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Revue d’art et de littérature, musique
Numéros 64-65 - juillet-août 2010
Revue mensuelle en ligne - prochain numéro: 15 septembre 2010
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:Feuilletez la RAL,M à partir de son plan:
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Espaces d’auteurs
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Chantpoésie de Jean-Claude Cintas
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Les DjangodOr - Trophées Internationaux du Jazz
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Laisse brûler le jazz... Version imprimable - envoyer par mail
« Laisse brûler le jazz… » et le livre "50 chantpoèmes" – « Edition spéciale DjangodOr ». Interview de son auteur : Jean-Claude Cintas
Le Chasseur Abstrait Editeur publie une édition limitée et numérotée (de 1 à 500), « Spécial DjangodOr 2008 », et dédicacée par l’auteur, du dernier recueil de Jean-Claude Cintas : « 50 chantpoèmes », extraits du « Cantique du Poète Insoumis ». Cette édition limitée est réhaussée de « 10 Compressions Typographiques » créées tout spécialement pour la circonstance par la plasticienne Valérie Constantin. On y trouve également une reproduction de la partition de « Laisse brûler le jazz » entièrement revisitée par Valérie Constantin. « 50 chantpoèmes - Spécial DjangodOr 2008 », 140 pages,15 € (Port compris). Disponible sous 48 heures sur Amazon.fr
RAL,M : Vous publiez « 50 chantpoèmes - Spécial DjangodOr 2008 ». Jazz et écriture, même combat ? Jean-Claude Cintas. Jazz et écriture, même combat ? Oui, c’est la partie visible et codifiée de la liberté de création. Ecriture et jazz c’est pareil. Même si le jazz se revendique comme le « seul » dépositaire du concept de liberté. On peut affirmer cela de toutes les pratiques d’art. C’est le jeu permanent entre improvisation et énergie qui est nécessaire pour extraire quelque chose de soi. Créer n’est pas simple mais n’est pas vain. Créer c’est provoquer l’autre. C’est se provoquer soi. Créer c’est un échange déséquilibré et aléatoire entre deux « Etre » : l’artiste et le spectateur. Le résultat s’apparente à une reconnaissance réciproque. Quand André Ceccarelli « balance » un solo de batterie – en apparence totalement destructuré – que fait-il ? Il provoque son auditoire. Il le met en porte-à-faux, en déséquilibre. Le déroute de son train-train quotidien. Un artiste, c’est cela. Puis, en fonction de l’inspiration du jour, du moment, de l’instant d’avant, d’après, l’improvisateur va casser les codes établis pour en créer d’autres, en inventer. De nouveaux codes. Je ne suis pas sûr qu’il sache ce que fait, à ce moment-là, l’artiste, l’improvisateur. Quelle importance d’ailleurs ! Moi, je reçois ce que fait ce musicien étonnant. J’en prends plein la figure et plein les gencives. Face à cela, deux solutions s’offrent à moi, (alors spectateur) : soit je quitte la salle, soit – et cela a toujours été le cas avec lui – je reste et je me gave de cette folie musicale meurtrière. « Dédé », c’est plus qu’un batteur. C’est plus que du rythme au bout des baguettes. C’est de la musique. Ce n’est pas que lui qui s’exprime là. C’est plus, c’est LA musique. Comme l’écriture dépasse son auteur. RAL,M : Dans « 50 chantpoèmes » nous sommes également dans des textes codifiés ? Jean-Claude Cintas. Certainement. Ces textes sont extraits d’une montagne de chantpoèmes que j’ai écrit à une période particulière. Montagne parce qu’ils sont plus de mille. Je les extrais progressivement espérant un jour les donner en pâture aux lecteurs et aux diseurs. Par « diseurs » j’entends ceux qui mettent le texte en voix. C’est la définition même de concept de chantpoème ; contraction de deux termes qui ne forment plus qu’un associant chant intérieur et poésie, voix et poème… Le chantpoème qui ne sort pas du papier sur lequel il est couché, est une « voix » sans issue. Les mots qui le constituent ne demandent qu’à s’en extraire. La voix est un excellent outil pour extraire et porter le texte. Lorsque « Laisse brûler le jazz, à chacune de ses phrases, il nous embrase… » jaillit sur le papier, on pourrait s’en contenter en les laissant coucher, là, sur le papier. Mais justement toute la démarche est dans l’extraction. Alors une musique constituée de notes, cette fois, vient s’accrocher à la musique des mots. Paroles et musique. Les mots s’accouplent à la musique. Le chantpoème prend alors toute sa dimension et sa raison d’être. Frank Hagège, le créateur des DjangodOr, qui a été l’instigateur de ces quelques vers « accouplés » à la musique, a eu raison de provoquer. J’y ai sacrifié. Il a bien fait. La vie ne vaut que par cette forme de provocation mutuelle génératrice d’inspiration et d’existence. RAL,M : D’autres « voix intérieures » sont donc possibles pour sortir les mots imprimés du papier ? Jean-Claude Cintas. En écrivant « Laisse décompresser le jazz… », chantpoème inspiré des 10 Compressions typographiques de la plasticienne Valérie Constantin, qui – comme André Ceccarelli me balance à la figure son groove – elle, me foudroie par ses compressions. Alors, à défaut de plancher, je plume et à la fin de l’envoi, je pique moi aussi. Je prends ma plume et je bats de l’aile. Mot après mot, le chantpoème s’improvise et enfin existe de nouveau. Tout nouveau. Étrange échange. Éternel aller-retour. Ici, on part d’un de mes textes « Laisse brûler le jazz… » – qui n’est pas un texte mais seulement trois vers – sur lesquels Valérie Constantin a rebondi avec 10 Compressions typographiques. À mon tour, au regard de ce qu’elle me présente, je réagis à son rebondissement et au vol, je ponds « Laisse décompresser le jazz… ». À ce chantpoème, la plasticienne rebondit à nouveau et s’avance déjà en me disant : « Je vais mettre « Laisse décompresser le jazz… » en images. En faire un film. » On n’y comprend plus rien. C’est l’escalade infernale, cette histoire ! Nous sommes là dans cet échange évoqué précédemment. Nous sommes dans un échange artistique. Un échange. L’avantage pour des créateurs, c’est que l’on rend concret cet échange. On se répond par créations interposées. En veux-tu en voilà ! Ping pong ! C’est aussi ce qui se passe avec le public qui écoute André Ceccarelli. Ping pong ! Le public ne peut certes pas répondre sur le champ par une création, mais participe par sa présence à l’égrégore installé par l’artiste. C’est de l’ordre du spirituel. Je dirais de l’humanisme pour ne pas paraître trop mystique. Alors « La musique adoucit les mœurs » n’est plus seulement une astucieuse et belle formule. « L’art adoucit les mœurs » devrait-on plutôt dire. Et au-delà de la performance de l’artiste, le spectateur part, empli d’une richesse indéfinissable, qu’il peut aussi – si c’est un artiste, un poète de la vie – redistribuer à volonté. Le battement d’ailes du papillon provoque son effet collatéral sans jamais savoir, au préalable, qu’elles en seront les conséquences. J’écoutais dernièrement à la radio un interview de Pierre Henri, compositeur de « Messe pour le temps présent », qui disait : « Ma musique, c’est l’attente de ce qui va venir ». Grâce à cet échange, on peut constater que, comme beaucoup de choses sont déjà « venues », beaucoup sont « à venir ». RAL,M : La dynamique provoquée à partir ou autour de « Laisse brûler le jazz… » a donc toutes les chances de ne pas s’arrêter là ? Le battement d’ailes du papillon va encore faire son effet ? Jean-Claude Cintas. Bien entendu. Le petit battement d’ailes de ces trois vers associés à la mélodie provoque des échanges aux conséquences collatérales imprévues et imprévisibles Je citais tout à l’heure André Ceccarelli dans l’interprétation que je faisais de son approche de l’échange avec le public et des conséquences de cet échange. Eh bien, lui aussi a « rebondi » sur « Laisse brûler le jazz… ». Encore une conséquence de ce battement d’ailes du papillon… Il souhaitait depuis longtemps rendre hommage à Frank Hagège. Informé de l’existence du mouvement engagé par « Laisse brûler le jazz… - Musiciens : un hymne au jazz en hommage à Frank Hagège » – dont le point de départ fût donné dans les colonnes du n° 43 d’octobre de la RAL,M – qui devient officiel à l’occasion des DjangodOr 2008. « Dédé » a rebondi et s’est impliqué. Il a demandé que d’autres prestigieux musiciens s’associent à lui pour participer au final de la Cérémonie des DjangodOr 2008 afin d’interpréter « Laisse brûler le jazz… » lors d’un bœuf qu’il espère en communion avec le public. Ces musiciens ne sont autres que Rhoda Scott (Chant), Didier Lockwood (Violon), Patrice Caratini (Contrebasse), Yaron Herman (Piano) et maintenant Bernard Lubat (Chant). Six fines lames de la scène jazzistique. Que demande le peuple ? Rien ! Fermez les bancs ! Y’a rien à voir. Juste à écouter. Maintenant. RAL,M : Mais d’autres artistes sont sensibles à ce battement d’ailes du papillon « Laisse brûler le jazz… » ? Jean-Claude Cintas. Oui. Christiane Hagège, dans ces mêmes colonnes, a lancé un appel à tous les musiciens pour qu’ils s’accaparent de « Laisse brûler le jazz… » et qu’ils laissent leur inspiration musicale s’exprimer en toute liberté. Le guitariste et arrangeur, Jack Yantchenkoff, du fond de son Andalousie, ne s’est pas fait prier. Il s’est aussitôt jeté sur les manettes de la console de son studio et a déposé une version rock-fusion de « Laisse brûler le jazz… ». Pourquoi pas ? On constate, là encore, que le battement d’ailes du papillon ne cesse de provoquer des ébats collatéraux musicaux tout à fait régénérants.
Il y a mille et une façons d’interpréter ce thème et ce texte. C’est là toute la magie de la musique. Toute la magie de l’artiste. Cette version inattendue en est un très bel exemple. Mais je sais que la surprise sera tout aussi vivifiante à chaque nouvelle version qui nous parviendra. Je dirais même que nous le serons tous puisque le monde entier pourra se connecter et écouter. C’est magnifique. RAL,M : Lorsque vous aurez reçu d’autres interprétations et enregistrements de « Laisse brûler le jazz… », que deviendront-ils et qu’en ferez-vous à terme ? Jean-Claude Cintas. Pour le moment nous n’en sommes qu’au début du battement d’ailes, avec, certes, des parrains de tout premier plan comme André Ceccarelli et son éminente équipe, mais le coup est parti et nul ne sait qu’elles en seront les retombées. Beaucoup d’artistes ont déjà promis de se prêter au jeu. Dans les semaines et les mois à venir nous serons en mesure de mettre, je l’espère, toutes les versions en ligne. On pourra alors se prendre à rêver. Une si belle aventure artistique pourrait finir, comme le suggérait Christiane Hagège – pour les versions les plus originales – sur une « galette ». On ne sait jamais. Alors, musiciens et chanteurs, à vos cordes musicales et artistes de tous poils à vos cordes expérimentales.
RAL,M : Les 10 Compressions typographiques de la plasticienne Valérie Constantin à partir du battement d’ailes « Laisse brûler le jazz… » procède de cette ouverture artistique qui va au-delà de la musique. Ces 10 Compressions vous ont inspiré un chantpoème « Laisse décompresser le jazz… ». Vous le publiez en bonus dans votre dernier livre « 50 chantpoèmes » spécialement (ré)édité pour les DjangodOr 2008 ? Jean-Claude Cintas. Oui, l’art ne se résume pas à la musique. Bien heureusement. Nous sommes là dans un mouvement infini du type de celui qui soustendait le Pop Art. Même si pour moi la vibration provoquée par l’onde musicale demeure parmi toutes les formes d’art, celle qui a un impact physique et sensoriel le plus immédiat. Cependant, les 10 Compressions typographiques de Valérie Constantin ont eu un effet tout aussi foudroyant sur moi. Et, en primeur, comme un fruit défendu, voici « Laisse décompresser le jazz… ».
La Dauberie, le 15 novembre 2008.
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