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 Article publié le 29 novembre 2014.

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Marguerite au fusil, où vas-tu, marchand d’ail ?
Je vais conter fleurette à la Dame au grand dail.
Ici, tout près, là-bas, au-delà des remparts,
Aux quatre coins et au milieu de nulle part.

L’escopette à l’épaule, où vas-tu, vieux briscard ?
Je vais au champ d’honneur tomber sous les brocards.
De mes os faites-en des flûtes, de ma peau
Des tam-tams et de mes guenilles des drapeaux.

Brindille entre les dents, où vas-tu, rimailleur ?
Je vais sans plus tarder me faire voir ailleurs,
Renaître, cytharer, aimer sous d’autres cieux,
Sillonner des pays supercoquentieux.

Une quinzaine en poche, où allez-vous, trouducs ?
En troupe, nous faisons la tournée des grands-ducs,
Des bouis-bouis, des beuglants, des tripots, des bocsons…
Hardis, nous enterrons notre vie de garçon.

Sans ta boîte à outils, où vas-tu, sabrena,
Massacreur de besogne abreuvé de quina.
Je vais serrer la vis de ce monde perdu,
Réclamer haut et fort, à qui de droit, mon dû.

Ton orgue sur le bide, où vas-tu, rengainard ?
Je vais tout doux, plan-plan, piane-piane, en peinard
Tourner la manivelle, écouler des refrains,
Vendre des calembours et m’étourdir un brin.

Ton index sur la tempe, où vas-tu, crâne en œuf ?
Dans mes pensées, je cours traquer des quoi de neuf,
Des pourquoi, des comment, des sources de tracas…
J’ai trouvé ! J’ai trouvé ! Eurêka ! Eurêka !

Toujours brinquebalant, où vas-tu, camelot
Qui n’a jamais eu ton ballot, ton vrai ballot ?
Je vais, dans mon teuf-teuf, de faubourg en faubourg,
Crier ma pacotille en battant le tambour.

Règle et compas dans l’œil, où vas-tu, arpenteur ?
Je vais, par les chemins, sur mon vieux triporteur,
Métrer sur le terrain, chaîner les continents,
Les côtes du Levant, les côtes du Ponant…

Batte battant au flan, où vas-tu, Arlequin ?
Je vais prendre à revers les vils vilebrequins,
Les scies, les faux, les pics, les fléaux, les marteaux…
Jouer et déjouer les rôles à manteau.

Flamberge au baudrier, où vas-tu, rodomont ?
Je vais désenchanter le prince des démons,
Désarçonner Bayard, les Balian d’Ibelin,
Un Don Quichotte ou deux, vêtus comme un moulin.

Trèfle à la boutonnière, où vas-tu, jouvencel ?
A la foire foraine où tourne un carrousel
De vieux chevaux de bois harassés, saccadés
 A force de fringuer sur des airs démodés.

Au chant de l’alouette, où vas-tu, trimardeur ?
Je vais par tous les temps, mais toujours plein d’ardeur,
Je vais, je vais, je vais d’un plus ou moins bon pas,
Je vais sans savoir où, sinon je n’irais pas.

Coquelicots au paille, où vas-tu, vieux barbon ?
Avant que les jeunots ne m’envoient au charbon,
Je vais, par-ci, par-là, dans mes ressouvenirs
Avec dans ma musette une histoire à finir.

Gueunilleux, où vas-tu, coiffé d’un entonnoir ?
Je vais chercher la thune à l’entour du Chat Noir,
Comme dit la chanson de ce tonitruant,
De cet impétueux d’Aristide Bruant.

La bouche en cul de poule, où vas-tu, chichiteux,
Ennemi de l’arête et du morceau honteux ?
Je vais où bon me semble, empiffré de ragoûts !
Je ne discute pas des couleurs et des goûts.

Affourché sur ta mule, où vas-tu, farinier ?
 Trottinant par les bois, par les champs cancaniers,
Je vais au Moulin rouge, allègre, insoucieux,
Un rêve comme un autre, un rêve, cher monsieur !

Ta viole sur l’esquine, où vas-tu, troubadour ?
Je vais à Guernica, à Dresde, à Oradour,
A Gaza… Je vais au-devant des chars, je vais
 Sur les charniers, je vais, je vais au vent mauvais !

Ton esprit en écharpe, où vas-tu, fossoyeur ?
Je vais perdre mon temps, me remplir du meilleur,
Ronfler comme un crevé, revoir les Ponts-de-Cé…
Je laisse pioche et pelle, au bord du grand fossé.

Ton cœur sec en sautoir, où vas-tu, basochien ?
Je vais, tout repentant, jeter ma part aux chiens,
Plaider ces chicaniers qui se lèvent matin,
Dans les ribouis de saint Yves de Kermartin.

Qui-vive ? Qui-va-là ? J’ai l’œil, l’oreille au guet !
Je suis le revenant, l’effrayant roi Huguet.
Mon bissac à malice est plein de petits tours
Pour les enfants peureux de la ville de Tours.

Sans pile ni face, où vas-tu, clopin-clopant ?
Je vais, pan-pan-tu-tu, je vais, tu-tu-pan-pan,
Au pays de Cocagne où tout pousse à foison,
Où tout tombe du ciel, où tout est de saison.

Où vas-tu, dans l’habit de Guillot le songeur,
Avec tes boniments de commis voyageur ?
Je vais, tantôt cassé, tantôt droit comme un jonc,
Digne à Digne, épris à Foix, colère à Dijon…

Où vas-tu, l’air de rien, à pas, à pas de loup,
A pointes de velours, à pattes de filous ?
Je vais, tout ébaubi, dans mes rêves d’enfants
Où beugle le tambour, où barrit l’olifant.

Carquois en bandoulière, où vas-tu, archerot ?
Je vais vendre à vil prix, à ces pauvres pierrots,
Les dessins de Peynet, les pétales de sang
De la Saint-Valentin, du muguet, aux passants.

D’ail et d’huile d’olive, où vas-tu, frottadou ?
Té, me frotti-frotter à des peaux d’amadou !
Tranquille, bastringuer sans oublier mes mains !
Si ce n’est aujourd’hui, ce sera pour demain !

Comme un épouvantail, où vas-tu, galvaudeux,
Avec ta gibecière et ton bâton merdeux ?
Je vais moulu de coups, le cœur, les pieds vannés,
Je retourne au bercail, mourir ou je suis né.

Où vas-tu, saperlotte, espiègle farfadet,
Tandis que tristement je pousse mon bidet ?
Sans un vade-mecum et tout ce qui s’ensuit,
Je vais au diable vert voir, revoir si j’y suis.

Sur le minuit, où vas-tu donc, écornifleur ?
 Je vais tondre une nappe à carreaux ou à fleurs,
Ecumer des chaudrons et porter des santés,
Sous le gui de l’an neuf, sans y être invité.

Où vais-je, sans compter mes peines et mes pas ?
Où vais-je ? Je reviens d’où l’on ne revient pas,
Du royaume des morts, en passant par Tarnos,
Au bras de Proserpine en bidoche et en os.

Robert Vitton, 2014

Supercoquentieux : (su-pèr-ko-kan-si-eû), mot burlesque, magnifique.
Sabrenas, sabrenaud : mauvais artisan.
Saint Yves de Kermartin : patron des professions de justice et de droit.
Roi Huguet ou Hugon : revenant de la bonne ville de Tours invoqué pour effrayer les enfants.
Ebaubi : surpris, au point de bégayer.

 

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