LE PRINTEMPS -1983-
Grosse des labeurs du tendre Zéphire
Flore engendra le gai Printemps
Leur passionnette a m’amour dû suffire
Pour ainsi traverser les Temps
Le sénile Archer des portes cochères
Des buildings des jardins pavés
Darde aveuglément ses flèches ma chère
Dans la grisaille allons rêver
Le noir ramoneur sur les toits sifflote
Sur son dos grimpe un hérisson
Son ange gardien sans hâte pelote
Les cordes Le jour mire son
Oeuf à repriser toutes les chaussettes
Tous les bas bleus et folichons
Les gourds vagabonds au bois s’époussettent
A petits coups de balluchon
Les tire-laine ont enfin lâché prise
Ils seront là dans un moment
L’accordéon joue Le temps des cerises
Lorsque passe monsieur Clément
Partout les troupeaux sonnent les bergères
Et le retour du grand bélier
Les vieux rossignols sur les étagères
S’égosillent Les écoliers
Ont passé par-là la route est ouverte
Aux espiègles enchantements
Incendions-nous à la découverte
Un peu beaucoup passionnément
Auprès du pétrin le mitron muguette
La boulangère et ses écus
Sous les pergolas fleuries des guinguettes
Les barriques sont sur le cul
La gente faiseuse aux doigts de fée pipe
Ses dés à coudre et ses ciseaux
Et brode nuit et jour les pauvres nippes
De couleurs et de chants d’oiseaux
Des peuples ardents de petites bouches
S’amourachent dans les taillis
Et se livrent de fines escarmouches
Ecoutez leurs chauds gazouillis
Oh voici voici l’oiselle-message
Dans vos grands yeux que j’aime tant
Oh c’est un ballet d’éclatants corsages
Qui se reflète sur l’étang
O saison des fautes remises
Ma jeune fille souriez
Au beau garçon en manches de chemise
Vous êtes bonne à marier
Le sénile Archer des portes cochères
Des buildings des jardins pavés
Darde aveuglément ses flèches ma chère
Dans la grisaille allons rêver
Grosse des labeurs du tendre Zéphire
Flore engendra le gai Printemps
Leur passionnette a m’amour dû suffire
Pour ainsi traverser les Temps
L’ÉTÉ -1970-
Mais où vont ces foules sans désir d’oasis
Où vont-elles ferrées muselées sous la bride
Avec leur chapelet et leur satyriasis
Que vont-elles chercher dans ce désert aride
Quelquefois l’Eté dans le choral des crapauds
Las des multitudes des filles vulgivagues
Enfin débarrassé de mes vils oripeaux
Je m’anuite et je meurs pour un chagrin de vague
Je meurs sous les sabots de vagues chevaux pers
Je meurs pour mon plaisir dans un curieux complexe
De désespoir et de gaîté lorsque la Mer
Dans ses humides draps me dévore le sexe
Là je broie du vert dans les bouteilles d’exil
Sous les phares je lis le courrier de ces îles
Où les hommes-flambeaux loin des hommes-fusils
Vomissent le venin de nos lois imbéciles
Je clignote les feux dans la forêt de mâts
Où croasse d’effroi l’oiseau noir de ma plume
Mon fidèle oiseau triste âme de mes climats
Que j’envergure en vol quand le passé s’exhume
Une cigale est là comme un porte-regret
Entre les cuisses d’une amazone de cuivre
Ruisselante de sel sur son cheval fortait
Une cigale est là dans mon désir de vivre
Je suis l’enfant d’hier qui hante les remparts
L’enfant que j’ai meurtri pour un parfum de femme
Il me reste de lui les longs cheveux épars
Et les yeux égarés dans des vapeurs infâmes
Je trouverai l’abysse au bout de mon ennui
L’abysse ténébreux des esprits apatrides
Je serai tout entier dans l’éternelle Nuit
Ma bonne Etoile est là parmi les stellérides
L’AUTOMNE -1983-
A Edouard MANET
La rive était rougeâtre et molle sous les pas
Du Squelette boiteux et de l’Enfant châtaine
Moi je dormais un peu auprès de la fontaine
Les badauds s’attroupaient mais ne me voyaient pas
Arrêtez-vous passants arrêtez-vous passantes
Ci-gît sans orémus quelqu’Un de son vivant
Sinistre troubadour têtu comme le vent
De son pays perdu et la pierre des sentes
Dispersez-vous bayeurs taisez-vous mascarons
Réveille-toi monsieur ce n’est qu’un mauvais rêve
La Dame au châle est là qui t’attend sur la grève
Moi je guette le cor du marchand de marrons
Je passe comme une ombre inquiète sur vos terres
Les mains sèches et nues j’y creuse mon sillon
Vos filandres parfois égayent mon haillon
Morne de citadin patraque et solitaire
Qui aux froidures bleues sous les chevaux le mors
Aux dents qui dévêtus dans le désert de roses
Qui la peau sur les os dans les jardins moroses
Qui sur les flots mutins mes féaux tous sont morts
Je passe à contrecoeur sur vos chasses clameuses
Je ne jalouse pas vos fervents braconniers
Encombrés de gluaux de miroirs de carniers
De fusils et de chiens ô ma rousse endormeuse
Chemineau je tutoie tous les cabaretiers
Je suis l’épouvantail de vos paysandailles
Porteur de rogatons je trinque aux accordailles
Que de piot à boire et d’enfants sur le chantier
Chiffonnier je charroie vos peilles et vos fouffes
Je fripe vos dessous je crève vos drapeaux
Je goûte vos rousseurs et je risque ma peau
Au milieu des cageots des hottes et des couffes
Sur les riches parvis sur les chemins bourbeux
Vos pauvresses chenues vivent de mes rapines
Et vos violoneux feuille-morte lambinent
Discords en ce bas monde ils se passent de peu
Encore que j’ahane à vos vignes lubriques
Que je porte vos faix vos fruits et vos fagots
Pour jamais je vous moule en mes fiers madrigaux
Et mordore à mon goût sous mes armes lyriques
Vos gueusailles gavées de pain dur et d’oignon
Vos manants loqueteux sur l’âge me rançonnent
Lorsque pour vos beaux yeux ma garce ma garçonne
Je délaisse mon Mal mon Ame et mon Guignon
Puissent les jaquemarts armés à la légère
S’assoupir sur les toits bruyants de vos quartiers
Ne plus faire du Temps marchandise et métier
Avant que de sonner nos noces passagères
Entre les cabanons pouilleux sur le froissis
Des fanes envieilli dans de sales brocantes
La main gâtée j’irai dès l’aube suffocante
Vaguer ivre du don d’amoureuse merci
Alors je jetterai madame à vos colchiques
Ma viole d’amour mon peautre mon bonnet
De nuit mon face-à-main mes plumes mon cornet
Mon penaillon mes dés ma besace et ma chique
L’HIVER -1970-
L’Hiver le vieil Hiver sur mes fougueux chevaux
Dégingole les monts déguenille les vaux
Escorté par les Vents audacieux domestiques
Cohorte fanatique
Compagne je ne puis mollement m’endormir
J’entends des miséreux dans les ruisseaux vomir
L’aigre lait têté aux seins mous de la Misère
Qui marmonne en pleurant de longs et vains rosaires
D’autres brisent leur crâne échevelé aux murs
Orbes des noirs cachots d’autres dans des draps mûrs
Et glacés râlent Viens Leurs beaux yeux faméliques
Se souviennent surtout des sourdes basiliques
Maîtresse je ne puis tranquille m’endormir
J’entends des violons dans les cyprès gémir
Qui sont ces musiciens empêtrés dans les hardes
Cassantes de la nuit Viens Que l’heure me tarde
De t’entrouvir souffrante ô ma douce Douleur
De parsemer de cris ta grisante pâleur
De perdre la raison avant que je jour naisse
Et m’arrache de toi de ta folle jeunesse
L’HIver le rude Hiver emporte les vieillards
Sur les quais cahotants peinent les corbillards
Tandis que les enfants ces beaux fruits de nos veilles
Aux neiges s’émerveillent