Numéro RAL,M
Revue d’art et de littérature, musique
Numéros 64-65 - juillet-août 2010
Revue mensuelle en ligne - prochain numéro: 15 septembre 2010

 

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-------- Robert VITTON

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Jean Richepin

 

Je les aime -mes héros, mes pauvres gens- parce que j’ai arrêté mes regards sur leur misère, fourré mes doigts dans leurs plaies, essuyé leurs pleurs sur leurs barbes sales, mangé de leur pain amer, bu de leur vin qui soûle, que j’ai, sinon excusé, du moins expliqué leur manière étrange de résoudre le problème du combat de la vie, leur existence de raccroc sur les marges de la société, et aussi leur besoin d’oubli, d’ivresse, de joie, et ces oublis de tout, ces ivresses épouvantables, cette joie que nous trouvons grossière, crapuleuse, et qui est la joie pourtant, la belle joie au rire épanoui, aux yeux trempés, au cœur ouvert, la joie jeune et humaine, comme le soleil est toujours le soleil, même sur les flaques de boue, même sur les caillots de sang. (Préface de l’auteur pour La Chanson des gueux)

De mon temps, on ne supporte plus la misère, du moins le spectacle dérangeant qu’elle donne. On préfère la pétrifier dans les neiges d’antan, l’agenouiller derrière des palissades qui affichent le bien-être, qui vantent les mérites de l’opulence, qui crient toutes les formules du bonheur aux gobeurs consommés ; on préfère l’emmurer...

 -Qui ça, la misère ?

- ...l’emmurer, la banlieusariser, la mettre hors de la vue d’une autre misère. Faites taire cette gueusaille et ses orgues barbares, on n’entend plus nos Marseillaises, nos Républiques, nos fanfares, nos slogans, nos trompettes renomméés, nos angélus, nos prières apprises, le charivari de nos magazines et des stades... Faites taire la voix publique, la voie publique, le carreau, la dalle, les parvis !... Faites taire ce Richepin, Jean de son prénom, ce poète anachronique ! Jetez-le aux oubliettes ! Jean ! Jean ! Jean, attends-moi ! Allons boire un coup, j’ai du sable à l’amygdale ! (Robert Vitton)

PAUVRE RICHEPIN

Mes vieux habits montrent la corde
Mes féroces ribouis les dents
Nous sommes tous miséricorde
De la côte du Père Adam
Que suis-je aussi blanc qu’une endive
Ma musette s’appesantit
Où chevauchent mes appétits
Je ne croirai plus qu’en ma dive
Fiasque de lacrima-christi
Je cours les quatre coins immondes
Et le milieu de mes saisons
On me voit sur les horizons
Rafistoler les bouts du monde
Conter aux bêtes mes raisons
Dans l’Erèbe plus rien ne change
Des fers des armes à rechange
Pauvre Richepin
Parfois je plaque mon chiche ange
Et je m’escampe sous mes pins

Mes vieux habits montrent la corde
Mes féroces ribouis les dents
Ma guitare se désaccorde
Ma muse a trop de prétendants
Que Dieu vous donne la gratelle
La pelade le choléra
Avec ses abracadabras
Qu’il vous allonge les bretelles
Et vous raccourcisse les bras
Passager sur l’ingrate terre
Dans les musiques du cosmos
Ô philosophe de Samos
Comme vos disciples austères
Je ronge toujours le même os
Plus rien dans le céleste espace
Quelques avionneurs rapaces
Pauvre Richepin
Un angelot passe et trépasse
Sous le pinceau niais des rapins

Mes vieux habits montrent la corde
Mes féroces ribouis les dents
Je suis un semeur de discordes
Je ne veux point de répondants
Je ne crains l’air le feu le givre
La glace ni le flot roulant
Je suis du genre turbulent
Mais je reste une pâte à vivre
Jusqu’à qui sait disons mille ans
Entre deux bocks de pissat d’âne
Je tire à vue à bout portant
A boulet rouge sur le temps
Pour le gai savoir je me damne
Je suis un âcre combattant
Plus rien ni chants dans les mémoires
Ni lavande dans les armoires
Pauvre Richepin
Mortes les Muses et les Moires
A quai la Nave Les copains

 

 

 

 

1 Message

     


     

  • 5 avril 2004 10:36, par Cristina CASTELLO

    " ...mes pauvres gens..." "...la misère..." Oui.

    Sí. Aúllan las vísceras del mundo. Hay temblor de rocío. Poesía en el hueso del enemigo de vidas Y las palabras estilete que lo sangran Palabras estilete que nos arrullan. Estilete que arrulla y nos convoca. Y entonces vida y luz. Palabra en acción. Esperanza vertical. Única. Total. Cristina Castello

 

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