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VIII - Malhonnête, moi !
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 Article publié le 24 janvier 2015.

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« Je comprends pas ! D’habitude on frappe personne ! Gendars a perdu la tête ! Ou on la lui a fait perdre. Vous savez, la responsabilité… c’est pas facile à déterminer. Enfin… vous avez pas trop mal… ? »

C’était le chef Gronaire qui me parlait comme ça. Très serviable même. Il avait amené un torchon de sa propre cuisine et un verre d’eau pour le mouiller. Mais pas de gendarmette pour tapoter les ouvertures que Gendars avait pratiqué sur mon crâne avec le dossier. Le dossier de la chaise, parce que pour l’instant, le dossier Pédar était mince de quelques feuilles qu’Arto avait rapidement zyeutées avant de me souhaiter un bon anniversaire. Gronaire s’était alors cru obligé d’en faire autant, mais c’était pas mon anniversaire. Arto avait encore voulu faire le mystérieux.

« C’est sans doute parce qu’il se sent responsable de vous avoir amené ici, m’expliqua Gronaire. Sans ça, Gendars se serait tenu tranquille.

— Vous l’avez enfermé, au moins ?

— Pensez-vous ! C’est un pistonné.

— Et un pédé, » dit la gendarmette.

Elle aimait pas les pédés. Pédar et moi on a jamais eu de rapports, sauf avec Rondelle et lui avec Sophie Pinuche que j’ai jamais touchée. Je crois qu’une fois elle m’a donné la main, mais elle me la reprise tellement vite que j’ai pas eu le temps de voir ce que ça fait en réalité. J’ai eu beau en rêver toute la nuit, rien à faire ! J’ai pas arrêté de boire, mais que de l’eau. Je n’ai rien contre l’eau du robinet. Il suffit d’enlever la Javel.

« Et vous faites comment pour l’enlever ? me demande Gronaire.

— C’est la Crotal qui aimerait bien le savoir ! Mais je dirai jamais rien à personne.

— Même si on vous torture ? dit la gendarmette qui sent la violette.

— Il y a des choses que même la torture peut pas vous faire dire ! »

Je saispas si elle m’admirait, mais elle avait des yeux que j’avais envie de lécher comme les bonbons que j’offrais de temps en temps à Balerinette.

« En plus des cailloux ?

— Oh !... Un caillou. Le plus beau d’ailleurs.

— Et le caillou de Pédar, elle l’a mis où ?

— Dans son cul ! »

Gronairese gratta le nez. Il avait l’habitude. La gendarmette tortilla le torchon pour me nettoyer les oreilles. En me penchant, j’avais facilité la coulée du sang qui venait de dessus la tête, comme disait le rapport.

« Vous avez des gros tympans ?

— Je sais pas. J’ai jamais regardé…

— Vous voulez que je regarde ? »

Elle me montrait un instrument qui s’allumait au bout. Elle mit son œil dans le plus gros bout et approcha le petit de mon oreille.

« Vous inquiétez pas ! Elle a déjà fait ça ! dit Gronaire d’une voix sucrée.

— Il est si méchant, le Gendars ! m’inquiétai-je.

— On peut pas dire qu’il soit méchant… mais des fois, il s’emporte…

— Et mademoiselle sort son instrument à examiner les tympans… »

Elle dut le toucher, car j’eus très mal et je poussai un petit cri qui m’étonna tellement il était petit.

« Vous criez pas bien fort… fit-elle. Mais ça me fait frissonner. »

Elle sentait la lessive en dessous de la ceinture, mais ses cheveux, courts et raides, sentaient la violette ou alors je savais pas ce que c’était de sentir la violette, mais je savais.

« Il aimait ça lui aussi.

— Qui ?

— Pédar té !

— Il aimait les filles ?

— Non ! La violette !

— C’est pas de la violette, fit la gendarmette en rougissant.

— Comment vous vous appelez ? »

Elle rougit. Elle aimait bien qu’on l’appelle, mais pas en service, dit-elle en éteignant la lumière de son instrument.

« Vous avez un bouchon, continua-t-elle.

— J’y vais deux fois par jour !

— Un bouchon de cire !

— Mais je suis pas mort !

— Pas encore… »

Dit Gronaire d’une voix sépulcrale.

« Personne n’est mort ici, fit la gendarmette. Je m’appelle Carmen Maine…

— Carmenmen !

— Non ! Carmen Maine !

— Maine Carmen, dit Gronaire.

— Où ? »

J’étais vissé sur la chaise. Assis, mais vissé.

« Appelez-moi Carmen, dit-elle.

— C’est facile ! riai-je. Carmen ! Carmen ! Carmen ! Carmen ! »

Gronairemit en route un autre appareil. Mais celui-ci ne s’allumait pas. Il était même fait pour éteindre, expliqua-t-il. Il m’en mit un coup sur la tronche et le torchon vola comme un oiseau. Mais la fenêtre était fermée et j’entendis le bec cogner la vitre. Quand je revins à moi, je buvais de l’eau dans un grand verre. Tellement grand que j’étais plongé dedans. Caspus était là, ce qui ne laissa pas de m’étonner. Il dosait des gouttes dans un autre verre, plus petit et sans personne dedans. Tout avait disparut de ce que j’avais vu jusque-là. Gronaire, Carmen, Gendars, Arto… Il n’y avait que Caspus et son stéthoscope autour du cou. Et le compte-gouttes qu’il pinçait en comptant à haute et intelligible voix. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 19, euh ! je recommence… 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 20, euh ! merde ! 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17… 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17… attends… 17, 18 ! 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 28, ah ! Madame Crotal !

Et la voilà qui entre, pas peignée parce qu’elle sort du lit. Elle se frotte les yeux et dit :

« Il est encore là celui-là ! »

Elle boit le contenu du verre qui n’était pas pour moi, disant :

« Vous ne lui ferez pas boire autre chose que de l’eau ! C’est pas comme moi, té !

— Vous aimez picoler, madame Crotal ? »

La voix d’Arto. Il est en pyjama. Il fume une cigarette. Madame Crotal rougit, peut-être sous l’effet du médicament que Caspus range dans sa trousse en compatnt : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17… eh ! merde !

« Je bois pas que de l’eau, dit madame Crotal. Les gens honnêtes ne boivent pas que de l’eau…

— Alors il est malhonnête, monsieur Hartzenbusch… ?

— Je ne dis pas ça ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas l’intention de dire ! Où vous allez, docteur ? Vous couchez pas ici, ce soir ? J’ai bu cette merde pour quoi, alors ? » (On sent bien à quel point elle sépare le pour du quoi)

Elle voudrait s’énerver, mais le médicament la rend toute molle et elle s’assoit sur mes genoux. Les genoux de mes jambes allongées, car je suis couché… dans le lit de Rondelle ! Sans Rondelle. Monsieur Rondeau dit :

« La prochaine fois, évanouissez-vous ailleurs que chez moi. »

Ce qui explique ma situation. Ça me rassure presque. Je dis presque parce que j’ai un trou. Mais le docteur Caspus dit que c’est pas grave du moment qu’il est là pour le boucher avec autre chose.

« Vulgaire affaire de cul, » dit-il à Arto en sortant.

La porte ne se referme pas. Je vois un uniforme, et dans l’uniforme, ce connard de Gendars qui rigole en me regardant par-dessus son épaule. J’entends la voix de Rondelle :

« Il peut rester cette nuit. Pas de problème.

— C’est pas moi qui coucherai avec lui, ricane Gendars sans cesser de me regarder avec son air de pneu qui se dégonfle.

— Ce que vous pouvez être marrant, monsieur l’agent ! »

On entend Arto qui rouspète après sa porte et madame Crotal qui essaie sa propre clé pour lui montrer qu’il se trompe d’appartement.

« Je bois trop, dit-il, désespéré.

— Gaston buvait trop lui aussi, et ça l’a tué. »

 

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