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XVI - Mon imagination est en train de me bouffer la queue !?
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 Article publié le 22 mars 2015.

oOo

« Je peux vous poser une question, monsieur Arto ?

— J’y répondrai si je connais la réponse…

— Est-ce que vous me suivez ou est-ce que vous m’accompagnez ?

— Je vous suis. Et pourtant je vous accompagne.

— C’est possible, ça ?

— Ici, on rend possible tout ce qui peut l’être sans toucher aux principes de la conversation. Mais c’est quelque chose que vous pouvez pas comprendre parce que…

— Parce qu’on vous a dit de la fermer sur ce sujet délicat ?

— C’est parce qu’il est délicat que je la ferme. Pas parce qu’on me l’a demandé ! »

Artoet moi on attendait dans le salon prévu à cet effet. Pourquoi qu’il était prévu, j’en savais pas plus que vous au moment où vous y êtes parce que ça vous intéresse de savoir ce que j’y faisais en compagnie d’Arto qui m’accompagnait à ce qu’il disait. À vous de le croire. Moi, j’en pensais rien. Le type au cigare, qui s’appelait Kol Panglas, et la gonzesse qui s’était jointe pour me déshabiller, avaient disparu dans une porte qui ne s’ouvrait plus depuis qu’ils l’avaient laissé se refermer. Je vous dis pas le grincement, qu’on aurait dit deux dents qui se frottent rien que pour vous mettre à cran. Arto avait allumé sa pipe façon Maigret et contemplait le plafond où étaient suspendus maints lustres de basalte et de lave. J’en avais chaud, et pourtant je portais rien pour. J’avais même la permission de pisser dans les cendriers à condition de pas souiller le dallage aux interstices en fusion. Comme on était sans fenêtre, j’examinais de près les deux portes, celle par où on était entré et celle qu’on allait prendre si j’avais tout compris. Arto n’avait pas envie de causer. Il fumait comme une locomotive de l’ancien temps, celui que j’ai pas vécu pour en parler. C’est fou ce que les gens parlent de ce qu’ils n’ont pas connu !

« Je suis d’accord avec vous sur ce point-là, me dit Arto.

— Le pire, c’est quand ils se mettent à écrire, renchéris-je.

— Vous écrivez, monsieur Hartzenbusch ?

— Pas assez, monsieur Arto ! Pas assez ! »

J’ai le don d’interrompre la conversation par des paradoxes dont l’interlocuteur ne comprend pas la profondeur. Arto m’envoya une bouffée parfumée de son haleine. Il souriait comme s’il avait compris, mais je savais qu’il répondrait pas à cette question, ce qui expliquait mon attente.

« Des fois, finit-il par dire, j’ai envie d’évoluer pour mieux comprendre, mais je suis rouillé depuis l’enfance, si vous voyez ce que je veux dire…

— Ya pas comme la rouille pour achever un homme conçu dans le Métal !

— Je vous le fais pas dire, monsieur Hartzenbusch. À quel âge vous avez arrêté de faire pipi au lit ?

— Tellement jeune que je m’en souviens pas.

— Votre mère s’en souvient, elle…

— Elle s’en souvient plus ! »

Artoréfléchit.

« On peut pas compter sur le père pour ce genre de choses, » dit-il en me flattant le genou.

Vous allez pas me croire, mais ça m’a fait bander. Je savais plus où me mettre, des fois qu’il crût avoir trouvé la réponse à ma question. On est resté comme ça des heures à pas se parler et puis Arto en a eu marre :

« C’est fou ce qu’il peut pleuvoir ces temps-ci !

— Ya bien longtemps que j’ai pas vu ce qui se fait dehors, sans moi et malgré moi !

— Deux jours ! C’est rien à côté de ce qui vous attend… »

Il avait lâché ça comme un cri qui fait plus mal que sa douleur. Je débandais. Maintenant c’était le cul qui me sollicitait. Je me levais pour remplir un cendrier, mais j’avais plus rien dans la vessie. On me donnait plus rien à boire et il y avait une raison.

« Laquelle ? demandai-je en serrant les fesses.

— Ça prend du temps d’enlever la Javel. Qu’est-ce que vous en faites quand vous l’avez enlevée ?

— J’y donne à madame Crotal.

— Elle aime la Javel, madame Crotal ?

— Plus que vous croyez ! »

Il secoua la tête en me plaignant. Je me remis à cheval sur ma chaise, face au mur qui était blanc, presque réfléchissant.

« Vous en avez vécu, de ces drôles de trucs ! fit Arto.

— Ah ! Vous pouvez pas savoir comme j’en suis fatigué ! Tout ça serait pas arrivé si j’avais eu la foi !

— Je les ai bien, moi, les fois !

— Foies… C’est pas la même chose. Faudrait que je m’explique, mais j’ai plus la volonté non plus. Qu’est-ce qu’un homme qui n’y croit plus et ne veut même pas faire semblant d’y croire ?

— Un minus habens. »

On était d’accord. On échangea un regard complice et je me remis à bander. J’ai toujours bandé en classe de philo. 55 minutes d’érection dans l’heure. Si c’est pas de la pédagogie, ça !

« Ça va bientôt être votre tour, » dit Arto.

Il éteignit sa cendre et rajusta sa cravate. On entendait des pas derrière la porte qui devait donner sur un couloir.

« Moi aussi, ça me fait bander, avoua Arto. Mais c’est peut-être parce que Sally Sabat m’inspire des trucs que j’en ai rêvé toute mon enfance…

— Vous voulez dire que cette gonzesse, c’est Sally Sabat ?

— Elle-même ! »

Merde ! J’avais connu Sally Sabat avant même qu’elle existe. Tu parles d’une circonstance ! Ma queue rallongeait le mètre étalon d’un autre bon mètre. Je frôlais les lustres brûlants qui menaçaient d’entrer en éruption. Vous voulez que je vous dise, les amis ? J’étais sur le point d’en savoir plus sur le plaisir et ses conséquences sur la suite à donner une fois que non seulement on peut plus s’en passer, mais qu’on a bien l’intention de faire mieux chaque fois que le hasard nous en donne l’occasion. La porte s’ouvrit. C’était Sally Sabat.

« Monsieur Hartzenbusch ?

— C’est lui-même, dit Arto.

— C’est à monsieur Hartzenbusch que je m’adresse ! On n’a plus besoin de vous, monsieur Arto…

— Je m’excuse de prétendre le contraire ! s’enflamma Arto. Demandez à Kol qui confirmera mon impression…

— Monsieur Panglas vous fait dire que vous pouvez retourner en haut ! »

En haut ? J’avais pas dit un mot pendant cette rude explication de texte, mais maintenant, je pouvais poser la question. On était en bas ?

« Ne vous inquiétez pas, monsieur Hartzenbusch, vous ne descendrez pas plus bas. »

C’était donc possible ? Et c’était une menace. Elle avait de sacrés muscles pour une gonzesse. Elle brisa mon érection en plusieurs endroits pour que ça rentre dans le bocal. Arto, qui assistait impuissant à ma mise en conformité avec l’ensemble des dogmes religieux, trépignait en jurant que Kol Panglas lui avait donné l’ordre de jamais me lâcher sous aucun prétexte. La fille, qui portait un badge au nom d’Alice Qand, « psychomaid », lui rit au nez pendant la bonne minute qu’elle mit à enfermer ma queue dans le bocal. Je toussais comme un tubard. Arto agitait son portable. Mais y avait-il quelqu’un au bout du fil ?

« Vous allez mieux, monsieur Hartzenbusch ?

— C’est quoi ces petites bêtes dans le bocal ?

— C’est pas des bêtes. C’est votre imagination.

— Mon imagination est en train de me bouffer la queue !?

— Ça mettra le temps, monsieur Hartzenbusch, mais on y arrivera.

— Arriver à quoi ? Je veux pas partir ! Je veux rester avec Arto. On était bien là, sous les lustres. Je les aimais bien, moi, ces deux portes ! »

Mais j’avais beau gueuler, je pouvais pas lutter contre les muscles de cette gonzesse qui me promettait une fin digne de l’être humain que je demeurais encore aux yeux de la Loi. De dépit, Arto balança son portable sur un lustre qui le réduisit à sa fusion en une fraction de seconde.

 

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