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La grand-voile
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 Article publié le 15 mars 2015.

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S’il n’y a pas " d’expérience poétique ", c’est en somme tout simplement parce que l’expérience est le défaut même du " vécu ". C’est pourquoi l’on peut parler, au sens rigoureux, d’une existence poétique, si l’existence est ce qui troue la vie et la déchire, par moments, nous mettant hors de nous.

Philippe Lacoue-Labarthe, La poésie comme expérience, 1986

*

C’est une guerre perdue d’avance, aux ennemis mal définis, aux objectifs peu clairs sinon inavouables comme peuvent l’être une guerre coloniale ou bien une croisade, menée pour son salut personnel et celui d’une civilisation entière dont on se veut le digne mais humble héritier, petit soldat parmi d’autres, tous enclins à sacrifier leur vie et leur honneur pour une cause plus grande qu’eux. On se sert, on se sucre au passage, bien entendu.

Pas de salut, pas de rédemption, ni chemin de croix ni chemin de Damas. Pas d’illumination, pas de vérité ultime pour laquelle mourir de bon cœur.

Chaque texte - poème, récit, simples notes ou annotations -, dans ce contexte, est une petite bataille menée contre soi-même, gagnée contre soi, tout contre soi.

Le moi est coriace, il a d’ailleurs ses droits, emmené qu’il est par ce soi imperturbable, anonyme, la roue du temps qui broute les chemins, s’enlise ou avance.

Vie et existence mêlées, entremêlées dont on rend compte aux heures claires.

Il s’agit, en somme, de vivre un peu mieux, je veux dire : en conservant l’estime de soi.

Lâcher la bride à ce soi-même qui nous mène, nous autorise à dire je avec aisance, pour voir où nous mènera cette collusion de l’intime d’une existence et de la vie ouverte à tous vents, dépendante si grandement de la bienveillance calculatrice des autres.

Pour faire face à une absence si grande qui disparaîtra avec nous, ne laissant rien que notre absence face à une absence si grande, hors mémoire, hors oubli, pure inexistence que le poème tend comme un voile qui ne voile rien que lui-même, tant que nous vivons notre vie bon an mal an, un voile qui, pour le temps que nous vivons et œuvrons, se féminise, devient une grand-voile que nous carguons jour après jour pour voguer sur la mer houleuse du langage.

Dans ce voyage au long cours où les cabotins n’ont pas leur place - à ceux-là, il faut laisser les côtes découpées et leur cabotage - le désespoir n’est pas de mise, mais la claire conscience d’un désastre que nul espoir ne sauvera de sa propre perte, perte qui le priverait de lui-même, le réduirait à n’être qu’un épisode parmi d’autres, certes bien triste et désolant, d’une histoire longue et difficile mais qui finit bien.

La vie des autres a son importance, et leur existence aussi qui œuvre dans le langage houleux. Faire fi des autres, défier seul les éléments n’a aucun sens, même l’orgueil le plus grand ne se risquerait pas sur cette voie solipsiste.

A l’absence si grande répond, sans jamais y correspondre ni s’y substituer, la présence d’autrui dans toutes ses nuances, ses variétés, sa féminité ou sa masculinité et leurs jeux.

Le poème n’affronte que sa propre solitude qui n’est pas définitive.

Dans le grand magistère de l’existence, d’aucuns se distinguent, et nous leur en savons gré.

Le temps n’est plus à l’afféterie, et cette coquetterie qui consiste à mettre son pauvre moi en avant ne tient plus, lorsque d’une vie, çà et là, a jailli et jaillit encore ce qui prend les atours de la vérité pour mieux nous amener à faire face, ensemble, mais furtivement, à l’absence si grande qui passe toute vérité, nous entraînant dans cet en-deçà des noms et des choses que les choses révèlent en appelant tous les noms pour les nommer, les faisant ainsi disparaître dans la masse compacte du poème évanescent.

Jean-Michel Guyot
8 mars 2015

 

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