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 Article publié le 15 mars 2015.

oOo

Furtive et délicate, Elsie se glisse dans la nuit des rues battues par la brise. Elle verra Nina avant Paterson. Nuit de rêve. Je me demandai ce que Gilette en pensait, ce qu’elle pensait de cette nuit dehors, pas de Nina dont elle ignorait tout. « C’est qui, ce type ? » dit Paterson devant sa porte. « Le clodo…

— Quel clodo ? fit Gilette.

— J’ai un de ces sommeils, les amis ! » conclut (provisoirement) Elsie. Puis elle sort.

 

Et reprenant son chant le poète s’arrêta enfin :

 

chambre ennemie

de ma conscience

j’habite mon lit

comme tu couches

 

quel effroi chaque foi

que j’entre ici

sans elle

sans rien

d’elle

 

nous reverrons

ce qui nous a quittés

nous avons tout ce temps

à perdre

 

qu’est-ce qu’une chambre

sinon une fenêtre

et l’impossibilité

de penser sans elle

 

comme le temps a changé

depuis qu’on n’en parle plus

comme il est inutile

depuis qu’il se mesure

à l’aulne

de la nuit

 

(en fait je gratouillais cette chanson sur la porte de ma voisine)

 

« Tu as eu tellement de voisines, mon pauvre ! T’en reste-t-il seulement une à convaincre ? Je ne me souviens pas de ces visages. T’en souviens-tu comme je les ai oubliés ? Traces de noir sur le rouge de mes chairs. Le sang est dessous. Et pas d’enfant pour en témoigner. À mon avis, tu t’es beaucoup ennuyé. Pas de plaisir sans la limite infranchie pendant au moins le temps de ne plus y penser. Comme les petits poètes sont petits ! Et comme les grands ne grandissent plus sitôt qu’on les lit ! Il t’aurait fallu un balcon. Et une falseta bien à toi. Mais tu ne joues pas. Tu envahis l’espace pour ne pas jouer. On te sent seul. Pas besoin de te déshabiller. Tu arrives nu comme un mort. Et tu repars en cri comme un nouveau-né. Petit poème qui se dit chanson, tu es mort avant de n’être pas. Et la belle se mord la langue pour ne pas t’oublier ! »

 

(en fait j’avais ôté mes chaussures et la plante de mes pieds éprouvait la mollesse des tapis)

 

On te voit venir de loin

chansonnier de la passion

on reconnaît ta chanson

à ses fleurs de pacotille

aussi la porte est-elle ouverte

depuis toujours

nous ne la fermons jamais

de peur d’avoir à écouter

ce que tes mots

ne savent pas de nous

 

(en fait je m’abandonnais à la première venue exprès pour me voir)

 

comme la poésie ne sait rien

et comme elle manque à nos cœurs

 

en chœur :

 

comme le rien sait la poésie

et comme le cœur nous manque

 

encore :

 

idoine position des pieds

sur le tapis des feuilles

 

(en fait Gilette était sortie, mais je ne pouvais pas savoir si elle avait suivi Elsie et si Elsie y avait consenti : trois gouines sans moi oh nuit délicatement posée sur mon sein !)

 

Puis le poète (celui qui se croyait tel) se tourna vers l’azur de la nuit et gratta un dernier accord sur sa peau tendue :

 

où en sommes-nous avec le temps

monsieur Gide

dans les salons je suis mauvais

comme la pluie de mars

et dans les lits je recommence

 

où en sommes-nous avec le bonheur

monsieur Madame ?

 

dans les jardins je m’hypnotise

en secouant les feuilles

d’automne

 

où en sommes-nous avec la mort

madame Monsieur ?

 

sur les plages j’ai l’air d’un baigneur

et dans l’eau

je respire comme un poisson

 

où en sommes-nous avec l’esprit

enfant des femmes ?

 

puis l’horizon recule encore

et alors

peuple de mes mots

je m’endors

pour de bon

et jamais pour toujours

 

(en fait j’ai écouté à toutes les portes en me demandant si la Loi le permettait et sinon quel était le prix à payer pour avoir chanté juste)

 

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