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Dimanche de cendres
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 Article publié le 17 janvier 2015.

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C’est la paix chèrement acquise des dimanches. Celle dont on ne sait que faire. A traîner sa misère un peu partout dans les rues mornes des alentours. Ces instants où l’on entend un peu partout, depuis les cours ou les casernes assoupies, vous parvenir la rumeur presque sourde d’une légion de parias tout prêt à faire sauter le système. Ils sommeillent au fond du lit de fortune où pouvoir se rêver toutes les complaisances des garces. Avachis sans scrupules, leurs positions vous indiquent qu’ils ne sauraient participer à vos manœuvres utilitaires. Si vous chatouillez leur masse, ils auront tôt fait d’ailleurs de s’emporter sur vos demeures, ainsi que le plus glorieux des incendies. Ils se savent de la race des ravisseurs, des égorgeurs et des preux, et ainsi, aux heures trop pacifiques, ils en sont réduits à tempérer leurs ardeurs en de fort robustes siestes matinées d’attouchements provisoires.

Leur troupe forme un glorieux cortège à ma pensée éprise d’insurrection décisive.

Je les vois s’approcher pour mettre à mal tout cet équilibre social bâti en partie sur ma douleur.

Il est grand temps que cet équilibre, en lâchant sur lui quelques meurtriers, veuille bien se décider à vaciller pour choir enfin de son trône usurpé.

Les empereurs romains, les antiquités brutales ont instruit mon sang sur la possibilité d’une autre option à toute cette patience sottement gaspillée en vain dans les fonctions.

Aussi, bien lassé de jouer partout sans fin les utilités, et n’ayant à ce propos recueilli que crachats, vexations, injures communes, je suis décidé cette fois à inscrire sur ce papier les détails d’une vie d’un seigneur ignoré de l’histoire, et poursuivant dans la vie moderne son existence inconnue et sur laquelle se tairont sans fin les gazettes prisées par les foules.

Il ne s’agit que d’un de ces adolescents dont on n’a pas idée dans les chaumières où sa beauté paraîtrait sacrilège. Ils sent évidemment en ses veines un nouveau feu le harceler sans arrêt. L’érotisme s’est emparé de sa conscience depuis des années déjà, seulement il ne sait au juste quoi faire de cet instinct qui le harcèle et lui vrille les nerfs, ainsi que des fils électriques arrachés d’une cloison par un séisme.

Une ou deux petites amies revêches à l’heure des décisions ont tôt fait de dissuader ses ardeurs. Aussi est-il tout naturel qu’il finisse par céder, afin de mieux s’épanouir, aux avances d’une femme plus âgée, et qui semble savoir y faire, et qui ne soit en rien avare de ses formes. L’opulente Solange, ainsi, saura, au prix tout d’abord de quelques bons coups de poignets, puis de hanches et de fesses offertes en cascade de chair au traversin, lui offrir ce banquet d’érotisme que sa nature inquiète lui indique de rechercher depuis que son entrejambe le travaille parmi les discussions.

Cependant Solange, aussi généreuse de son corps qu’elle fut, ne pût réprimer en lui cette soif toujours à lui attiser la viande quoi qu’il en dise et cherche à se le convaincre.

Il restait ainsi, malgré ses coups de reins prodigués, comme vierge, comme inexpert, comme condamné à voir son propre corps jouir à sa place sans qu’il en soit au fond pour rien. Triste constat, bien capable d’éteindre en lui toute volonté de poursuivre.

 


Aussi finit-il par offrir tout son dévouement à une vieille veuve, laquelle il ne souhaitait pas étreindre, mais seulement vénérer. Il avait franchi en un an environ plusieurs étapes, lesquelles conduisent toute nature tourmentée, depuis Saint Augustin au moins, du penchant pour la luxure à une retenue pleine d’austérité, refermée sur soi, et bien capable de comprimer toute cette luxure même. Ainsi qu’un corsage.

La vieille veuve était à l’opposé de Solange, osseuse et creusée de pénitence, elle n’affichait pas cette soif de vie, mais plutôt une retenue qui en imposait fort au jeune homme. Avec son voile de deuil, ses cheveux cendrés, son allure de duchesse oubliée des mondanités, elle savait mettre en confiance en lui le clandestin en cavale. Parfois, seulement en prenant le thé avec elle, et tout en écoutant ses phrases filtrer de ses lèvres ainsi que des volutes, il ne revenait pas de sa chance de côtoyer personnage si violent pour lui, et violent surtout par son calme même.

Ce n’est pas un personnage que l’on peut défier. Elle reste auguste, et bien redoutable en ses habits sombres. Lui qui se sentait des instincts paillards jusque là, demeure bien interdit, face à cette chair offerte à sa convoitise. C’est qu’il est face à une femme qu’il ne tient pas à humilier, ou à se soumettre. Une femme qui l’effraie surtout, par sa retenue fleurant les délicatesses d’un autre siècle.

Et pourtant, à certains moments il se dit qu’il l’aime au point de vouloir l’étrangler, afin de basculer avec elle dans le néant d’un crime qui l’attire, et de l’obsession duquel il ne sait que faire, ainsi qu’un joyau dérobé lui brûlant la paume.

Le passé de cette femme, de fait, l’intéresse peu. Les dialogues qu’ils ont sont sans suite, paisibles, traversés de souffles en discrétion. Mais nulle prise sur cette personne. Là où il aurait voulu tenir à ses bras une statue, une cariatide. Il ne trouvait qu’une personne fuyante.

N’importe. Je retournais, se dit-il, dans ce patelin chéri, au moins pour me cuir des patates.

Me cuire des nouilles. Me sustenter. On ne peut sans arrêt songer poésie. Au bout d’un moment la nécessité vous rappelle. Car elle songe à vous, cette insistante, et ce fusse en te mordant sans fin le poitrail, à la manière antique du renard des spartiates.

Je savais devoir à mon éternelle paresse, à l’essor de ma violence, ainsi qu’en mon espérance si souple, une certaine solitude qui m’embarrassait à force, ainsi qu’un instrument dont de toutes façons je ne saurais jamais jouer le moins du monde.

 

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