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Revue d’art et de littérature, musique
Numéros 64-65 - juillet-août 2010
Revue mensuelle en ligne - prochain numéro: 15 septembre 2010
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Poésie
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Robert VITTON Version imprimable - envoyer par mail
Rencontre autour
RENCONTRE AUTOUR D’UN GRAVEUR... Ou comment une musique du Moyen Age se retrouva adoptée par un poète contemporain !
Jacques CALLOT ( 1592-1635 ) Graveur Fin Août 2003. Activement, je cherche sur le Web, comme l’on dit, des airs de musique médiévale, sous la forme de petits fichiers midi... Je voudrais apprendre des airs nouveaux sur mon instrument, la Vielle à Roue, et recherche autant des textes anciens que des mélodies les accompagnant. J’ai déjà rapatrié un certain nombre de paroles et petits fichiers midi dans mon P.C. Cela, c’est lorsque le temps disparaît, et que l’on peut passer des heures à faire des recherches, tellement est vaste l’outil internet. Entre-temps, je relève le courrier. Un message en provenance du forum de Poésirama. Bon, voyons de quoi il retourne... Tiens, Robert Vitton. Un remerciement pour une réaction sur le forum au sujet de son Roi-Lyre... C’est sympath. Et j’avais tellement apprécié le poème... Mais, comme toujours, je n’osais répondre à cet auteur-là précisément, tant j’avais l’impression qu’à chaque fois, il faisait le tour de son sujet, et que la boucle était bouclée lorsque se terminait le poème... Qu’ajouter ensuite ? Bien peu... Pourtant, ce jour-là, je m’étais risquée pour la première fois à laisser mon appréciation au sujet de son texte. Et là, surprise en retour ! Robert m’envoie un de ses poèmes, intitulé le Vielleur de Callot. Il a du voir sur la page d’auteur que je jouais de cet instrument. A priori, me direz-vous, vous auriez apprécié le geste, aimé la forme et le fond, remercié pour le sympathique envoi, peut être fait échange de bon procédé et renvoyé à votre tour l’un de vos textes, échangé quelques mots éventuellement, quelques mails, et l’affaire en serait restée là... Oui, mais voilà... Lorsqu’on me parle de mon instrument favori, je suis forcément toute ouïe. Normal. Et Callot, cela me dit quelque chose, car lors de mes études viellistiques, j’ai été amenée à travailler sur l’histoire et l’iconographie de l’instrument Vielle à Roue. Jusqu’à en faire un mémoire pour examen, il y a deux ans...Histoire de l’instrument & recherche iconographique m’ont d’ailleurs passionnée, et j’ai beaucoup appris, ce faisant. Au hasard de mes recherches d’alors, j’avais donc rencontré Jacques Callot, graveur Lorrain réputé, auteur - entre autre - de séries gravées intitulées "Les Misères de la Guerre", et "Les Gueux". Et... parmi ces Gueux, il y en avait un, plus particulier à mes yeux que les autres, "Le Vielleur Aveugle". Il faut savoir que la Vielle à Roue est un instrument millénaire, qui s’est perfectionné au fil du temps, mais qui existait depuis les pèlerinages de Saint-Jacques de Compostelle... Elle est passée, en sa vie, par toutes les fortunes (Cours Royales) et les infortunes (instrument de mendiants & Cour des... Miracles) Mais laissez-moi poursuivre mon histoire...Et veuillez excuser mon aparté, je suis incorrigible. Je me retrouve donc à la maison, avec un texte superbe qui trouve résonance en moi, tout en appréciant l’humour et l’anachronisme de l’auteur, lorsqu’il mêle Fort, Prévert et Boileau à l’histoire d’un personnage du XVIIème siècle ! Mais c’est d’autant plus savoureux. L’imprimante a fait son œuvre. Elle a bien travaillé. Le texte est devant moi, sur mon bureau. Et je l’apprécie. Je retourne donc maintenant à mon premier travail, interrompu par la relevée des boîtes à lettres, et qui consistait, souvenez-vous, à rechercher de petits fichiers midi, les écouter, dans l’espoir de renouveler quelque peu mon répertoire instrumental. Soudain, mon attention se porte sur l’un des airs collectés, extrait du Livre de Danses de Marie de Bourgogne, "La Franchoise Nouvelle". Auteur anonyme. La musique en est belle, les percussions lui donnent un air quelque peu solennel, de l’ampleur en quelque sorte. C’est alors que mes yeux se posent sur le poème que je viens d’imprimer, et qui est toujours sur le bureau, devant moi. Une surprise de taille me laisse pantoise !!! Ahurissement complet de ma part : je crois rêver !!! "La Franchoise Nouvelle" s’adapte d’une façon incroyable au texte de Robert Vitton !!! Même structure en trois parties. Et surtout, même phrasé. Même rythmique. C’est inconcevable. Quelques adaptations sont certes nécessaires, ça et là, un contre-chant est possible pour rehausser le tout, mais l’ensemble a une cohérence et une amplitude qui me laissent songeuse et stupéfaite ! On dirait que la musique était faite pour ce poème-là !!! Et nul autre !!! Qu’elle l’attendait... de toute éternité. Vous allez me dire que je divague et que j’extrapole bien loin. A peine ! Et ma remarque vous fera peut être percevoir la stupeur - le mot n’est pas trop fort - avec laquelle j’ai fait cette découverte. Alors, que me reste t-il à faire ? Et bien, transmettre à Robert Vitton le récit de cette incroyable rencontre, enregistrer la dite-musique et le poème réunis, en le chantant, et lui envoyer le tout sous forme de fichier mp3... Je dois vous dire que la surprise fut identique de part et d’autre. Soufflé, l’auteur ! Autant que moi ! Epoustouflé par la symbiose entre son texte et la musique... De cette rencontre assez peu ordinaire, naquit l’idée de ces quelques pages en la Revue, consacrées à cette rencontre et à la Vielle à Roue, son histoire à travers les âges, tant en iconographie que d’un aspect plus littéraire. Pages qui se mettront en place sans doute sur deux revues, tant est vaste le sujet. J’avais quant à moi déjà fait une chanson sur cette histoire de mon instrument favori, intitulée "Mille Ans d’âge". Certes, c’était au temps... du cinéma muet, c’était au temps où Bruxelles...( Mais non, je ne me suis pas trompée, il s’agit d’un Jacques également ! ) Bon, soyons sérieux... C’était en 2001, au temps où je n’avais encore aucune connaissance de la prosodie. Mais je vous la livrerai quand même, cette chanson, en clôture - la prochaine fois, donc - et sans regrets, car ce fut un chant du cœur, en hommage à cet instrument particulier qu’est la Vielle. Je laisserai également Robert vous présenter Jacques Callot, puisque après tout, c’est un peu le graveur qui est le premier responsable de cette étrange rencontre entre un poème et une musique médiévale. La gravure fit naître ce superbe texte, un jour, en 1998. Dommage que vous ne puissiez avoir le côté sonore de la rencontre, mais peut-être cela pourra t-il s’envisager un jour... Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur le sujet, quelques liens en fin de second article leur permettront de voyager dans le Temps... et de retourner aux sources de l’instrument. Mais après tout, ne sommes-nous pas d’éternels voyageurs du Temps ? Nous avons, nous aussi, "mille ans d’âge" ou peut être plus encore, lorsque nous laissons venir à nous la Muse, cette éternelle inspiratrice... Alors, peut être présidait-elle à cette rencontre, entre une musique et ce magnifique poème ? Je suis heureuse en tout cas qu’elle m’ait fait signe à la croisée des chemins pour réunir un texte et ce qui est devenu depuis, "sa" musique. Poétiquement à tous, Kathy Ferré Pour écouter Le vielleur de Callot, cliquez ici Kathy Ferré-musique et interprétation- : Au beau coeur de Mai de Gaston Couté ici
CALLOT Jacques (1592-1635) Elevé dans les raffinements de la bourgeoisie anoblie -son père, héraut d’armes, organisait les fêtes à la cour de Lorraine-, il côtoie le savoir-faire des plus grands artistes (Lucas de Leyde, Le Lorrain, Bruegel l’Ancien...) et se familiarise avec les outils ». On dit qu’à douze ans à peine, il se met en tête de voir cette Italie qui fascine un bon nombre de créateurs ; on dit que, parti à l’aventure, il couche le plus souvent sur des paillasses de fortune ou à l’enseigne de la lune ;on dit que des bohémiens le recueilent sur les chemins qui mènent à Rome ; on dit que, ramené de force sous l’emprise familiale par des marchands amis du foyer, il récidive. Toujours est-il que le 13 janvier 1607 on le sait en apprentissage chez l’orfèvre nancéien Demange Crocq où naît, sous son déjà fin burin, sa première gravure -le Portrait de Charles III. On retrouve vers 1616-1617, pense-t-on, l’influence de Jacques Bellange , grand peintre et graveur maniériste, dans ses croquis et ses gravures. A Rome, entre 1608 et 1611, dans l’atelier de Philippe Thomassin -graveur, éditeur et marchand-, il s’initie à de nouvelles techniques, découvre des styles, la diversité des sujets, et ce, dans une extrordinaire et abondante production. L’aquafortiste Antonio Tempesta l’emmène à Florence où, sous sa direction, il grave dix-huit planches réalisées par Giulio Parigi pour la Pompe funèbre de Marguerite d’Autriche. La Sainte Famille d’après Andrea del Sarto, L’Enfer, d’après Bernardino Poccetti, le Portrait de Francesco de Médicis sont des œuvres exécutées. au burin. Son admission parmi les artistes pensionnés des Offices et sa première commande officielle en octobre 1814 -les seize planches de la Vie de Ferdinand Ier- sont à l’origine de sept années de travail d’une incroyable intensité. Ses minutieuses observations, ses multiples études, sa plume, son burin, son eau-forte -emploi du vernis dur des ébénistes, morsures successives...-, ses approches de la nature, de l’architecture, des problèmes de perspective, ses goûts, ses thèmes, la richesse, l’originalité et le foisonnement de ses compositions comblent les arts décoratifs ; et les imageries. Au printemps 1621, Callot regagne Nancy, laissant derrière lui les heureuses années florentines. Pris par une infinie nostalgie, La suite des Bohémiens illustre parfaitement le voyage du retour. En 1623, il épouse Catherine Kuttinger. Les commandes tardent. Il grave. Le Parterre et la Carrière de Nancy, le Portrait du prince de Phalsbourg et le Combat à la Barrière (1627) le lancent dans une grande période de créations. L’infante Isabel Clara Eugenia le réclame aux Pays-Bas pour la représentation du Siège de Breda. Louis XIII lui commande le Siège de La Rochelle et le Siège de l’île de Ré. Au cours de ses séjours à Paris (1628-1629) il confie peu à peu l’édition de ses oeuvres Israël Henriet. Encouragé par les jésuites et les franciscains, il grave, pour la joie des imprimeurs, des frontispices : Les Grands et les Petits Apôtres, la Vie de la Vierge, les Images de tous les saints, le Nouveau Testament... En 1633, à Paris, son ami Israël Henriet publie les Grandes Misères de la guerre. On compte près de 1500 dessins, près de 1500 estampes. Une œuvre grandiose dans tous les sens du terme. En 1635, Jacques CALLOT meurt, l’année de la publication de La Tentation de saint Antoine. Robert VITTON LE VIELLEUR DE CALLOT
Quand aucune treille n’étanche Quand la faim me tient sur la paille Callot ton vielleur Quand je pose près la fontaine Quand je m’étends sur une grève Callot ton vielleur Je porte aux nues deux dames l’une Quand ma triste loupiote en pince Callot ton vielleur Quand je m’amuse à rendre l’âme Mon souffre-douleur à bretelles Callot ton vielleur
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2004/2010 Revue
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