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XI - Alors ? Disney ou Marvel ?
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 Article publié le 15 février 2015.

oOo

On a baisé toute la nuit. Je vous dis pas l’odeur. Le feu s’était éteint, mais dans la cheminée seulement. Je venais à peine de m’endormir quand elle m’a secoué pour qu’on recommence.

« C’était pas bien ou quoi ? grognai-je en me frottant les yeux sur son épaule.

— Et oui que c’était bien ! J’en veux encore. Quand ce sera plus bien, je te le dirai. »

Et on a recommencé. Á la fin, ma queue devait faire à peu près la moitié de la sienne. Euh ! Vous trompez pas de personnages ! Je dis queue, mais c’est d’Alice que je parle. Elle avait aussi perdu la moitié de ses cheveux. Comme ça venait plus, je suis allé chier.

« Laisse la porte ouverte ! cria-t-elle.

— C’est pas par ce trou que je vais disparaître, ma chérie…

— Je m’en fous du trou. C’est l’odeur. Ah ! Cette odeur qui me rappelle mon enfance ! »

On a pas arrêté de parler de son enfance de toute la nuit. Et qu’elle préférait Disney à Marvel. Et qu’elle me ferait changer d’idée. Elle avait changé les idées de tous les mecs qu’elle avait connus avant moi et il en restait beaucoup à convaincre. Elle y consacrait le meilleur de son temps. Dis merci à Alice. Ploc ! Enfin !

« Te torche pas avant que je le dise ! »

Un rayon de soleil traversait le rideau. J’entrouvris. Tout ce que je faisais, même les choses les plus innocentes « lui donnait des idées qui finiraient par la rendre malade de moi. » Et alors je lui appartiendrais. C’était sans compter Rondelle, qui avait aussi son idée sur ce sujet délicat. Et je dis rien de madame Crotal qui se comportait comme une mère avec moi depuis que j’étais sorti de taule. Elle en profitait pour me parler de mon hygiène, toujours plus près, à tel point que je savais tout de son haleine. J’ouvris. La clameur de la rue monta jusqu’à nous, fraîche et mystérieuse comme un doigt dans le cul alors qu’on a les mains occupées ailleurs. Par contre, mon bégonia penchait. Je l’arrosai.

« Qu’est-ce que tu fais ? Je suis en retard. J’irai sans culotte. Pour une fois… »

Pour une fois mon œil ! Ça faisait au moins deux fois. Arto m’avait félicité pour ma nouvelle odeur. Il était huit heures. Et il montait. J’entendis Alice rire comme si on la chatouillait et qu’elle voulait pas parce que c’était pas l’endroit ni le moment. La porte d’entrée claqua et la mienne vibra. Arto faisait vibrer tout ce qu’il touchait. J’ouvris. Il se boucha les yeux à cause du soleil qui envahissait mes meubles. Je m’empressai de fermer la porte de la chambre, mais il eut le temps d’en respirer les odeurs. Son visage changea de couleur et il s’assit, le temps d’en fumer une devant un bon café. Pour le café, il fallait compter sur Rondelle. Elle était en train de perdre du temps avec Rondeau. Je connaissais leurs habitudes. Arto me félicita.

« Vous êtes entouré de femmes, » dit-il.

Le ton était admiratif. Je me plaignais pas.

« Le seul homme de votre vie, en somme, c’était Pédar…

— Sans Pédar, pas de Rondelle, et sans Rondelle…

— Pas de café ! » dit-elle en entrant.

Arto se déplia et se replia après s’être courbé. Elle portait une cafetière et deux tasses.

« Je vous ai vu arriver, dit-elle. Je me doutais bien que c’était pas pour moi. Mais enfin, je suis là. Car sans Rondelle…

— Pas de café !

— Cet idiot ne boit que de l’eau. Et madame Crotal qui veut savoir comment il fait pour lui enlever la Javel.

— Alice le sait, alors… Ça doit pas être si difficile que ça de le savoir, si Alice sait…

— Alice sait ?

— Et comment que vous le savez qu’elle sait ?

— J’en sais des choses sur Alice ! »

Arto répandit son sourire dans son café, touillant sans cesser de boire. Rondelle l’observait, mais sans boire, ce qui me fit penser qu’elle avait mis quelque chose dans le café. Comme j’en buvais pas, j’attendis. Et en effet, Arto se coucha parterre, mollement, sans commentaires. Rondelle lui cogna la tête avec le talon, plusieurs fois pour ne pas se tromper.

« Un jour, dit-elle, je le tuerai !

— Et qu’est-ce qu’on va faire maintenant ?

— Certainement pas attendre qu’il se réveille.

— Il est pas mort ?

— Idiot ! »

Que savait-elle que je savais pas et qu’Arto savait lui aussi ? Qu’en penserait-il en se réveillant ? Elle emporta cafetière et tasses et revint dix minutes plus tard. J’étais paralysé par la peur. Arto ronflait gaiment, souriant même, la tête confortablement appuyée sur ses bras croisés. Elle faisait bien les choses, Rondelle, quand elle les défaisait. Mais que faisait-on, maintenant ?

« Tu devrais le savoir ! »

Je savais pas. Elle fouilla les poches d’Arto et trouva ce qu’elle cherchait sans me dire ce que c’était. Elle le mâcha et l’avala.

« Tu veux un peu d’eau pour faire passer ?

— Je veux pas de ton eau sans Javel !

— J’en ai aussi avec Javel. Du robinet. »

Mais elle avait assez de salive pour que ça passe et elle commença à digérer, ne disant plus rien qui eût un sens pour moi. Aussi m’est-il difficile de le transcrire ici. Elle s’était assise près de la fenêtre, comme pour tricoter ou pour feuilleter un magazine. J’entrai dans la chambre et je fis le lit. La culotte d’Alice n’était plus présentable. Je la jetai par la fenêtre. Je jetai aussi les mégots, les canettes, les capotes et tout ce qui me rappelait Alice. Au bout d’une heure, je me sentis libéré et je revins dans le salon. Rondelle ne tricotait plus. Elle tamponnait le front d’Arto avec un torchon. Il était assis, la tête renversée, tenant des propos incohérents auxquels elle répondait par des conseils doucement étudiés. Je filai à l’anglaise. Madame Crotal m’attendait dans sa Cadillac.

« Montez ! dit-elle en ouvrant la portière.

— Je veux pas y retourner !

— Il le faut ! Je vous expliquerai… »

 

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