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 Article publié le 15 février 2015.

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Nous n’étions pas encore partis, mais j’avais pris l’habitude de regarder le quai en passant. Nous ne prendrions pas le train. Je ne me souvenais pas de ces voyages autour de la ville, toujours dans le même sens, nous revenions en voiture. J’avais oublié la crasse du quai, ce silence que seuls les enfants peuvent troubler, la voie en pointe d’un côté, la courbe qui s’amincit de l’autre, le hangar, la paille du hangar, toujours le même vieux wagon, la pluie n’a pas effacé les coups de craie, peut-être une écriture, non pas le début d’une langue, une langue réduite à des signes, coups de sifflet dans la nuit, nous dormions en haut du mur saturé de fumée, fenêtre fermée, volets coincés, la table tremblante, la radio. Je pensais m’embarquer. Je ne voyais pas les trains. Ils allaient se perdre sur un autre quai où des grues élevaient dans le ciel morne les wagons noirs et silencieux. Des bêtes se cognaient les unes contre les autres.

— Qui sommes-nous ? avais-je demandé.

Les uns pensaient que nous n’étions rien et il le disait avec des précautions qui me brisaient. Les autres se réclamaient de nos ascendances gauloises. Leurs conversations s’éteignaient comme le feu, après une agitation de braise qui me laissait pantois. Les trains passaient sur le ballast. Nous étions dans le jardin, sous l’auvent en toile de la cabane. Une lanterne frémissait au passage du vent, comme si elle le reconnaissait. Nous mangions les radis du potager. Je te désirais déjà. Pas clairement. Il y avait ce sentiment de n’être rien, la douceur des autres et le feu que certains voulaient me communiquer. Tu jouais dans l’ombre. S’il se mettait à pleuvoir, nous nous abritions tous dans la cabane. Vous en possédiez une semblable au bord de la mer, en marge d’un port dont les eaux n’étaient que la fragmentation d’un animal fantastique au nom peut-être oublié depuis. Je ne te demande rien. Nous passons de l’autre côté du boulevard de la gare et tu ne sembles pas te souvenir, peut-être à cause de la circulation. Saluons nos passants. Ils font encore partis de notre vie.

 

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