idée de décrier le CD. Simplement, il faut admettre qu&#8217;il n&#8217;est pas tellement meilleur que le vinyle. Il est différent. C&#8217;est sans doute ce qui explique la concomitance de deux faits : la fragilsation du CD d&#8217;une part, le retour du vinyle d&#8217;autre part.</strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/04/front-cover.jpg"><img class="size-medium wp-image-904 aligncenter" title="front-cover" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/04/front-cover-300x300.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong>On nous a expliqué pendant des années que le CD offrait une qualité de son optimale. Ce n&#8217;est pas entièrement faux. Ce n&#8217;est pas entièrement vrai non plus. On a simplement oublié un fait : le son est historique. Et l&#8217;histoircité du son, si elle ne rend pas vains (loin s&#8217;en faut) les efforts de l&#8217;ingénierie sonore, en circonscrit la portée. </strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong>Prenons le cas du bluesman Big Bill Broonzy. On l&#8217;écoute aujourd&#8217;hui dans un son qui est le son de son époque (et même en-deçà des standards de son temps). Ce son est médiocre, au regard de la « qualité CD ». Et pourtant l&#8217;artiste marque sa présence avec une force que la saturation nasillarde de l&#8217;enregistrement n&#8217;affecte pas le moins du monde. Au contraire, ce son, si pauvre qu&#8217;il puisse être en termes de qualité d&#8217;écoute, participe de l&#8217;identité culturelle du blues, et de Broonzy en particulier.</strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong>Soyons clair : le CD n&#8217;a rien apporté à Broonzy. Et je frémis d&#8217;horreur à l&#8217;idée qu&#8217;un ambitieux puisse vouloir remasteriser <em>Truckin&#8217; Little Woman </em><span style="font-style: normal;">en lui donnant le clinquant d&#8217;un Stevie Ray Vaughan. L&#8217;entreprise serait absurde. C&#8217;est un peu ce qu&#8217;a fait Moby en son temps avec les samples de </span><em>Play, </em><span style="font-style: normal;">issus d&#8217;enregistrements d&#8217;Alan Lomax. Mais dans le cas de Moby, il s&#8217;agit d&#8217;une re-création, non d&#8217;une (hypothétique) restitution.</span></strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/04/bbb.jpg"><img class="size-medium wp-image-906 aligncenter" title="bbb" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/04/bbb-265x300.jpg" alt="" width="265" height="300" /></a></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong><span style="font-style: normal;">L&#8217;enregistrement sonore est un phénomène récent, au bout du compte, à peine vieux de plus d&#8217;un siècle. Et nous n&#8217;avons aucune visibilité sur l&#8217;avenir. Simplement, nous arrivons à une époque où viennent à coexister des sons très différents les uns des autres, en fonction des époques mais aussi des styles, sinon de la sociologie des musiques enregisstrées. La qualité audio existe bel et bien mais elle n&#8217;est qu&#8217;une composante, un support pour ce qui se transmet à travers la musique. Cette qualité audio n&#8217;est ni nécessaire ni suffisante pour la transmission d&#8217;une oeuvre musicale.</span></strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong><span style="font-style: normal;">L&#8217;avènement du CD s&#8217;est joué sur un mythe qui lui était antérieur : celui de la haute fidélité. Loin de moi l&#8217;idée de minorer la richesse d&#8217;invention des techniciens de la hi-fi. Là encore, il s&#8217;agit de circonscrire la réalité d&#8217;une innovation. Or, la hi-fi, on la perçoit mieux aujourd&#8217;hui, telle qu&#8217;elle est advenue au milieu des années 1970. Deux disques sont les témoins de cette révolution de salon : </span><em>Dark Side of the Moon </em><span style="font-style: normal;">de Pink Floyd et </span><em>Breakfast in America </em><span style="font-style: normal;">de Supertramp. Ces deux disques sont étroitement liés à une technologie, à certains types d&#8217;appareils, à une conception de la musique qui, on le voit clairement, est une conception datée, historique. Pas vaine pour autant ! Mais </span><em>Dark Side of the Moon </em><span style="font-style: normal;">n&#8217;est pas forcément une oeuvre plus remarquable que les enregistrements de Big Bill Broonzy. </span></strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong><span style="font-style: normal;">Le son est historique. Le son du métal des années 2000, 2919 est sans doute plus puissant que celui des années 1980 mais les oeuvres de référence du domaine restent ancrées dans l&#8217;époquie antérieure. On pourrait citer mille autres exemples qui peuvent faire préférer, à la production d&#8217;aujourd&#8217;hui, celles d&#8217;époques passsées. Mais il n&#8217;y a pas que le son lui-même qui soit histoiique : l&#8217;usage, également, est situé dans l&#8217;espace comme dans le temps.</span></strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong><span style="font-style: normal;">Que veut dire la hi-fi, pour prendre un exemple extrême, dans le cas de la musique tibétaine ? Croit-on vraiment, en écoutant dans son salon telle musique rituelle des sommets de l&#8217;Himalaya, avoir accès à la « qualité audio » des plus hautes cîmes de la planète ? On voir bien que c&#8217;est absurde. Comme il est absurde de croire qu&#8217;on retrouvera dans un disque (quel qu&#8217;en soit le support) la présence et l&#8217;enveloppe sonore d&#8217;un concert de musique classique. </span></strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/04/audito-onl.jpg"><img class="size-medium wp-image-907 aligncenter" title="audito-onl" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/04/audito-onl-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><strong><span style="font-style: normal;">La musique vivante est inalénable. Elle ne se laissera jamais enfermer parce qu&#8217;elle est une expérience finie dans l&#8217;espace, le temps et la subjecticité de celui qui la reçoit. Aucun enregistrement d&#8217;</span><em>&#8230;explosante-fixe&#8230;</em><span style="font-style: normal;"> de ¨Pierre Boulez ne rendra la magie des vagues sonores qui traversent l&#8217;espace de la salle quand cette oeuvre est produite en concert. C&#8217;est pourquoi, contrairement à ce qu&#8217;espérait Edgar Varese, la technologie ne permettra jamais d&#8217;en finir avec le musicien. Le concert est une expérience musicale irremplaçable. Le son enregistré a de merveilleuses qualités mais, déconnecté de la réalité vivante de la musique, il n&#8217;est qu&#8217;un ruban sonore destiné à couvrir le silence que nous craignons tant, comme l&#8217;indiquait Pascal Quignard dans sa </span><em>Haine de la musique.</em></strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal;"><strong>L&#8217;historicité des usages, ce n&#8217;est pas seulement le fait de la musique vivante. C&#8217;est aussi les modes d&#8217;écoute dont nous disposons et qui ne requièrent pas systématiquement une qualité optimale. Le transitor, par exemple. Mais aussi le téléphone portable; Il est assez comique de constater d&#8217;ailleurs que les dernières révolutions numériques ont favorisé une dégradation de la qualité audio : le téléphone portable offre un son plus détérioré que le moindre des transistor. Quant à la compression des MP3, elle peut altérer en profondeur le plus subtil des alliages de timbre. Il en va de même, d&#8217;ailleurs, pour le téléphone. Combien les lignes fixes des années 1980, 1990, étaient claires et stables comparé au signal faible et discontinu du téléphone illimité ! </strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/04/telephone.gif"><img class="size-medium wp-image-908 aligncenter" title="telephone" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/04/telephone-300x187.gif" alt="" width="300" height="187" /></a></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal;"><strong>Voilà quelques éléments qui peuvent expliquer ce retour du vinyle à une époque de prétendue dématéralisation. Je n&#8217;exlus pas l&#8217;idée que, d&#8217;ici quarante à cinquante ans, si pas de bouleversmeent majeur n&#8217;affecte nos sociétés, nous ne nous nourrissions exclusivement de ces petits appareils pas vraiment immatériels, d&#8217;ailleurs. Mais aujourd&#8217;hui, cette hypothèse relève de la science-fiction. Ce que nous voyons se confirmer sous nos yeux, c&#8217;est la coexistence des media culturels. Et cette coexistence, du fait simplement des stocks de documents qui existent encore et qu&#8217;il est nécessaire de préserver (après tout, ils sont un peu de notre patrimoine, tout de même&#8230;) durera au moins quinze ans encore, sans doute plus. </strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal;"><strong>Le vinyle est l&#8217;avenir du CD&#8230; et même des plateformes dématérialisées. Ce qui frappe l&#8217;auditeur du vinyle aujourd&#8217;hui, c&#8217;est d&#8217;un côté le « grain » du son, ce grain que les amateurs de grandes galettes noires ont toujours estimé « plus chaleureux » que celui du CD (et, pour les enregistrements antérieurs à l&#8217;avènement du CD, c&#8217;est très vrai) mais également la brièveté des plages d&#8217;écoute : 20 à 25 minutes ! On peut y voir un inconfort. Là encore, c&#8217;est l&#8217;illusion d&#8217;une écoute dématérialisée qui nous pousse à attendre de nos outils de diffusion quelque chose qui n&#8217;exige ni effort ni attention particulière. </strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal;"><strong>Quant à la fiabilité du support&#8230; D&#8217;un côté, on a les craquements et les sauts  du disque rayé, quand il a été maltraité. De l&#8217;autre on a l&#8217;illisibilité totale du disque numérique quand il a été négligé. Dans un cas une écoute défectueuse, de l&#8217;autre une écoute rendue impossible. Et que dire de la musique « dématérialisée », c&#8217;est-à-dire soumise aux aléas du dsique dur qui, une fois endommagé, fait disparaître toute trace des documents archivés (et, d&#8217;ailleurs, si peu consultés, tant l&#8217;abondance engendre l&#8217;indifférence) ?</strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/04/dscf7387.jpg"><img class="size-medium wp-image-909 aligncenter" title="dscf7387" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/04/dscf7387-300x224.jpg" alt="" width="300" height="224" /></a></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal;"><strong>Qu&#8217;on ne lise pas dans ces réflexions jetées en désordre le témoignage d&#8217;un rejet pétri de nostalgie. S&#8217;il y a un rejet que je souhaite effectivement exprimer, c&#8217;est celui d&#8217;une idéologie, celle de la « dématérialisation ». Je suis avec le plus grand enthousiasme le développement des technologies du son, de l&#8217;enregistrement, des supports d&#8217;écoute. En revanche, je regarde avec mépris se répandre des discours qui m&#8217;apparaissent totalement déconnectés de la réalité sociale de la musique (on pourrait faire exactement la même analyse du livre numérique, qui draîne des discours plus naïfs qu&#8217;au paroxysme du positivisme béat). De la musique, donc – et de la culture – dans ses réalités les plus diverses, les plus triviales, les plus précieuses.</strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal;"><strong>Je n&#8217;en veux pas au monsieur qui s&#8217;acharne à acquérir les meilleurs outils possibles pour écouter un son surround comme hier il installait quatre enceintes raccordées à sa chaîne pour obtenir de la quadriphonie. Je sais simplement qu&#8217;il ne profitera pas tellement de son installation. Parce que la musique n&#8217;est pas le son. L&#8217;audiophile n&#8217;est pas le mélomane. Et l&#8217;un comme l&#8217;autre, sans le savoir, écoutent sans cesse une musique dégradée et détériorée (dans la rue, sur le transistor qu&#8217;ils ont encore dans leur salle de bain, sur leur téléphone portable&#8230;)</strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal;"><strong>La résurgence du viniye est un phénomène durable. Mais ce n&#8217;est pas le vinyle en soi qui doit nous être précieux : c&#8217;est la réflexion à laquelle ce phénomène nous oblige quant à notre sens de l&#8217;écoute, de la musique. S&#8217;il est une forme qui domine toutes les autres, ce n&#8217;est ni le vinyle ni le CD ni le MP3&#8230; c&#8217;est la musique vivante, celle qui nous oblige à l&#8217;écoute. Car la contrepartie de la musique enregistrée est bien dans ce défaut d&#8217;attention qui caractérise l&#8217;auditeur d&#8217;aujourd&#8217;hui. J&#8217;ai toujours été effrayé par l&#8217;effrayante tendance qu&#8217;ont les jeunes auditeurs à écouter quelques secondes d&#8217;une chanson pour savoir si elle leur plaira.</strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal;"><strong>C&#8217;est d&#8217;ailleurs cette inattention généralisée qui est, à mon sens, responsable de la faible audience de la musique contemporaine. On doit cesser d&#8217;accuser les compositeurs d&#8217;aujourd&#8217;hui de se « couper du public » (on peut, en revanche, secourer les puces aux musiciens de la tradition savante pour qu&#8217;ils sortent de leur bulle – mais c&#8217;est un autre débat). Il est certain que les musiques qui travaillent avec le silence ne sont pas écoutables sur un baladeur. Il faut, pour marcher en musique (et plus encore pour prendre les transports en commun) un son épais et constant, d&#8217;intensité toujours égale. Une musique sans silence, en somme. Ce que peut le rock, la pop, le rap, le jazz même (tout dépend du jazz, il est vrai), la chanson (et encore) mais pas la musique savante.</strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/04/focus_webern1.jpg"><img class="size-medium wp-image-912 aligncenter" title="focus_webern1" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/04/focus_webern1-300x205.jpg" alt="" width="300" height="205" /></a></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal;"><strong>Le vinyle est donc également l&#8217;avenir de la musique contemporaine. D&#8217;ailleurs, je ne crois pas qu&#8217;on ait jamais réédité en CD l&#8217;excellent disque d&#8217;Antoine Goléa, <em>Introduction à la musique sérielle. </em>Le moment est vraisemblablement venu de le rééditer.. en vinyle.</strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal;">
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		<title>Tu n</title>
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		<pubDate>Sun, 17 Apr 2011 16:11:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Hectorne</dc:creator>
		
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C&#8217;est peu de dire que j&#8217;ai été choqué (je suis excessivement sensible,  faut-il croire) d&#8217;entendre Candlemass interpréter &#8220;Don&#8217;t fear (the  reaper)&#8221; de Blue Oyster Cult.
 
Rétrospectivement, il y a pourtant là une sorte d&#8217;évidence paradoxale  (ce qu&#8217;on appelle &#8220;évidence après-coup&#8221;). Tout de même, il fallait  imaginer l&#8217;impensable doublement [...]]]></description>
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<p><strong>C&#8217;est peu de dire que j&#8217;ai été choqué (je suis excessivement sensible,  faut-il croire) d&#8217;entendre Candlemass interpréter &#8220;Don&#8217;t fear (the  reaper)&#8221; de Blue Oyster Cult.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Rétrospectivement, il y a pourtant là une sorte d&#8217;évidence paradoxale  (ce qu&#8217;on appelle &#8220;évidence après-coup&#8221;). Tout de même, il fallait  imaginer l&#8217;impensable doublement imprévisible. C&#8217;est ce que le groupe de </strong> <strong><em class="bbc">Doom metal</em> suédois a entrepris avec brio.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/epicus.jpg"><img class="size-medium wp-image-941 aligncenter" title="epicus" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/epicus-299x300.jpg" alt="" width="299" height="300" /></a></strong></p>
<p><strong><br />
Ce qui m&#8217;inquiète dans le <em class="bbc">Doom metal,</em> c&#8217;est  l&#8217;absence d&#8217;humour. C&#8217;est pathétique. Déjà, en son temps, Goethe a fait  des émules de façon désastreuse avec &#8220;Les souffrances du jeune Werther&#8221;.  Une cinquantaine de jeunes gens se sont suicidés avec le gilet jaune du  jeune Werther. A notre époque, on aurait mis Goethe en prison.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>On ne mettra pas Candlemass en prison parce que les gens qui ont subi le choc frontal de l&#8217;</strong> <strong><em class="bbc">Epicus Doomicus Metallicus</em> ne se sont pas suicidés mais se sont rués dans de petits studios  gothiques pour enregistrer du métal funéraire. Je passe sur les  connexions crypto-fascistes de certains - plus crétins que les autres -  de ces musiciens gorgés d&#8217;amateurisme et frappés d&#8217;incapacité mentale.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>On pourra souligner au contraire que Candlemass, contrairement à ses  émules, a un humour certain. Mais si l&#8217;on veut en faire la  démonstration, il faut revenir à la chanson originelle.</strong> <strong></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Nous sommes en 1976. Aux Etats-Unis, le nom de Blue Oyster Cult commence  à être connu. Ils intriguent, du fait de ce mélange trouble de musique  rock vraiment très rock, de science-fiction, d&#8217;activisme politique aux  fondements troubles, d&#8217;occultisme enfin&#8230; sans parler de l&#8217;éclectisme  savamment entretenu d&#8217;un groupe qui peut aussi bien défier le mur du son  qu&#8217;écrire des bluettes idéales pour draguer les jeunes filles avides de  frissons nocturnes.</strong> <strong></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>&#8220;Don&#8217;t fear (the reaper)&#8221; offre la parfaite synthèse de ces éléments composites. C&#8217;est une chanson morbide ! Et même très morbide !  Une chanson d&#8217;amour morbide ! Le gars propose à la fille de mourir avec  lui. Il lui explique notamment que le soleil, la pluie et le vent n&#8217;ont  pas peur de mourir et qu&#8217;au bout du compte, Romeo et Juliette sont les  amants les plus hype de l&#8217;histoire du rock&#8217;n'roll.</strong> <strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/37adff.jpg"><img class="size-medium wp-image-942 aligncenter" title="37adff" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/37adff-300x300.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a></strong></p>
<p><strong><br />
La chanson est une ballade charmante. Si vous ne comprenez pas  l&#8217;anglais, vous croirez qu&#8217;il lui propose un restaurant ou un voyage en  Suède (en admettant que la jolie ne sache pas que c&#8217;est le pays  d&#8217;origine de Candlemass).</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Une chanson déchirante qui plus est. Après trois couplets, la chanson  s&#8217;interrompt pour laisser place à un petit motif guitaristique tout ce  qu&#8217;il y a d&#8217;émouvant et de nostalgique. La fille est dans vos bras, vous  pouvez lui pincez les muscles des bras et le nez à votre guise.</strong> <strong></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Mais si elle comprend l&#8217;anglais, elle pensera que vous allez la tuer. Et  ce sera d&#8217;autant plus horrible que vous garderez un sourire enjôleur en  approchant d&#8217;elle qui recule. C&#8217;est pourquoi les plus grands  réalisateurs de films d&#8217;horreur aiment à évoquer cette chanson, comme  l&#8217;a fait Rob Zombie dans son </strong> <strong><em class="bbc">Halloween</em> un peu raté, il y a quelques années (mais la première partie du film reste excellente).<br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/tumblr_kodfm1r1m71qzev37o1_5001.jpg"><img class="size-medium wp-image-944 aligncenter" title="tumblr_kodfm1r1m71qzev37o1_5001" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/tumblr_kodfm1r1m71qzev37o1_5001-300x299.jpg" alt="" width="300" height="299" /></a></strong></p>
<p><strong> Candlemass, on le sait, a inventé le &#8220;doom metal&#8221;. La particularité du  doom tient pour beaucoup dans la lenteur. Le style est lourd, pesant.  Les guitares électriques retentissent avec fracas mais la grosse caisse  marque un tempo sépulcral.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>La mort, le désespoir, l&#8217;enfer, les tourments passagers de l&#8217;existence  qui ne l&#8217;est pas moins (passagère), sont au menu. Mais aussi toute une  mythologie médiévale très en vogue chez les musiciens gothiques. Grand  bien leur fasse. Le renouveau celtique a mille visages mais ça revient  toujours un peu aux mêmes histoires.</strong> <strong></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>En reprenant &#8220;Don&#8217;t fear (the reaper)&#8221;, Candlemass a appliqué sa méthode  lente. Et c&#8217;est bouleversant d&#8217;entendre cette version ralentie à  l&#8217;extrême d&#8217;une chanson qui se caractérisait par des arpèges presque  guillerets ! Le contraste entre les paroles morbides et l&#8217;allure légère  de la chanson faisait son sens devant l&#8217;histoire du rock&#8217;n'roll.  Candlemass la pervertit à nouveau ! On devient fou en l&#8217;écoutant.</strong> <strong></strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Du rythme presque sautillant, il demeure l&#8217;écho lointain de nos danses  oubliées. Les deux amants ont des visages livides. Tout se passe comme  si, morts ensemble une première fois, ils se retrouvaient dans un  purgatoire de demi-teintes à devoir se suicider indéfiniment, toujours  plus livides et décomposés.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/candlemass-don-t-fear-the-reaper-23381407.jpg"><img class="size-medium wp-image-945 aligncenter" title="candlemass-don-t-fear-the-reaper-23381407" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/candlemass-don-t-fear-the-reaper-23381407-298x300.jpg" alt="" width="298" height="300" /></a></strong></p>
<p><strong><br />
Quant à Blue Oyster Cult&#8230; Leur carrière a la forme d&#8217;une scie avec de  grande dents. Il faut croire que leurs producteurs ont tout fait pour  renouveler le hit radiophonique qu&#8217;a été &#8220;Don&#8217;t fear (the reaper)&#8221; sans  grand succès. Mais ils ont gardé jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui une inventivité  imprévisible car on ne sait jamais à quel moment ils réinventeront le  rock comme ils l&#8217;ont fait avec &#8220;Cultosaurus Erectus&#8221; ou quand ils se  perdront dans une ultime tentative de séduire les grandes stations FM  comme ce fut le cas, deux ans plus tard, avec &#8220;The revolution by night&#8221;.  Méfions-nous des trompe-l&#8217;oeil.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Même dans leurs pires dérives sentimentales, Blue Oyster Cult est une valise à double-fond. </strong></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Le tombeau de Lucie</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Apr 2011 06:22:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Hectorne</dc:creator>
		
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		<category><![CDATA[Hémorragie de la bibliothèque]]></category>

		<category><![CDATA[L'état critique]]></category>

		<category><![CDATA[Le sens des réalités]]></category>

		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

		<category><![CDATA[Politique intérieure]]></category>

		<category><![CDATA[chanson sérielle]]></category>

		<category><![CDATA[joe au soleil]]></category>

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		<category><![CDATA[sériographie structurale]]></category>

		<category><![CDATA[les sous-sols de la réalité]]></category>

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L&#8217;ombre de John Wayne, constatant le commun désarroi, s&#8217;est interrogé sur la cause de cette altération imperceptible tout d&#8217;abord mais bientôt obsédante. Il ne comprenait rien à ces murmures entrelacés, à ces paroles de défaite qui ne faisaient que se morceler.
Les éclats de lumière nés des jeux de vitres qui se reflétaient [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- ~~sponsor~~ --></p>
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<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">L&#8217;ombre de John Wayne, constatant le commun désarroi, s&#8217;est interrogé sur la cause de cette altération imperceptible tout d&#8217;abord mais bientôt obsédante. Il ne comprenait rien à ces murmures entrelacés, à ces paroles de défaite qui ne faisaient que se morceler.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Les éclats de lumière nés des jeux de vitres qui se reflétaient mutuellement à l&#8217;infini détournaient l&#8217;attention de l&#8217;ombre et le ramenaient à sa propre pensée en dérive, qui lui rappelait le départ de Lucie et le ramenaient à l&#8217;odieux doute qui le tenaillait à propos de ce prénom en trompe-l&#8217;oeil. En lui-même, il recherchait ce qu&#8217;avaient pu être ses autres identités. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Ou bien il revenait à ce moment embarrassant où, plongé dans la lecture d&#8217;un roman d&#8217;épouvante qui le distrayait, il se rendait compte d&#8217;une malfaçon : on avait interverti les pages du livre, on les avait peut-être mélangées à celles d&#8217;autres titres de la même collection ! </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Si bien qu&#8217;à la fin, les gens en auraient eu assez et auraient réclamé de cette ombre qu&#8217;elle descende du box pour expliquer sa présence. « Vous êtes l&#8217;ombre de qui, d&#8217;abord ? » Et l&#8217;ombre de bredouiller des explications confuses sur sa présence illogique à ce procès qu&#8217;elle juge « purement accidentelle ». Et de se demander pourquoi on l&#8217;interpelle au moment même où il se rendait compte d&#8217;un défaut de reliure du livre qu&#8217;il lisait.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal; text-align: center;" align="JUSTIFY"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/dscf0040.jpg"><img class="size-medium wp-image-934 aligncenter" title="dscf0040" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/dscf0040-300x224.jpg" alt="" width="300" height="224" /></a></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY">
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Tout le monde n&#8217;est pas de son avis. Le procureur assène : « L&#8217;accident est significatif ». Le président fulmine : « Vous êtes l&#8217;accusé ! Taisez-vous ou dites la vérité ! ». Mais l&#8217;ombre ne l&#8217;entend pas ainsi : « Vous êtes fou ! Mais vous avez peut-être été drogué ! » </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Il voudrait convaincre son interlocuteur qu&#8217;il voit impavide et sûr de son fait. Même des preuves tangibles ne le déstabiliseraient pas. Mais de preuves, au bout du compte, l&#8217;ombre est également dénuée. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">L&#8217;avocat de John Wayne ricane : son client ne sera pas inquiété. « Ces ombres doivent être surveillées de près, croyez-moi ! » Il range le dossier d&#8217;Ulrich Hyndir dans sa mallette et s&#8217;apprête à partir. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Tous les yeux sont désormais rivés sur un angle situé à l&#8217;arrière du box des accusés. L&#8217;ombre ne parvient pas à concentrer son attention sur le témoignage ou l&#8217;aveu qu&#8217;on lui demande de produire. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">« Il faudrait amener Lucie », se dit-il machinalement en pressant sous ses doigts la liasse des feuillets qui font un livre composite.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Personne ne fera venir l&#8217;entité féminine. On n&#8217;a pas conscience de son existence ici, pas même de sa possibilité. Qui irait s&#8217;inquiéter des amours de son ombre – et plus encore d&#8217;une ombre qui n&#8217;est pas la sienne propre ? quand les débats battent leur plein dans l&#8217;enceinte du tribunal (des gens dans le public lèvent les bras et les agitent pour signifier leur désaccord). « Que fait ici cette ombre ? Et de quoi veut-on nous distraire à la fin ? » </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY">
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal; text-align: center;" align="JUSTIFY"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/dscf0041.jpg"><img class="size-medium wp-image-936 aligncenter" title="dscf0041" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/dscf0041-300x224.jpg" alt="" width="300" height="224" /></a></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Ulrich Hyndir, vexé de voir que l&#8217;attention de tous a été détournée des faits qui le concernent, se retourne : l&#8217;ombre est tassée, enroulée sur elle-même, dans l&#8217;attente que le débat s&#8217;apaise. L&#8217;idéologue n&#8217;éprouve que mépris pour cette nappe d&#8217;opacité qui ne lui correspond pas et que tout accuse désormais.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Mais non : on ne pourrait accuser personne. Cette sentence était tombée à plusieurs reprises au cours du procès. La plus fameuse a été son irruption au beau milieu d&#8217;une plaidoierie de l&#8217;avocat de la défense qui mettait en cause un argument avancé par l&#8217;accusation, pour qui un accusé s&#8217;il dispose d&#8217;un alibi pour un délit donné devrait automatiquement être impliqué dans une série de délits adjacents dont les éléments seront portés à la connaissance du tribunal. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">« Convoquez donc l&#8217;humanité ! », ricanait l&#8217;avocat quand une grosse voix surgie de nulle part s&#8217;est fait entendre. C&#8217;était souvent ainsi, au jugement. Le greffier inscrivait les paroles surgies de nulle part sur son gros registre noir et le procès reprenait son cours. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">L&#8217;ombre atterrée n&#8217;a rien voulu ajouter. Déjà l&#8217;absence de Lucie lui pesait. Or, il ne la connaissait pas encore à ce moment.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Arrivé à des confins des espaces subréels, les galeries de verre scintillaient inutilement autour de l&#8217;ombre de John Wayne qui ne comprenait pas du tout ce luxe, cette distinction. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">« Ici, se disait-il, on approche du néant. On ne devrait pas donner dans le clinquant. » Mais il n&#8217;avait pas voix au chapitre. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Quel besoin avait-il d&#8217;ailleurs de multiplier les remarques, les observations, comme s&#8217;il avait voulu corriger l&#8217;ordre des choses, peut-être ? Il devait se laisser aller au rythme des scintillations et n&#8217;être plus qu&#8217;en elles. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Le soin apporté aux panneaux transparents ne choquait pas seulement pour son caractère ostentatoire et agressif. C&#8217;était aussi la présence de toutes ces ombres brisées par la vie – par la réalité, surtout – qui contrastait avec ces jeux de vitres chatoyants. Des ombres qui restaient figées dans des postures variées – les unes assises ou étendues au sol, les autres recroquevillées sur elles-mêmes, tandis que certaines restaient debout, immobiles, adossées à une vitre ou encore tournaient sur elles-mêmes dans une circulation restreinte et indéfinie.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY">
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal; text-align: center;" align="JUSTIFY"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/dscf0042.jpg"><img class="size-medium wp-image-937 aligncenter" title="dscf0042" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/dscf0042-300x224.jpg" alt="" width="300" height="224" /></a></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Beaucoup murmuraient. Leurs paroles étaient à peine audibles. Ils ne finiraient pas leur phrase. Parfois, on s&#8217;arrêtait au milieu d&#8217;un mot. Mais l&#8217;accumulation de leurs murmures composaient une sorte de récit complet, épuisé, tout en épuisements d&#8217;ailleurs. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Ils rapportaient une expérience commune, ceux-là. Ils étaient revenus de la réalité, les pauvres. Ils restaient terrorisés à cause de ce qu&#8217;ils avaient vu, de ce qu&#8217;ils avaient subi. Ils étaient condamnés à demeurer en cet antichambre vitreux qui était leur seul réconfort du fait des éclats de lumière qui rebondissaient d&#8217;un panneau l&#8217;autre et qui les apaisaient, d&#8217;une certaine façon. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Ensemble, ils témoignaient. L&#8217;ombre les écoutait narrer leur échappée – leur découverte d&#8217;un puits de jour enfin – et leur extraction d&#8217;une grotte qui débouchait sur une clairière ensoleillée, multicolore à cause d&#8217;un réseau de fleurs complexe et nuancé, brillant de mille faisceaux colorés. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Cette vision les enivrait littéralement, elle les affaiblissait et les obligeait à rester étendus dans une herbe odorante et moelleuse, qui les plongeait dans une demi-conscience léthargique. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Les ombres libres formaient ainsi d&#8217;étranges plaques d&#8217;opacité sur une clairière ensoleillée. Certaines d&#8217;entre elles ne résistaient pas à tant de sensation (la texture du sol, l&#8217;air épicé, la densité du ciel&#8230;) et se désagrégeaient entièrement. D&#8217;autres entreprenaient de chercher un abri. Le soleil était certainement en cause. La forêt offrirait un refuge idéal à ces ombres en fuite.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">C&#8217;était sans compter les gens de la réalité. En proie à un cauchemar permanent depuis la chute des derniers indices réalitaires, ils éprouvent le besoin viscéral d&#8217;identifier des boucs-émissaires. Qui ferait mieux l&#8217;affaire que ces ombres errantes qui ne sont qu&#8217;à moitié, en sorte qu&#8217;on peut les assommer impunément, les massacrer, les torturer ? </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">« Notre non-existence nous a perdus », soupire une ombre collée à une paroi translucide avec laquelle il tend à se confondre. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">« Des hommes venaient de toute la forêt pour nous clouer au sol. Armés de scies sauteuses et de tronçonneuses légères, ils nous découpaient consciencieusement. Nous étions les témoins de notre propre massacre. Nous ne pouvions ni résister ni même vraiment souffrir. Nous devions subir nos tourments avec l&#8217;oeil d&#8217;un spectateur quand nous en étions les victimes ! »</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY">
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal; text-align: center;" align="JUSTIFY"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/dscf0043.jpg"><img class="size-medium wp-image-938 aligncenter" title="dscf0043" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/dscf0043-300x224.jpg" alt="" width="300" height="224" /></a></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Ces pauvres êtres ont été brûlés par la réalité. Ils portent les marques de la terreur sur leur face inconnaissable désormais. Des lignes qui descendent de biais, comme des lames qui burineraient les visages de ces ombres deux fois défigurées. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"> <span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">L&#8217;ombre de John Wayne constatait le résultat de cette confrontation avec la réalité en pensant à Lucie, bien sûr. Il aurait dû être content : il savait ce qui attendait sa compagne. Au fond, c&#8217;était pire que tout ce qu&#8217;il aurait pu imaginer, du fait de l&#8217;impuissance qui vous plie aux fantaisies d&#8217;un univers débordant d&#8217;énergie. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Quel étrange tombeau pour Lucie, se disait-il en songeant qu&#8217;une grotte plus reculée que les autres aurait tout aussi bien pu faire l&#8217;affaire. Il n&#8217;éprouvait pas de satisfaction particulière à cette conclusion. La page pouvait se tourner à présent. Cette communauté d&#8217;ombres à-demi détruites le confortait dans sa résignation à l&#8217;espace des sous-sols. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">« C&#8217;est toujours une erreur de croire qu&#8217;ailleurs, quelque chose se livre », se disait-il à lui-même en regardant des silhouettes fondre comme si elles avaient été victimes d&#8217;un désastre nucléaire.</span></span></span></strong></p>
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		<title>Les lectures abominables de l</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Apr 2011 16:59:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Hectorne</dc:creator>
		
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		<category><![CDATA[Choses vues]]></category>

		<category><![CDATA[Hémorragie de la bibliothèque]]></category>

		<category><![CDATA[L'état critique]]></category>

		<category><![CDATA[Le sens des réalités]]></category>

		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

		<category><![CDATA[Politique intérieure]]></category>

		<category><![CDATA[chanson sérielle]]></category>

		<category><![CDATA[joe au soleil]]></category>

		<category><![CDATA[sériographie]]></category>

		<category><![CDATA[sériographie structurale]]></category>

		<category><![CDATA[John Wayne (pas l]]></category>

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		<description><![CDATA[
Auto Insurance



Il commence par détacher, aux extrémités du jeune homme baîllonné, les mains et les pieds. En appliquant la tronçonneuse, il prend un air peiné. « Il y a bien longtemps, explique-t-il, nous avons été pourchassés par les hommes qui se disent civilisés ! » Il y a un sanglot dans sa voix.


Oui ! Les siens ont [...]]]></description>
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<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><br />
</strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Il commence par détacher, aux extrémités du jeune homme baîllonné, les mains et les pieds. En appliquant la tronçonneuse, il prend un air peiné. « Il y a bien longtemps, explique-t-il, nous avons été pourchassés par les hommes qui se disent civilisés ! » Il y a un sanglot dans sa voix.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY">
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal; text-align: center;" align="JUSTIFY"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/521.jpg"><img class="size-medium wp-image-928 aligncenter" title="521" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/521-300x215.jpg" alt="" width="300" height="215" /></a></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Oui ! Les siens ont été massacrés sans remords par des hommes de la ville qui voulaient s&#8217;emparer de ce territoire parce que la viorne qu&#8217;on  y cultive est d&#8217;excellente qualité ! Chaque nuit, c&#8217;est un grand-père qu&#8217;on assommait, une jeune fille qu&#8217;on enlevait, des hommes qu&#8217;on tuait dans leur sommeil ! « Nous nous sommes réfugiés dans la forêt », reprend le paysan qui vient de jeter un seau au visage de la victime qui s&#8217;était évanouie. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">L&#8217;ombre se revoyait plongée dans son roman tandis que le jugement s&#8217;éternisait. Ces petits livres, il ne savait combien il y en avait au bout du compte mais c&#8217;est peut-être ce qui pourrait l&#8217;aider à affronter la réalité, qui sait ? Il se voyait alors partir avec elle dans la précarité de galeries qui tendent à la réalité sans offrir la garantie d&#8217;y donner accès. Ils rejoindraient le jour et&#8230; et quoi ? Ils s&#8217;installeraient dans une petite maison et les gens viendraient les voir, par curiosité, pour constater le couple bizarre d&#8217;une entité féminine, dont on ne verra pas vraiment qu&#8217;elle vient des sous-sols subréels avec une ombre d&#8217;homme, dont personne ne saura s&#8217;il faut même lui dire bonjour ! Les voisins afflueront certainement pour s&#8217;étonner d&#8217;une si grande différence entre les deux amoureux et jauger le potentiel sexuel de l&#8217;entité féminine que l&#8217;ombre devra bien finir par libérer. Et lui, au bout du compte, que lui restera-t-il : de petits livres de genre gore, qu&#8217;il s&#8217;injectera comme une drogue pour faire face à l&#8217;absence normale qui lui sera imposée ?</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Même seul, quand la pensée lui venait de ce qui pourrait prendre la forme complète d&#8217;une relation avec Lucie, il s&#8217;endormait assez brusquement et se réveillait avec, en tête, une confusion d&#8217;idées qui le ramenaient, de plus en plus souvent, à ce moment où son rôle est le moindre dans la vie de quelqu&#8217;un qui n&#8217;a plus qu&#8217;un rapport lointain avec John Wayne – le jugement.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Il fallait peut-être la retenir ? Mais l&#8217;ombre se savait impuissante à convaincre celle qui désormais n&#8217;avait plus qu&#8217;une idée en tête : aimer. La haine qu&#8217;il portait sur le dos lui prenait tant d&#8217;énergie ! Il lui imputait les évanouissements ou une part d&#8217;entre eux du moins. Il y voyait également la cause de certaines séquences mnémoniques qui lui revenaient abruptement. La plaidoierie de la défense, inconsistante.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">« Il n&#8217;y a rien à défendre, peut-être, il faut laisser les choses aller au pire, mesdames et messieurs les jurés ! » L&#8217;avocat estimait que son client n&#8217;en avait pas assez fait puisqu&#8217;on ne savait pas bien ce qu&#8217;il avait fait, dans une affaire sans commission. « Je vois bien que cela ne suffira pas à dégager mon client des soupçons qui pèsent sur lui ! » En effet, à l&#8217;extérieur de petits groupes de citoyens l&#8217;attendent armés d&#8217;épaisses baguettes de bois. « Il faut poursuivre les investigations et c&#8217;est pourquoi je me vois obligé de poursuivre ma plaidoirie, même sans objet ! »</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">L&#8217;avocat pouffe. L&#8217;ombre retourne à cette histoire de fermiers anthropophages qui, à cause d&#8217;exactions commises par les gens de la ville, ont décidé de vivre cachés dans la forêt et de boulotter de l&#8217;étudiant californien (cette forêt est un point de passage privilégié des étudiants américains, spécialement en provenance de Californie). Mais la première victime du petit groupe arrivé en début de soirée est décédée avant que le fermier ait terminé de raconter son histoire. Il en conçoit de l&#8217;amertume. L&#8217;ombre lève la tête et s&#8217;exclame : « Je comprends cela ! Imaginez que vous racontiez votre histoire à quelqu&#8217;un et qu&#8217;au moment même où se forme une boule dans votre gorge à cause de l&#8217;émotion, votre interlocuteur s&#8217;efface ! »</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">C&#8217;est précisément ce qui arrive à l&#8217;avocat qui s&#8217;est recroquevillé sur lui-même et prend un air de chien battu en expliquant qu&#8217;il était la « pauvre mère » d&#8217;Alain Merzin, ce qui choque l&#8217;ombre de John Wayne : « On a contrefait mes racontars ! C&#8217;est mon histoire, cela ! Je m&#8217;en servais pour déprimer l&#8217;accusé-récepteur ! » Mais personne ne soucie de l&#8217;ombre qui assiste à la déformation de son récit sans parvenir à protester.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY">
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal; text-align: center;" align="JUSTIFY"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/qqqx.jpg"><img class="size-medium wp-image-929 aligncenter" title="qqqx" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/qqqx-279x300.jpg" alt="" width="279" height="300" /></a></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">L&#8217;avocat n&#8217;est pas une femme et cependant, personne ne lui en fait objection quand il explique avoir été la pauvre mère d&#8217;Alain Merzin. « Les policiers sont venus me voir et m&#8217;ont dit&#8230; » Elle s&#8217;interrompt : « Oh ! Si vous saviez ce qu&#8217;ils m&#8217;ont dit ! » Le juge s&#8217;impatiente : « C&#8217;est précisément ce que nous voudrions savoir, madame ! » Et la dame secoue la tête bizarrement, comme un coucou, de gauche à droite, en répondant : « Non, non ! », ce qu&#8217;elle répète plusieurs fois. « On n&#8217;avancera pas », se dit le juge qui ne comprend pas pourquoi on a fait venir cette dame. « Pourquoi me parlez-vous de ce Merzin ? »</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Ulrich Hyndir regarde fixement devant lui. Accusé-récepteur, il s&#8217;estime prêt à tous les sacrifices. Ulrich Hyndir est un idéologue, prêt à mourir pour ses idées. John Wayne est plutôt un aventurier, un homme d&#8217;action. Mais John Wayne est plongé dans la confusion tandis que l&#8217;idéologue a les idées claires : son système de pensée lui survivra, il a même hâte de mourir ! </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Déjà, dans le passé, il avait eu l&#8217;habileté de contrefaire son identité en se faisant passer pour mort, à la veille d&#8217;une série de conférences dont le déroulement aurait été désastreux du fait d&#8217;une organisation défaillante et d&#8217;un contexte politique tendu. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Mais Ulrich Hyndir peut bien attendre ! Le verdict ne semble pas prêt de tomber. Le public n&#8217;en finit plus de bâiller pour marquer son indifférence tandis que des magistrats entreprennent une partie de cartes bruyante et avinée, à quelques mètres seulement du président qui, de son côté, se met à entonner une berceuse dodécaphonique en prenant une voix stridente.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Un téléviseur qui diffusait une séquence sexuelle se brouille et délivre un message qui n&#8217;est plus qu&#8217;un nuage de points blancs et gris traversé de lignes horizontales qui défilent trop rapidement. L&#8217;ombre épuisée regarde en direction du poste et croit y voir Lucie, revenue de ses rêves peut-être pour retrouver une ombre couchée et portant une coque de haine sur son dos. L&#8217;ombre qui n&#8217;a plus vraiment d&#8217;yeux voit Lucie à travers un nuage de points. Elle ne se ressemble pas. Il le lui dit : « Tu n&#8217;es plus tout à fait toi-même », lui dit-il.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Une part de son esprit se satisfait de cette pensée qui indique que l&#8217;absence l&#8217;a gagnée ou, du tout, a gagné sur elle. Il voudrait la voir progresser encore. Son corps est douloureux, toute sa pensée est pétrie de la douleur continue que cause la poussée de haine purulente qui recouvre son dos. Mais la pensée de l&#8217;absence l&#8217;apaise bizarrement. Et il voit la silhouette de Lucie se détacher dans le paysage nue de la grotte où il reste depuis un temps indéfini et tourner autour du poste de télévision, comme si l&#8217;ombre était devenue ombre de ce téléviseur défectueux. Elle ne dit rien, ce serait inutile puisqu&#8217;elle part. Tout son corps exprime le départ et l&#8217;ombre regarde l&#8217;entité évoluer autour de la télévision en s&#8217;interrogeant sur la part d&#8217;elle-même qui a déjà allé, qu&#8217;il ne parvient à déceler. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">L&#8217;entité féminine regarde l&#8217;ombre tristement. L&#8217;enveloppe granuleuse a un peu enflé, c&#8217;est vrai. Pas tant que ça, pourtant. Ce n&#8217;est pas encore la grosse coquille noire qui asphyxie les gens d&#8217;ici, même si ça en prend irrémédiablement le chemin. Elle sourit en imaginant ce qui arriverait si elle entreprenait de le traîner à l&#8217;extérieur. Le sourire accentue la tristesse de son regard qui se heurte à l&#8217;indifférence de l&#8217;ombre qui tente de percevoir quelque chose du programme de la télévision, brouillé mais par instants infimes audibles – à travers des gémissements lascifs, interrompus par le brouillard. Lucie sans s&#8217;approcher écoute le silence de l&#8217;ombre qui bruit de la rumeur du tribunal et aussi du moteur d&#8217;une tronçonneuse&#8230; Elle se demande ce qu&#8217;elle fait là, soudain. Pourquoi cet individu la retient-il ? Il est si inaccessible ! Il ressemble à un texte opaque.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Elle s&#8217;approche de lui et lui donne de petits coups de pied, auxquels il reste indifférent. Il voit ce regard triste qui, immédiatement, lui fait penser à autre chose. Et il se replonge dans les péripéties du groupe d&#8217;étudiants qui est réduit à deux couples, désormais, que le destin va séparer pour ne les réunir que dans l&#8217;horreur.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Lucie ira de grotte en grotte, se perdra à travers les galeries, rampera dans des souterrains trop étroits pour qu&#8217;on les traverse debout, se frottera aux stalactites et stalagmites tranchantes et à celles qui s&#8217;égouttent en libérant une vapeur corrosive. Au bout du compte, peut-être qu&#8217;elle débouchera sur la réalité. Est-ce elle, ce qui évolue lentement entre le poste de télévision et l&#8217;ombre de John Wayne ? Rien n&#8217;est moins sûr, au fait. L&#8217;ombre se lève et pose un pied devant l&#8217;autre, pour se convaincre qu&#8217;il va reprendre sa marche et retourner à la vacance des trajets indéfinis qui se sont interrompus sans qu&#8217;il sache bien pourquoi.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Le jour en demi-teinte des sous-sols s&#8217;opacifiait. Des fumées toxiques le nourrissaient. Le clivage qui opposait rêveurs et non-rêveurs ne s&#8217;était pas résorbé, bien au contraire. Désormais, les non-rêveurs embrasaient les cadavres qu&#8217;ils transportaient pour les jeter sur les présumés rêveurs. Les « philosophes », de leur côté, s&#8217;étaient regroupés en petites unités meurtrières. Quant aux rêveurs, la majorité cherchait à fuir sans trouver d&#8217;issue à ces galeries qui ne font que s&#8217;épuiser, s&#8217;accidenter et s&#8217;encombrer. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Quelques-uns étaient peut-être parvenus à l&#8217;extérieur, on ne peut pas savoir. Mais tous les rêveurs ne se résignaient pas à fuir sans autre mode de défense. On s&#8217;est mis à ligoter des non-rêveurs pour leur faire entendre des histoires inadmissiblement longues et compliquées. On les leur hurlait aux oreilles. Les réactions des non-rêveurs étaient pathétiques, ils hoquetaient et se mordaient les lèvres au sang. On les ligotait avec leurs propres vêtements. Certains sentaient la haine croître très vite dans leur dos et l&#8217;amas purulent se déversait dans leur poitrine en un craquement sec qui coïncidaient avec la mort du non-rêveur.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">La marche de l&#8217;ombre dans ce paysage de guerre civile a été compliquée et pénible. Il fallait s&#8217;arrêter fréquemment pour laisser passer un convoi enflammé ou éviter une rixe. Il fallait enjamber des corps morts répugnants. Pas un « philosophe » ne veillait plus à aucun angle de mur. La dissolution de la texture des parois des galeries avait pris une tournure étrange, laissant transparaître des grains de réalité dans des surfaces à peine juxtaposées à l&#8217;air ambiant. <span style="font-family: Palatino Linotype,serif;">À</span> des endroits, des « philosophes » faisaient barrage. Mais il a poursuivi sa route, évitant de se retourner, convaincu qu&#8217;il devait aller droit pour ne pas perdre son absence de chemin.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Le sol devenait floconneux lui aussi, ce qui donnait parfois à l&#8217;ombre le sentiment qu&#8217;elle s&#8217;y enfonçait, du fait du poids qui s&#8217;accroissait sur ses épaules (même s&#8217;il semblait stabilisé). L&#8217;ombre regardait à peine ce qui l&#8217;environnait et témognait d&#8217;une nette dégradation du tissu subréel. Il irait vers les points de neutralité les plus extrêmes de ces galeries. Il en connaissait quelques-uns, il ne doutait pas de les retrouver, même s&#8217;il se refusait à s&#8217;orienter dans aucune direction donnée. Là, il pourrait se vider la tête de tout ce qui l&#8217;apesantit, à présent : ces scènes absurdes qui n&#8217;ennuieront plus personne, cette Lucie dont le prénom même n&#8217;a rien de sûr, quand on y pense. Elle pouvait bien l&#8217;avoir contrefait.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal; text-align: center;" align="JUSTIFY"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/rsvl.jpg"><img class="size-medium wp-image-930 aligncenter" title="rsvl" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/07/rsvl-300x191.jpg" alt="" width="300" height="191" /></a></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY">
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Lucie ou Louise, Renata ou Angèle, Ainée peut-être ? Ou peut-être n&#8217;était-elle qu&#8217;un numéro : 6.38.82 ou vZ6n6k9T lui conviendraient bien. Il y avait bien du hasard dans ce prénom, Lucie, qui dans l&#8217;espace où ils évoluaient n&#8217;avait pas à offrir de sens, ce qui indique qu&#8217;en le prononçant, l&#8217;entité était mal intentionnée – ou désespérée, peut-être car mal guérie des aspirations des gens qui baignent encore dans l&#8217;histoire, à l&#8217;heure qu&#8217;il est ! Mais les intentions de Lucie étaient doubles, l&#8217;ombre en était convaincue. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Il restait à comprendre le mystérieux codage de ses gestes, de ses rêves, de ses postures. Au fond, Lucie ou l&#8217;entité qui s&#8217;était donnée la valeur fictive que représente ce prénom, n&#8217;était peut-être rien d&#8217;autre qu&#8217;un de ces agents qui prétendent (ou prétendaient : c&#8217;était il y a si longtemps !) restaurer le sentiment de la réalité chez leurs concitoyens. Peut-être avait-elle pour objectif de réduire à néant la paix de ces sous-sols ? <span style="font-family: Palatino Linotype,serif;">É</span>tait-elle programmée pour s&#8217;autodétruire comme une bombe humanoïde en réduisant à néant cet empire de sous-sols déréalisés ?</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">La vérité devait être simple, beaucoup plus simple. L&#8217;ombre pestait contre les souvenirs fragmentaires mais continus qui lui venaient encore, même en marchant. Un bruit de moteurs de tronçonneuses constant envahissait la galerie où il allait, indifférent aux granulés éparpillés qui émaillaient les parois aux textures transitoires. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Palatino Linotype,serif;">À</span> quoi aura servi ce simulacre de procès, se demandait-il, puisque la vérité n&#8217;était pas établie à son commencement, même pour le juge qui s&#8217;est complu à différer indéfiniment l&#8217;énoncé du verdict, à le remplacer même par de simples procès-verbaux attestant l&#8217;existence de témoins, sans spécifier l&#8217;objet du témoignage ni adjoindre au document une copie dactylographiée de l&#8217;audition.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Mais elle, dans toute cette paperasse, la retrouverait-on ? Et comment procéder, puisque même le prénom n&#8217;est pas certain – et même tellement peu qu&#8217;à commencer une telle investigation dans une somme de témoignages donnés, on aurait intérêt à supprimer tous ceux qui émanent d&#8217;une Lucie attestée ou qui y font référence ?</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">On pourrait certainement voir s&#8217;inscrire en creux, comme une ombre, la silhouette parfaite que celle que Lucie n&#8217;est pas, la clé chiffrée de son encodage subversif trop longtemps resté ininterprété.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Palatino Linotype,serif;">À</span> travers le procès qui avait eu lieu (ou, du moins, s&#8217;était tenu) il y en avait un autre, impossible dans les faits, qui ne pouvait s&#8217;ouvrir même rétrospectivement, après que l&#8217;action de la justice a été dite éteinte. Ce n&#8217;était pas possible à cause de cette troisième journée d&#8217;audience dont, faute de s&#8217;être aperçu qu&#8217;elle n&#8217;avait pas eu de commencement, on a été condamné à se rendre compte qu&#8217;elle ne finirait pas. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Lucie introuvable dans le box des accusés, un personnage qui n&#8217;est pas John Wayne mais qui n&#8217;est peut-être pas non plus celui qui est présenté comme un idéologue doctrinaire du néantisme (peut-être le maître à penser de « Lucie » ?), toujours prêt à cracher sur son ombre par ailleurs. Comment savoir ?</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Lucie n&#8217;était ni dans le box des accusés, ni sur le banc des victimes. Elle n&#8217;avait pas à témoigner puisqu&#8217;elle n&#8217;était pas adjacente, jusque là. Or, c&#8217;était là l&#8217;erreur, se disait l&#8217;ombre de John Wayne en reprenant son livre pour s&#8217;apercevoir qu&#8217;il avait été abîmé. On ne pouvait voir si des pages manquaient mais la reliure avait été rognée. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">« Un sabotage ! », s&#8217;étonnait l&#8217;ombre en regardant les feuillets détachés se séparer irrémédiablement. Qu&#8217;adviendrait-il des étudiants ? Et de cette population attachée à ses valeurs, à sa tradition ? Les deux couples étaient à présent séparés. C&#8217;était comme un compte à rebours qu&#8217;on avait interrompu. L&#8217;ombre s&#8217;attendait à une fin rapide pour Lopez et son amie. Ils s&#8217;adonnaient trop légèrement au sexe : cette appétence attire les fermiers anthropophages qui sont à l&#8217;affût de tout ce qui bouge désordonnément. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">L&#8217;un d&#8217;entre eux parvient à la clairière et voit qu&#8217;on s&#8217;agite sous la tente. D&#8217;un coup, il attrape le tissu hélas très résistant et enveloppe ses proies dans ce filet improvisé. Habilement, le fermier boucle son gros sac en dépit des gesticulations de ses victimes, qu&#8217;il tasse brutalement. Il pose le sac à terre et saute à pieds joints sur les deux pauvres êtres qui se disloquent dans une tente devenue leur linceul. Voyant que la masse est inerte, le fermier entreprend de la traîner derrière lui pour l&#8217;amener au père Windle.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">« Tu as entendu comme&#8230; » mais il manquait tout un feuillet, qui pouvait bien être plus loin d&#8217;ailleurs. On avait mélangé plusieurs textes, peut-être : l&#8217;amas des feuilles était anormalement épais. Leur nombre n&#8217;aurait pas dû excéder un total de quatre-vingt. Or, combien y en avait-il dans ce paquet de feuilles jaunes et, pour une part, froissées et tachées ? Peut-être deux cent quinze, peut-être deux-cent vingt ! </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">L&#8217;ombre a regardé autour d&#8217;elle avec la méfiance de celui qui veut montrer qu&#8217;il n&#8217;est pas dupe mais tout le monde regardait ailleurs. Une victime s&#8217;est évanouie en parlant, après s&#8217;être accusée elle-même. Quelqu&#8217;un a éteint des lumières. L&#8217;enceinte a été plongée dans une demi-pénombre.</span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">Au feuillet suivant, c&#8217;était la tronçonneuse qui parlait. Les policiers l&#8217;avaient encerclée, un hélicoptère militaire la survolait. Et la tronçonneuse, qui était habitée par un esprit malin, était la seule responsable des massacres survenus toutes ces années. Elle s&#8217;en expliquait. </span></span></span></strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Palatino Linotype;"><span style="font-size: small;">D&#8217;après elle, la société de consommation est seule responsable de ses agissements. Le commerce des tronçonneuses a décliné à cause de la concurrence. La disparition des arbres est-elle à l&#8217;origine de la prise de conscience de certaines tronçonneuses qui auront décidé de rétablir l&#8217;équilibre en tronçonnant les hommes plutôt que les arbres ? Les policiers, en mitraillant la machine de mort qui les défie encore, prennent conscience qu&#8217;ils ne sont qu&#8217;au début de leur peine.</span></span></span></strong></p>
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		<title>Iglotoir Ink</title>
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		<pubDate>Fri, 08 Apr 2011 07:47:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Hectorne</dc:creator>
		
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<p><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/05/born-in-iglotoir.mp3">Born in Iglotoir</a></p>
<p><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/05/find-a-way.mp3">Find a Way</a></p>
<p><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/05/before-i-come.mp3">Before i Come</a></p>
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		<title>Un amour de tronçonneuse (argument)</title>
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		<pubDate>Sun, 27 Mar 2011 08:07:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Hectorne</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Le sens des réalités]]></category>

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		<description><![CDATA[C&#8217;est une maison qui paraît abandonnée, déserte. Les enfants qui passent devant estiment qu&#8217;elle est forcément hantée. C&#8217;est presque le cas, en effet : Acharnem Lam y demeure depuis des années, seul et reclus depuis le départ de son épouse.
Dans sa solitude, Archarnem Lam conspue jour et nuit le pommier qui persiste, indifférent, à fleurir [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="margin-left: 0.53cm; margin-right: 0.45cm; text-indent: 0.42cm; margin-bottom: 0cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-size: small;">C&#8217;est une maison qui paraît abandonnée, déserte. Les enfants qui passent devant estiment qu&#8217;elle est forcément hantée. C&#8217;est presque le cas, en effet : Acharnem Lam y demeure depuis des années, seul et reclus depuis le départ de son épouse.</span></span></strong></p>
<p style="margin-left: 0.53cm; margin-right: 0.45cm; text-indent: 0.42cm; margin-bottom: 0cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-size: small;">Dans sa solitude, Archarnem Lam conspue jour et nuit le pommier qui persiste, indifférent, à fleurir et à produire des pommes inutiles, d&#8217;un vert passé et aux rondeurs cabossées, plus hideuses d&#8217;année en année. </span></span></strong></p>
<p style="margin-left: 0.53cm; margin-right: 0.45cm; text-indent: 0.42cm; margin-bottom: 0cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-size: small;">Un soir, alors qu&#8217;il vient de finir sa dernière bouteille de vodka moravienne, Acharnem Lam se décide à sortir et passe devant une quincaillerie dont la vitrine retient toute son attention à cause de la belle tronçonneuse qui y est exposée. Il l&#8217;achète sur un coup de tête et menace l&#8217;arbre des pires sévices. Cependant, il n&#8217;en fait rien et se contente d&#8217;acheter une fameuse vodka hongroise que lui a fourni un épicier voisin.</span></span></strong></p>
<p style="margin-left: 0.53cm; margin-right: 0.45cm; text-indent: 0.42cm; margin-bottom: 0cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-size: small;">Les jours passent. Un matin, alors qu&#8217;il sirote de cette délicieuse vodka en guise de petit déjeuner, Acharnem Lam reçoit la visite de celle qui l&#8217;a quittée. Ivre-mort, il lui ouvre la porte, l&#8217;invite à entrer et la découpe en morceaux. Il emballes les morceaux de sa femme dans du papier aluminium et les enterre autour de l&#8217;arbre, toujours menaçant : « Tu vois ce qui t&#8217;attend, bougre de pommier ? »</span></span></strong></p>
<p style="margin-left: 0.53cm; margin-right: 0.45cm; text-indent: 0.42cm; margin-bottom: 0cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-size: small;">L&#8217;arbre ne répond pas. En revanche, la tronçonneuse vrombit tendrement. Enfin, elle se sent vivre !</span></span></strong></p>
<p style="margin-left: 0.53cm; margin-right: 0.45cm; text-indent: 0.42cm; margin-bottom: 0cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-size: small;">Quelques jours passent. Acharnem Lam s&#8217;attend à ce que la police vienne l&#8217;interroger mais la police a bien d&#8217;autres choses à faire ! En effet, en ville, des morts-vivants sont apparus et ont entrepris de prendre possession de tout l&#8217;habitat local. Acharnem Lam ne s&#8217;aperçoit de cette pénible situation que tardivement, quand quelques zombies aux faces décomposées mais vêtus avec la plus grande élégance se présentent chez lui.</span></span></strong></p>
<p style="margin-left: 0.53cm; margin-right: 0.45cm; text-indent: 0.42cm; margin-bottom: 0cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-size: small;">Malgré la trahison de son pommier, quii lui jette des fruits pourris pendant qu&#8217;il se démène contre ses adversaires, Acharnem Lam n&#8217;aura aucun mal à venir à bout des morts-vivants qu&#8217;il débite en rondellespour les planter à côté de sa femme, autour de l&#8217;arbre. </span></span></strong></p>
<p style="margin-left: 0.53cm; margin-right: 0.45cm; text-indent: 0.42cm; margin-bottom: 0cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-size: small;">Une fois le travail achevé, il s&#8217;apprête à tronçonner le pommier ennemi mais la tronçonneuse gémit, lasse et épuisée : elle a perdu toute son essence dans l&#8217;action !</span></span></strong></p>
<p style="margin-left: 0.53cm; margin-right: 0.45cm; text-indent: 0.42cm; margin-bottom: 0cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color: #000000;"><span style="font-size: small;">Acharnem Lam doit donc partir dans la ville envahie par les zombies qui organisent des défilés de mode cannibales dans les rues pour récupérer quelques bidons d&#8217;essence. « Une fois le pommier découpé, estime-t-il, je serai en mesure de libérer la ville de l&#8217;invasion des morts-vivants. » Pourtant, l&#8217;expédition n&#8217;a rien d&#8217;aisé : en effet, les zombies ont décidé d&#8217;organiser un immense défilé de mode juste en face de sa maison !</span></span></strong></p>
<p style="margin-left: 0.53cm; margin-right: 0.45cm; text-indent: 0.42cm; margin-bottom: 0cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY"><strong><br />
</strong></p>
<p style="margin-left: 0.53cm; margin-right: 0.45cm; text-indent: 0.42cm; margin-bottom: 0cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY">
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		<title>Le ministère de Laurent Ledge</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Mar 2011 12:49:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Hectorne</dc:creator>
		
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<p><strong>Évidemment, on ne sait pas de quel mal est affectée la fille (Lucie) ou (Susie). Elle perd le sens des réalités, son rapport à autrui en semble sérieusement affecté. Elle ne se lève pas et peine apparemment à se lever, d&#8217;une manière générale.</strong></p>
<p><strong>Le militant qui s&#8217;exprime semble embarrassé par sa présence quasi inerte. Il se borne à constater le degré de perte de sa camarade et sort, ce qui apparaît comme une solution à tous les problèmes.</strong></p>
<p><strong>D&#8217;un côté, Susie qui ne reprend pas le dessus. De l&#8217;autre, un ami encombrant, qui débarque au petit matin pour lui confier un crime sordide. C&#8217;en est trop pour Laurent Ledge qui vit dans l&#8217;angoisse constante d&#8217;une perquisition ou d&#8217;une rafle.</strong></p>
<p><strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/1-verre-deau-n_0002.jpg"><img class="size-medium wp-image-962 aligncenter" title="1-verre-deau-n_0002" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/1-verre-deau-n_0002-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p>En réalité, toute l&#8217;attention de Laurent Ledge est concentrée sur la hantise des services secrets. Il est convaincu qu&#8217;on le surveille en permanence. On attend le moment le plus opportun pour l&#8217;arrêter et le mettre à la question. L&#8217;irruption de son ami le met en panique car il s&#8217;attend à une intervention de son ennemi invisible d&#8217;un moment à l&#8217;autre.</p>
<p>Pourquoi sort-il ? La tension de ce matin confus et bousculé lui est intolérable, certes. Sortir ne résoudra aucun de ses problèmes. Au mieux, marcher peut lui permettre d&#8217;atténuer son angoisse. De la canaliser ou de la transformer peut-être. Et, en effet ce qui se transforme c&#8217;est bien la composition de son angoisse dont la teneur s&#8217;inverse : en notant la permanence de la pluie sur les rues de la capitales, Laurent Ledge s&#8217;inquiète de l&#8217;étanchéité des systèmes d&#8217;écoute de l&#8217;agence gouvernementale qu&#8217;il redoute tant lui-même.</p>
<p>Est-ce la peur de perdre de vue son ennemi qui le pousse à cette préoccupation extrême ? A-t-il le sentiment qu&#8217;une méchante facétie de la nature pourrait mettre à bas l&#8217;adversaire tout-puissant contre lequel il se démène assez abstraitement, par ailleurs ?</p>
<p>Pour lui, à un moment, Susie n&#8217;existe plus. Son ami responsable d&#8217;un meurtre moins encore. Laurent Ledge a besoin de l&#8217;existence des systèmes d&#8217;écoute mis en place (d&#8217;après le néantiste) en tous points des espaces publics de la capitale pour garantir la consistance de sa réalité. Il s&#8217;adresse donc à une cabine téléphonique.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/1-verre-deau-n_0004.jpg"><img class="size-medium wp-image-964 aligncenter" title="1-verre-deau-n_0004" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/1-verre-deau-n_0004-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p>Pendant un laps de temps relativement court mais décisif, le téléphone sera l&#8217;interlocuteur privilégié, sinon exclusif, de Laurent Ledge. Il y entre et d&#8217;emblée tombe sur un message qui correspond précisément à sa situation : en cas de DANGER IMMINENT, composez le numéro suivant.</p>
<p>L&#8217;imminence du danger, telle est la constante réalitaire de Laurent Ledge qui ne sait pas ce qui va lui tomber dessus mais qui sait que quelque chose de désastreux doit survenir. Le pacte qu&#8217;il a conclu à son insu avec la réalité est tel : que quelque chose survienne, j&#8217;en ferai un désastre. Aussi, la destruction des systèmes d&#8217;écoute dont il présume l&#8217;existence aurait beau être une victoire ou du moins une circonstance favorable pour les révolutionnaires, Laurent Ledge en serait le premier décoonfit.</p>
<p>Sans doute l&#8217;aggravation de l&#8217;état de santé mentale de Susie y est-il pour beaucoup.</p>
<p>La cabine téléphonique n&#8217;apportera ni aide ni réconfort à Laurent Ledge. Il compose le numéro spécial dédié aux DANGERS IMMINENTS. On l&#8217;écoute un instant mais l&#8217;absurdité des propos de cet homme qui prétend s&#8217;inquiéter des conséquences d&#8217;une pluie fine certes persistante mais qui, de l&#8217;avis de tous les experts, n&#8217;a aucune chance de provoquer la moindre inondation, incite l&#8217;interlocutrice (la voix est féminine) à raccrcocher sans que Laurent Ledge puisse expliquer complètement l&#8217;objet de son inquiétude (le dispositif d&#8217;écoutes gouvernemental).</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/1-verre-deau-n_0003.jpg"><img class="size-medium wp-image-965 aligncenter" title="1-verre-deau-n_0003" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/1-verre-deau-n_0003-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p>Seul sous la pluie (mais encore sous la protection d&#8217;une cabine téléphonique), Laurent Ledge garde le combiné à l&#8217;oreille. Un combiné qui lui renvoie un « bip » régulier et obsédant, ce qui ne paraît pas insignifiant à Laurent Ledge. Au contraire, pour lui le « bip » est une provocation.</p>
<p>Le « bip » du téléphone est une sorte d&#8217;affront, un signal de défiance, un défi même. Le téléphone ne cesse de faire « bip ». C&#8217;est son peu de puissance et par là même sa redoutable efficacité. Un « bip » moqueur, présomptueux, accusateur peut-être. Laurent Ledge raccrochera le premier. Le « bip » ne cèdera jamais. Dès lors, il ne suffit plus à Laurent Ledge de sortir (il est dehors, les traquenards se multiplient). Il doit partir par le premier moyen de transport venu. Il prend le bus.</p>
<p>L&#8217;expérience du bus ramènera insensiblement Laurent Ledge à la polarité normale de son positionnement politique. Pour un temps du moins. Le temps de son voyage.</p>
<p>L&#8217;espion réalitaire est un être caricatural. Il porte une moustache et des lunettes aux verres fumés. Il a un air cintré. Il est assez peu discret dans sa surveillance, ses coups d&#8217;oeil sont fébriles. Le plus souvent, il a avec lui un numéro ancien du Herald Tribune qui annonce l&#8217;élection de George Bush aux États-Unis (en 1988). Mais cette fois-ci, nous le surprenons en train de lire un roman, J&#8217;écraserai tes yeux (un polar, vraisemblablement).</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/1-verre-deau-n_0001.jpg"><img class="size-medium wp-image-966 aligncenter" title="1-verre-deau-n_0001" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/1-verre-deau-n_0001-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p>L&#8217;homme est gêné de la présence de Laurent Ledge. Alors que ce dernier est en panique, le rapport de force tourne à son avantage. « Immonde pourriture oculaire », siffle-t-il, haineux, à son adversaire qui, du coup, descendra le premier du bus. Laurent Ledge, quant à lui, va au terminus. Dans l&#8217;ordre post-réalitaire (qui n&#8217;est qu&#8217;une défaillance d&#8217;intermondes), personne ne devrait accompagner Laurent Ledge sur ce trajet qui le mène sans retour au paysage dévasté d&#8217;un monastère en ruine.</p>
<p>Si l&#8217;on prend en considération la dimension mystique de l&#8217;expérience qui attend Laurent Ledge dans ce monastère détruit, incendié et habité par des nonnes décapitées qui défilent en procession mécanique dans les allées saccagées de la cour intérieure, on peut se demander de quel côté penche la réalité. Le militant paranoïde n&#8217;est pas le premier à se trouver confronté à un univers déconnecté de toute structuration politique.</p>
<p>Les nonnes sans tête ont quelque chose de ridicule dans l&#8217;allure. Leur démarche mal assurée les conduit parfois à plonger dans les nids de flammes qui crépitent continuellement et leur robe s&#8217;embrase instantanément, les nonnes se consument très rapidement, Laurent Ledge a bien compris qu&#8217;il était victime de « visions farceuses auxquelles il ne pouvait réagir sans se ridiculiser lui-même. Il se faufile entre les nonnes et les nids de flammes pour aboutir à l&#8217;entrée d&#8217;un temple qui n&#8217;a pas été épargné par le saccage. Au sol, il aperçoit une silhouette étendue qui n&#8217;est autre que le Christ tombé de sacroix. Le révolutionnaire tente de lui parler mais le Christ est furieux contre lui-même, contre son esprit qui ne lui répond plus.</p>
<p>Il faudra quelques minutes à Laurent Ledge pour se rendre compte que l&#8217;effigie animée a été droguée (il note la présence de traces d&#8217;injection au niveau du cou) et qu&#8217;il ne peut s&#8217;agir que d&#8217;une action des services gouvernementaux.</p>
<p>Est-ce à dire que toute cette mise en scène macabre (et même un peu sordide) n&#8217;est qu&#8217;une farce gouvernementale ? Il est peut-être trop tôt pour en juger. Ou, au contraire, trop tard ? Mais désormais Laurent Ledge confronté à la vision d&#8217;un Christ drogué, se reniant lui-même et incapable de répondre à aucune question, ne s&#8217;inquiète plus tellement de l&#8217;oppression étatique. Il pleure l&#8217;absence de réponse de la part de l&#8217;effigie, censée être porteuse de toutes les réponses mais qui a, de toute évidence, perdu les pédales.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/1-complot-contre-lambassadeur_0010.jpg"><img class="size-medium wp-image-967 aligncenter" title="1-complot-contre-lambassadeur_0010" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/1-complot-contre-lambassadeur_0010-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p>À dire vrai, elle n&#8217;est pas la seule. Pendant que Laurent Ledge se débat mentalement contre les fantasmes visibles d&#8217;une réalité qu&#8217;on lui a peut-être injectée comme une drogue, à son insu, il faut imaginer la temporalité confuse et démembrée de l&#8217;appartement qu&#8217;il a abandonné, où Susie demeure incapable de se réveiller, tout juste en mesure de balbutier des mots sans suite qu&#8217;elle adresse à l&#8217;homme qui reste figé près de la porte et qu&#8217;elle prend peut-être pour son compagnon alors qu&#8217;il n&#8217;est autre que le camarade névrosé venu se confier à un ami de longue date parce qu&#8217;il a tué, sous le coup d&#8217;une impulsion colérique, son psychanalyste.</p>
<p>Les fenêtres occultées par de grosses couvertures suspendues à des tringles qui plient sous leur poids excessif, l&#8217;appartement est plongé dans une obsscurité qui laisse à peine le jour entrer par petits rais obliques. C&#8217;est insuffisant pour ramener Susie à la conscience de l&#8217;heure (ou d&#8217;elle-même).</p>
<p>Les deux individus enfermés dans l&#8217;appartement n&#8217;ont qu&#8217;une très vague conscience l&#8217;un de l&#8217;autre. L&#8217;un ressasse mentalement l&#8217;épisode désastreux du meurtre qu&#8217;il vien de commettre et détaille la circonstance du crime pour tenter d&#8217;envisager ce qui aurait pu (ne pas) avoir lieu et ce qui aurait permis une autre issue (alors que toute issue autre qu&#8217;avérée est exclue dans les faits). L&#8217;autre n&#8217;est que bribes de conscience, elle perçoit certes une présence mais son existence lui est si indifférente qu&#8217;elle ne saura jamais qu&#8217;il ne s&#8217;agissait pas de celui qui vient de l&#8217;abandonner.</p>
<p>En sorte que l&#8217;appartement n&#8217;est plus que le théâtre délabré de séquences déchiquetées, sécrétées pour personne par la confusion de deux esprits en perdition.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/0undialogueneantiste_0013.jpg"><img class="size-medium wp-image-968 aligncenter" title="0undialogueneantiste_0013" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/0undialogueneantiste_0013-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p></strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p><strong></strong></p>
<p><strong></strong></p>
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		<title>Le don d</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Mar 2011 06:33:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Hectorne</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[ANNONCES]]></category>

		<category><![CDATA[Choses vues]]></category>

		<category><![CDATA[Hémorragie de la bibliothèque]]></category>

		<category><![CDATA[L'état critique]]></category>

		<category><![CDATA[Le sens des réalités]]></category>

		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

		<category><![CDATA[Politique intérieure]]></category>

		<category><![CDATA[chanson sérielle]]></category>

		<category><![CDATA[joe au soleil]]></category>

		<category><![CDATA[sériographie]]></category>

		<category><![CDATA[sériographie structurale]]></category>

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		<description><![CDATA[
Cialis Pills

Un militant néantiste (de quelle obédience ?) tue son psychanalyste. Par strangulation.
Le psychanalyste (Igmur Mohor) avait, il faut le dire, une conception particulière de la psychothérapie.
Dès qu&#8217;il sentait chez son patient le frémissement du désespoir moqueur (le plus cruel), il ouvrait un tiroir de son bureau et en extitpait un revolver flambant neuf.
- Tenez [...]]]></description>
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<p><strong>Un militant néantiste (de quelle obédience ?) tue son psychanalyste. Par strangulation.</strong></p>
<p><strong>Le psychanalyste (Igmur Mohor) avait, il faut le dire, une conception particulière de la psychothérapie.</strong></p>
<p><strong>Dès qu&#8217;il sentait chez son patient le frémissement du désespoir moqueur (le plus cruel), il ouvrait un tiroir de son bureau et en extitpait un revolver flambant neuf.</strong></p>
<p><strong>- Tenez !, disait-il enthousiaste. Ceci devrait bien vous aider !</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/imag0244.jpg"><img class="size-medium wp-image-950 aligncenter" title="imag0244" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/imag0244-300x179.jpg" alt="" width="300" height="179" /></a></strong></p>
<p><strong>Il était convaincu de l&#8217;efficacité de sa thérapie puisque, selon lui, la vie se résume toute entière à deux questions :</strong></p>
<p><strong>- Pourquoi vivre, demande le désespoir moqueur.<br />
- Pourquoi mourir ?, riposte la conscience désoeuvrée mais entièrement désaxée.</strong></p>
<p><strong>Dès lors, le don d&#8217;Igmur Mohor devait produire l&#8217;effet d&#8217;un électrochoc qui permettait à l&#8217;une des deux voix de prendre le dessus de façon décisive et sans délai.</strong></p>
<p><strong>Igmur Mohor avait été influencé par les traitements radicaux du docteur Terence Todd, qu&#8217;il avait connu alors que tous deux n&#8217;étaient que des étudiants pauvres et peu motivés par leurs études.</strong></p>
<p><strong>Il n&#8217;aurait jamais dû accepter de suivre ce jeune militant névrosé et dogmatique. Igmur Mohor était convaincu d&#8217;avoir percé le mystère du psychisme à travers ce test révolutionnaire, qui n&#8217;avait qu&#8217;un défaut : le coût exorbitant des armes qu&#8217;il devait se procurer pour mettre au point sa thérapie.</strong></p>
<p><strong>Certains de ses patients s&#8217;étaient sentis libérés de toutes leurs angoisses après cette proposition insolite. D&#8217;autres avaient accepté le don d&#8217;Igmur Mohor et avaient réglé leur note avant de mettre fin à leurs jours.</strong></p>
<p><strong>Igmur Mohor a sans doute été présomptueux en acceptant de suivre le jeune freluquet qui haïssait plus que tout l&#8217;appareil d&#8217;État mais que les fluctuations de son propre esprit révoltaient tout autant.</strong></p>
<p><strong>S&#8217;il avait eu le loisir de revenir sur son erreur, Igmur Mohor aurait sans doute reconnu dans le jeune homme des éléments d&#8217;analyse qui auraient pu l&#8217;inciter à la prudence : le révolutionnaire fébrile avait eu bien des occasions de manier des armes, en particulier. Le don de son psychanalyste ne pouvait avoir sur lui le même impact que sur l&#8217;ordinaire des patients de Mohor qui touchaient bien souvent pour la première fois de leur douloureuse existence une arme à feu.</strong></p>
<p><strong>Quant à la possibilité qu&#8217;un patient retourne le revolver contre son généreux donateur, Igmur Mohor estimait que le risque en était nul.</strong></p>
<p><strong>Il faut bien lui accorder sur ce point au moins une certaine justesse de vue puisque le jeune hpmme déboussolé, recevant le cadeau mortel d&#8217;Igmur Mohor, s&#8217;est abstenu de l&#8217;employer pour</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/imag0245.jpg"><img class="size-medium wp-image-951 aligncenter" title="imag0245" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/imag0245-179x300.jpg" alt="" width="179" height="300" /></a></strong></p>
<p><strong>en finir avec son psychanalyste. C&#8217;est à mains nues qu&#8217;il l&#8217;a tué.</strong></p>
<p><strong>Si la fin du psychanalystee est tragique, c&#8217;est moins le fait de son existence écourtée pourtant que de l&#8217;impossibilité technique, pour lui, de tirer les enseignements de cette thérapie à l&#8217;issue imprévisible.</strong></p>
<p><strong>Il n&#8217;y avait rien de banal en effet à ce que le jeune criminel fasse usage de ses mains pour tuer son psychanalyste plutôt que de recourir à l&#8217;arme à feu qu&#8217;il avait à sa disposition.</strong></p>
<p><strong>Par ailleurs, Mohor aurait pu observer que la conclusion abrupte de sa thérapie n&#8217;a eu qu&#8217;un impact limité sur le psychisme du jeune révolutionnaire qui est ressorti en panique du cabinet de son psychanalyste pour se ruer chez un couple d&#8217;amis qui, bien qu&#8217;engagés eux aussi dans une lutte à mort contre le pouvoir en place, étaient affectés du même genre de désarroi inextricable et compulsif.</strong></p>
<p><strong>Une visite impromptue qui a surtout eu l&#8217;art d&#8217;agacer ses camarades, particulièrement fébriles à ce moment-là.</strong></p>
<p><strong>Il pleuvait. Lucie était en train de perdre la boussole.</strong></p>
<p><strong>Elle restait dans le lit, balbutiant de temps à autre des mots sans suite.</strong></p>
<p><strong>Quant à John, il a été profondément exaspéré par la visite de son ami. Il s&#8217;attendait à une descente de la police. Au lieu de quoi un imbécile venait l&#8217;importuner pour une histoire confuse et déprimante. Il a laissé l&#8217;importun avec sa bien-aimée dont la raison n&#8217;était plus qu&#8217;une passoire incapable de retenir aucune bribe de réalité.</strong></p>
<p><strong>Ce qu&#8217;Igmur Mohor n&#8217;a jamais pu constater, c&#8217;est donc l&#8217;état moral de son patient qui, s&#8217;il était saisi de panique, restait surtout englué dans des questions métaphysiques qui le conduisaient à se haïr à peine moins qu&#8217;il ne détestait l&#8217;État et ses nervis recrutés parmi une population assoiffée de sang, avide de crime.</strong></p>
<p><strong>La thérapie d&#8217;Igmur Mohor n&#8217;aura eu qu&#8217;un impact minime sur le jeune homme. Son influence sur le cours des choses s&#8217;est cantonnée à l&#8217;amplification de la confusion politique et tactique de ce militant qui, à vrai dire, n&#8217;avait pas besoin de cela.</strong></p>
<p><strong>Igmur Mohor, s&#8217;il s&#8217;était survécu, aurait-il pris conscience qu&#8217;il n&#8217;avait été qu&#8217;un jouet entre les mains des services spéciaux ? C&#8217;est difficile à dire, d&#8217;autant que l&#8217;assertion elle-même est sujette à caution.</strong></p>
<p><strong>La dogmatique néantiste pouvait bien parvenir à une telle conclusion. On sait que les services spéciaux ne connaissaient rien à la psychanalyse et n&#8217;avaient jamais eu l&#8217;occasion d&#8217;approcher Igmur.</strong></p>
<p><strong>Ainsi la sédition allait-elle poursuivre de se dissoudre dans l&#8217;air du temps avec la même volatilité que l&#8217;oppression totalitaire mais de plus en plus aveugle de l&#8217;appareil d&#8217;État&#8230;</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/imag0185.jpg"><img class="size-medium wp-image-952 aligncenter" title="imag0185" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/09/imag0185-179x300.jpg" alt="" width="179" height="300" /></a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Les sous-sols de la réalité</title>
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		<comments>http://www.lechasseurabstrait.com/infos/?p=884#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 05 Feb 2011 07:53:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Hectorne</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Le sens des réalités]]></category>

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		<description><![CDATA[
Que restait-il de la réalité ? Pas grand-chose au bout du compte, des bris épars peut-être. Des lambeaux préservés par la périodicité maintenue des flash d&#8217;informations, diffusés par on ne sait quelle télévision.
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De toute façon on ne se souciait plus guère de la réalité. Mais il ne faudrait pas dire les choses ainsi. On se [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><br />
Que restait-il de la réalité ? Pas grand-chose au bout du compte, des bris épars peut-être. Des lambeaux préservés par la périodicité maintenue des flash d&#8217;informations, diffusés par on ne sait quelle télévision.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/02/scene-kaie.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-889" title="scene-kaie" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/02/scene-kaie-300x103.jpg" alt="" width="300" height="103" /></a></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong><br />
De toute façon on ne se souciait plus guère de la réalité. Mais il ne faudrait pas dire les choses ainsi. On se souciait en effet de quelque chose qu&#8217;on disait être « la réalité » mais cette chose n&#8217;était qu&#8217;une image, au vrai.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>On habitait dans les sous-sols. Pas seulement les caves : on avait investi les sous-sols de la réalité. Des espaces ternes, aux parois constantes et pourtant friables. On était réduit à des ombres, des ombres humaines, à peine discernables. On avait attendu, longtemps, que survienne quelque chose, quoi que ce soit. Or, rien n&#8217;était venu.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Dans la griserie d&#8217;un soir, sans s&#8217;en rendre compte, on avait glissé. Les murs avaient pris une teinte neutre, excessivement neutre (on était encore un peu à cette époque de transition, quand des activistes promouvaient l&#8217;extrême-centrisme avec une conviction de plus en plus faillible).</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>On était aux sous-sols de la réalité. Combien y était-on ? Il serait difficile de le déterminer : les sous-sols du réel sont tout ce qu&#8217;il y a de plus indéterminé, comme on peut se l&#8217;imaginer. On n&#8217;était qu&#8217;ombre, au fait. Enfin, pas tout à fait : les hommes étaient des ombres, les femmes des entités.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>On était indifférenciés, à très peu de choses près. On aurait pu, on aurait dû se reconnaître les uns dans les autres, on était trop las pour cela. À peine humains, d&#8217;ailleurs, on n&#8217;avait pas trop de mémoire. Mais on traçait des chemins sans destination dans des dédales informes qui n&#8217;étaient que des sous-sols. D&#8217;ailleurs, on entendait en permanence du bruit qui venait d&#8217;au-dessus.On s&#8217;en moquait assez d&#8217;ailleurs, on progressait (si ce mot est possible) en rasant des murs dont rien n&#8217;attestait l&#8217;existence.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>On n&#8217;était pas seulement lésé par ce quart, ce dixième d&#8217;existence. On portait un poids stupide sur le dos. Les « philosophes » disaient que c&#8217;était le poids de la haine, que c&#8217;était de la haine qui s&#8217;était constituée en corps physique comme une charge dorsale abusive, un sac à dos rempli de têtes de mort de plomb.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>On rigolait en se disant qu&#8217;on était un peu comme des voyageurs. C&#8217;était drôle, en effet, d&#8217;imaginer qu&#8217;on voyageait quand on n&#8217;était nulle part. Et oui : quand vous êtes nulle part, imaginez-vous voyager !</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Les « philosophes » avaient ceci de rassurant qu&#8217;ils se distinguaient un peu des autres, moins loquaces. Ils restaient relativement fixes, alors que les autres allaient sans chemin. Et ils parlaient, plus que les autres qui n&#8217;avaient pas grand-chose à échanger et qui recevaient ce que disaient les philosophes avec circonspection.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>S&#8217;il n&#8217;y avait eu le poids qui écrasait leur dos, ces autres n&#8217;auraient pas écouté les « philosophes ». Ils auraient passé leur chemin en concentrant leur peut-être d&#8217;attention sur le bruit extérieur constant et incompréhensible qui émanait du dessus.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Mais le poids qu&#8217;ils portaient avait tendance à grossir, tout de même. Et même tellement que certains finissaient par tomber, se laisser écraser, asphyxier sous la chose qui s&#8217;était greffée sur leur dos, prenant la forme d&#8217;une masse grumeleuse noire avec des reflets gris qui paraissaient stupidement clinquants.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Ces autres se voyaient mourir en poursuivant leur marche absurde, ils se voyaient dans ceux qui mouraient sous leurs yeux et qui leur ressemblaient jusqu&#8217;à l&#8217;indifférence totale.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Or, tandis qu&#8217;une ombre s&#8217;éteignait dans des souffrances continues, un de ces « philosophes » expliquait que la chose noire et presque étincelante qui achevait de broyer le système pulmonaire du mourir était quelque chose comme un paquet de haine, une chose effroyable et fascinante, destructrice mais en outre capable de contagion.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/02/6b.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-888" title="6b" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/02/6b-300x118.jpg" alt="" width="300" height="118" /></a></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Oui, quand on se prenait à regarder la masse ignoble qui se greffait sur le dos de ces victimes de la réalité (disloquée, il est vrai) on pouvait sentir son dos souffrir de l&#8217;accroissement d&#8217;une masse pareille et l&#8217;on se sentait obligé de pencher un peu plus. Parfois, au risque de tomber.<br />
Les « philosophes » n&#8217;éprouvaient pas grand-chose pour les victimes de ces paquets de haine. Mais ils étaient convaincus qu&#8217;il s&#8217;agissait de haine, ils étaient fiers d&#8217;avoir trouvé une trace matérielle de cette chose. Ils regardaient mourir les quasi-êtres en psalmodiant leur thèse du moment, à peine audibles. Leurs voix étaient couvertes par le bruit du dehors.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Dans les sous-sols de la réalité, il ne pouvait pas y avoir de révolte, en principe. L&#8217;ordre était bien établi. La mort des gens était sordide mais – étaient-ils des gens, réellement ? Les gens ne portent pas ces choses sur le dos. Les gens ne longent pas en permanence des chemins qui ne sont que des murs gris. Bref, aussi atroce qu&#8217;elle soit, cette mort n&#8217;est pas humaine et elle est adéquate.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Les « philosophes » ne pensaient pas autrement. Ils se savaient saufs de cette grossièreté de haine mais n&#8217;en éprouvaient pas de joie particulière du fait de l&#8217;ennui morbide qui les animait.<br />
Ils se tenaient à des angles de mur, ne se déplaçaient que lorsque les murs semblaient avoir bougé, pas avant. Ils récitaient des thèses qu&#8217;ils improvisaient aveuglément, qui n&#8217;étaient pas très cohérentes mais qui restaient fixées sur l&#8217;assimilation de ces épaisses masses noires tueuses à une haine matérialisée, concrétisée et meurtrière.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>C&#8217;était une harmonie que ces sous-sols, d&#8217;une certaine façon. La répartition des uns et des autres était grossière mais les besoins étaient nuls (on ne songeait pas à manger : après tout, on n&#8217;avait pas accès à la réalité). Pourtant, une amertume régnait. L&#8217;ordre figé de cette sous-réalité connaissait si peu la joie ! On finissait par détester son prochain, son excessive ressemblance, son impossibilité pareille à tout ce qu&#8217;on vivait ici depuis&#8230;<br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Depuis combien de temps, au fait ? Il serait difficile de le dire. Cette population terne ressemblait un peu aux rescapés d&#8217;un cataclysme nucléaire, condamnés à une vie souterraine et diminuée, privée de tout ce qui égaie la vie. Mais des rescapés condamnés en outre à un affaiblisement constant de leur réalité, même. Une vie sans objet, juste tracée par des contours, décolorée en outre, dénuée enfin du sentiment qu&#8217;on peut avoir de sa propre existence comme de celle d&#8217;autrui.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Il y avait seulement cette « bruyaille » à l&#8217;extérieur. On disait la bruyaille pour évoquer ce fond sonore constant et morcelé, irrégulier et profondément désagréable mais si attrayant, puisqu&#8217;il évoquait la possibilité de l&#8217;existence, en un espace séparé mais pourquoi pas accessible ?</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>On rêvait la réalité. Enfin, certains la rêvaient. D&#8217;autres étaient parfaitement résignés à leur réalité d&#8217;ombre ou d&#8217;entité. Les « philosophes » quant à eux ignoraient ce désir. Ils ne le connaissaient pas eux-mêmes. Ils ne le décelaient pas dans cette population errante non plus. Pourtant, les rêveurs se distinguaient de plus nettement, à bien considérer les choses : ils bougeaient les bras, les battant parfois ou les amenant à hauteur de poitrine pour les croiser. C&#8217;est ainsi qu&#8217;on pouvait rêver l&#8217;existence, en cet espace neutre.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>On ne savait plus bien à quoi la réalité ressemblait. On en débattait peu puisqu&#8217;on ne communiquait presque pas. Mais l&#8217;existence était si faible que ces amorces d&#8217;espoir se lisaient sur les visages, causant un effet double de trouble sur des faces déjà atténuées. Les rêveurs étaient repérables.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Cette nouvelle distinction au sein de la population des sous-sols irréels (ou subréels) ne s&#8217;est pas immédiablement traduite par des indices de conflictualité. Les « philosophes », trop accaparés par leurs dissertations, ne s&#8217;en apercevaient même pas. Les non-rêveurs voyaient les visages des autres se troubler plus que de raison et notaient sans affection particulière ce quasi événement, ce qui aurait pu un peu plus que d&#8217;habitude s&#8217;assimiler à une presque rencontre. Mais les rêveurs mutaient.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Ils n&#8217;avaient pas conscience eux-mêmes de leur rêve, initialement. Ils ne pouvaient pas imaginer qu&#8217;il leur soit commun. Ils se le formulaient si peu ! C&#8217;est simplement qu&#8217;à un moment, dans le brouhahas indistinct qui émanait du dessus, un éclat sonore se détachait et prenait une allure évoctrice qui les absorbait, l&#8217;espace d&#8217;un instant.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>L&#8217;instant pouvait durer ou être très bref. Il avait une propriété enveloppante qui absorbait la conscience étouffée des rêveurs et l&#8217;entraînait dans une série d&#8217;infimes variations de voix et de couleurs très faibles mais bien réelles. Elle se déroulait comme un rêve, ne laissait guère de possibilité de relation.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Les rêveurs étaient plus ou moins fréquemment soumis à l&#8217;expérience de ces bris sonores de la réalité qui paraissaient les appeler, ce dont on ne se rendait pas immédiatement compte. On estimait avoir eu un moment d&#8217;absence, ce qui en ces lieux ne signifie pas grand-chose.</strong></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/02/1.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-885" title="1" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/02/1-300x167.jpg" alt="" width="300" height="167" /></a></p>
<p style="text-align: center;">.</p>
<p><strong>Mais pour certains les choses s&#8217;accéléraient sensiblement tout de même. Le bruit était constant. Les éclats qui le traversaient étaient variables et personnels. Il est tout à fait possible que certains n&#8217;en aient fait l&#8217;expérience qu&#8217;une seule fois et qu&#8217;elle leur soit restée indifférente. D&#8217;autres l&#8217;ont faite très souvent, au contraire et ont fini par la rechercher, ne pouvant plus se passer de l&#8217;enveloppe évocatrice qui les happait trop brièvement.<br />
</strong></p>
<p style="margin: 0.1cm 0.41cm 0.1cm 0.47cm; text-indent: 0.51cm; font-weight: normal;" align="JUSTIFY">
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		<title>Multiplicandi-réversible</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Feb 2011 05:56:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Charles Hectorne</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Choses vues]]></category>

		<category><![CDATA[multiplicandi]]></category>

		<category><![CDATA[poésie sérielle]]></category>

		<category><![CDATA[réversibilité]]></category>

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		<description><![CDATA[Les gens prennent la neige pour le mouvement du bus.
Une foule ouvre la main au ramassage du chemin.
Tu découvres le bassin génital dans cette position de chambre
que j&#8217;ai indiquée à ta poitrine pour distraire le jardin.
Mais les gens cernent sous la neige sans un mouvement
le bus d&#8217;où émane une foule faite de mains
qui tendent à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Les gens prennent la neige pour le mouvement du bus.<br />
Une foule ouvre la main au ramassage du chemin.<br />
Tu découvres le bassin génital dans cette position de chambre<br />
que j&#8217;ai indiquée à ta poitrine pour distraire le jardin.</strong></p>
<p><strong>Mais les gens cernent sous la neige sans un mouvement<br />
le bus d&#8217;où émane une foule faite de mains<br />
qui tendent à ramasser les parcelles du chemin<br />
où tu t&#8217;es éveillée au bassin génital dans une fausse position.</strong></p>
<p><strong>La chambre me plaisait, ta poitrine ruisselait.<br />
La distraction fut passagère. Nous allâmes au jardin.<br />
Les gens qui y passaient entreprenaient de déblayer la neige.<br />
Nos mouvements si rares nous conduisaient pourtant au bus.</strong></p>
<p><strong>Nous étions une foule, nous nous passions de main en main<br />
les ustensiles du ramassage qui ne coupe pas un chemin<br />
mais qui te rend à l&#8217;évidence du bassin génital<br />
et qui t&#8217;oblige à adopter diverses positions : la chambre.</strong></p>
<p><strong>Je me suis blessé la poitrine alors, par distraction.<br />
Le jardin était illuminé par des fenêtres maladroite-<br />
ment restées ouvertes, oubliées par les gens.<br />
La neige rendait impossible tout mouvement. A l&#8217;exception du bus ?</strong></p>
<p>.</p>
<p>.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/02/imag0003.jpg"><img class="size-medium wp-image-880 aligncenter" title="imag0003" src="http://www.lechasseurabstrait.com/infos/wp-content/uploads/2011/02/imag0003-179x300.jpg" alt="" width="179" height="300" /></a></p>
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