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XII - Avec une perfu et un drain là où je pense
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 Article publié le 22 février 2015.

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Tu parles d’une explication !

Ah ! elle est belle, la France !

Ils m’ont même confisqué ma collection de Darien. Nu que j’étais devant les faits. Avec la Marseillaise dans les veines et les mains pleines de bonnes intentions républicaines.

J’avançais avec l’impression de reculer, comme en témoignaient les fenêtres. Y avait même des barreaux aux murs. Et les portraits de ceux qui avaient réussi à se faire un nom dans l’Histoire. Ah ! j’étais pas de ceux-là, mais si j’y mettais du mien, j’aurais au moins l’honneur d’avoir été utile. Le respect a un prix et je m’étais surpris à leur jurer sur la tête de ma mère que j’étais prêt à payer avec mon sang. Ils avaient mis dedans les produits de l’expérience et de ce qu’ils considéraient comme le bon sens à la portée de tous à condition de pas poser les mauvaises questions. J’en étais donc à me mordre la langue pour pas m’en servir de paillasson à leur usage.

Arto me suivait, mais je savais pas si c’était pour me suivre ou pour m’accompagner. Comme je devenais prudent, j’y demandais rien, des fois que mon goût pour les réponses leur inspire d’autres questions moins innocentes.

Bref, on arrive où ils voulaient que j’allasse, ce qui me changeait passablement, d’autant que j’avais envie d’être ailleurs. Une porte s’ouvre avec un grand bruit et se referme avec le même, un type que j’avais jamais vu et qui promettait de gueuler plus fort que ma douleur. Il me ressemblait pas, mais c’était un être humain, même qu’il était plus français que moi et que si je fermais pas ma gueule il allait me montrer comment c’était possible. Dans le genre bac+ avec des réticences de l’académie qui n’a pas son mot à dire. Comme il avait une moustache là où on l’a jamais si on veut passer pour un humaniste, j’ai pas rigolé autant que je voulais, si jamais c’était ce qui me faisait le plus envie dans ce moment tragique. Il tirait de grosses bouffées toxiques d’un cigare long comme un manche de balai. J’ai appris à ce moment-là qu’il aimait les chapeaux haut de forme mais qu’il en mettait pas à cause que c’était plus la mode. J’ai cru qu’il me demandait mon avis, mais j’en ai vite changé quand il s’est remis à gueuler dans un français tellement parfait que j’y ai rien compris. Arto me montra la petite chaise où je devais me poser, sans doute pour écouter et comprendre. J’avais pas trop l’habitude de la procédure, alors je me suis assis et j’ai remué les oreilles comme un âne qui craint de pas tout comprendre à la première passe. Erreur humaine, car ce type n’avait pas l’intention de se répéter :

« Si vous avez l’intention de me faire chier comme Nicholson dans ce que je consens à appeler un nid malgré les critiques, je vous arrache les couilles avec un cocktail de mon invention. Pas de sang ! Pas de cri ! Vous vous réveillez avec la sensation de plus avoir envie de m’emmerder. Et c’est tout ce que je demande ! »

Ceci dit sans éructer, d’une voix ferme qui mettait en lumière une idéologie que j’étais venu, sans mon consentement, étudier pour en faire un usage digne de l’humain que j’étais encore. Pendant ce discours, Arto tapotait le dossier de ma chaise pour insister sur la ponctuation, ces signes qu’on ne voit pas si on perd le fil, au risque de le retrouver sur la langue qu’on est venu apprendre.

« Vous êtes fou, me dit ce type. Loin de moi l’idée de réussir à vous soigner ! Mais je pense qu’on peut parfaitement vivre avec sa propre folie, à condition de faire semblant d’être comme les autres. Je vous donne une semaine pour y arriver, sinon je vous inscris d’office au Front National ! »

Dit comme ça, j’en ramenais pas large…

« Et estimez-vous heureux que je fasse pas de vous un terroriste ! »

Cette fois, je montrais clairement ma peur de pas y arriver. J’en pissais à grosses gouttes.

« Qu’est-ce qu’il a bouffé à midi ? demanda-t-il à Arto.

— De la paella, dit Arto pour expliquer la couleur.

— Il en a, de la chance, le petit Giton Hartzenbusch ! Hier, y avait des betteraves. Et tu sais quoi ? J’aime pas la couleur ! »

C’était clair. On m’a foutu au lit avec une perfu et un drain là où je pense, ce qui m’empêcha d’avoir des idées. J’en aurais eu bien besoin, des idées. Et ben j’en avais pas et ça me manquait pas le moins du monde !

 

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