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Bonne nouvelle – Patrick Cintas et l'esprit français
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 Article publié le 21 juin 2015.

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Il y a quelques années que je corresponds avec Patrick Cintas, très exactement depuis que la justice l’a condamné, au civil et en première instance, pour avoir dit sa vérité sur un politicard local « représentatif de la bêtise française élevée au rang de hochet d’honneur[1] ».

Étant moi-même magistrat, j’ai pu apprécier la critique élaborée par Patrick Cintas à l’égard d’un exemple qu’il considère en vrac comme un « salaud sartrien, un gaulliste pétainiste, un inculte et un larbin notoire ».

Chacun peut alors mesurer la différence qui sépare l’appréciation du jugement véritable, d’autant qu’en la matière la philosophie et le droit, que l’usage distingue nettement pour de bonnes raisons, sont ici confondus dans le seul cerveau d’un serviteur patenté de l’État, hélas.

 

Citoyenneté, cœur et esprit

Ailleurs, Patrick Cintas affirme clairement s’exprimer sur la base de sa situation sociale, de son cœur et de son esprit, belle trilogie qu’on peut rapprocher de la trinité schopenhauerienne : ce que je suis, ce que je possède et ce que je représente, laquelle j’ai cueillie à la lecture de ses jarriennes calbombes céladones.

Je suis, dit-il en substance, français de nationalité, espagnol de cœur et américain d’esprit, entendant par ce dernier trait que cette Amérique va du cap Horn à l’Océan arctique.

Son cœur et son esprit ne choquent guère le lecteur français moyen qui se fiche en général des questions sentimentales et intellectuelles au profit de ses conceptions humanistes héritées de la pratique de la panthéonade.

Mais il arrive à ce lecteur de ne guère apprécier qu’on réduise sa condition humaine à un simple état civil. C’est même plus qu’il ne peut supporter.

 

L’esprit français

Pour répondre à ce comportement à clochettes, Patrick Cintas a patiemment, en plus de quarante ans, élaboré une œuvre qu’il préfère intituler travail scripturaire. On aurait tort de s’en prendre à ses « calbombes » sans y avoir jeté un long et impatient coup d’œil.

Pour ce faire, il est nécessaire de sortir de notre coquille d’assisté culturel (si besoin) pour explorer cette fois le travail éditorial qui donne la mesure de cette littérature. C’est sur la Toile qu’il est le mieux publié. De quelle manière et selon quelle structure ?

Patrick Cintas peut être considéré, dans le sens américain du terme, comme un écrivain moraliste. Rien à voir cependant avec les méchants donneurs de leçon à la française.

Sa critique porte essentiellement sur ce qu’il appelle l’esprit français.

Et cet esprit particulier, qu’il perçoit en tant qu’espagnol de cœur et américain d’esprit, il l’approche sur deux plans : le poétique et le politique, respectivement.

 

Troubadour versus trouvère

L’esprit poétique français est accusé de mutiler la poésie. Patrick Cintas prétend rétablir, à l’instar de son maître Mallarmé, le chant profond de la poésie que le troubadour nomme trobar clus. En effet, l’esprit français, en matière de poésie, ne s’intéresse qu’à la poésie familière et à la savante, ce qui correspond grosso modo au trobar leu et au trobar ric. Le trouvère est un poète inachevé, une construction plus intellectuelle que poétique. Michel Houellebecq, qu’il ne cite pas (l’a-t-il lu ?), en est l’exemple même.

À la question de savoir pourquoi sans le trobar clus la poésie n’en est plus vraiment, Patrick Cintas oppose une pratique scripturaire qui va du chant mineur au chant majeur en passant par un chant intermédiaire qui n’est autre que la poésie. À noter au passage que le chant majeur, ou profond, n’a pas de meilleure représentation que la moaxaja arabo-andalouse, sachant qu’après de si hermétiques propos le poète descend dans la rue pour y cueillir, de la bouche du peuple, une jarcha dont il ponctue son exigeant poème. Patrick Cintas ne procède pas autrement, qu’il poétise ou qu’il conte.

 

Liberté versus État

L’esprit politique français, hélas hérité du national-socialiste Rousseau, méprise la volonté individuelle au profit de la volonté générale, ce qui n’est pas encore une injustice, certes. Mais, l’assimilant de manière abusive cette fois à l’intérêt général, l’esprit français est de nature dictatoriale comme le prouvent les tragédies nationales qui bornent sa gentille comédie de boulevard et de folies bergères.

 

Publication de l’œuvre

Patrick Cintas, en poète et conteur, a composé et édité son œuvre sur ces deux plans. L’édition de librairie est moins éloquente à ce sujet. C’est sur la Toile qu’il faut chercher à s’y promener.

À l’esprit poétique correspond le site intitulé Télévision qui est à la fois un site de lecture, l’héméron (on y lit les principaux textes intégralement et gratis) et un site d’explanation, actor, qui y associe nombre d’essais toujours en croissance.

L’esprit politique est en jeu dans un site consacré au personnage cité plus haut, Mazères Contre Marette (MCM), où le bas de l’échelle politique est examiné à la loupe de la satire la plus traditionnellement française. Une rubrique, La calbombe céladone, est ouverte dans la RALM. L’ensemble n’est pas construit, comme l’est la Télévision, sans doute parce qu’il s’agit plus d’articles de journaliste que de textes proprement littéraires. Il relève du recueil et non pas de la bibliothèque.

 

« L’œuvre d’un seul homme[2] »

On voit donc que le travail de Patrick Cintas, tant sur plan poétique que politique, est parfaitement construit sur des fondations intellectuelles claires et que la bâtisse est édifiée avec non seulement les bons moyens (littéraires et journalistiques), mais aussi selon une méthode qui abolit toute accusation de confusion ou d’incohérence et pousse le lecteur récalcitrant dans les cordes de la pensée et de la créativité.

Certes, ce travail opiniâtre est en constante évolution tant sur le plan scripturaire qu’éditorial. La Télévision est visiblement structurée. On pourrait presque en dessiner la géographie et s’y déplacer au hasard des découvertes ou au contraire établir un plan de voyage à l’avance. C’est à l’avenant.

Par contre, un recueil n’est pas une structure et les deux pans de cet ouvrage politique (MCM et Calbombe) souffrent au moins d’un manque d’organisation. C’est sans doute que le passage du blog à l’œuvre ne s’est pas encore fait. Néanmoins, la lecture est significative d’une affirmation politique qui, loin de tout nihilisme, rejoint une vision décentralisatrice sans connotation régionaliste.

 

Toile !

Il est rare aujourd’hui d’assister au spectacle d’un écrivain en action. Et c’est ce que Patrick Cintas joue depuis plus de vingt ans sur la Toile. Il ne se pose pas en personnage comme le font les auteurs commerciaux engagés à droite et à gauche. Il y a quelque chose de shakespearien dans ce voyage devant le rideau. Et nous sommes plusieurs à attendre qu’il se lève.

 

*

Notice biographique et bibliographique :

Patrick Cintas est né en 1954 à Oujda, dans l’Oriental marocain, d’un père andalou et d’une mère quercynoise. Il a passé son enfance et une partie de sa jeunesse au Pays basque, à Hendaye. Son esprit s’y est formé au contact de la puissante et généreuse culture euskara[3]. Il a passé près de vingt ans en Andalousie, au pied de la Sierra de Gador de ses ancêtres paternels. Il vit actuellement à Mazères, au croisement du Lauragais, de l’Aude et de la Basse-Ariège, avec son épouse, l’artiste plastique Valérie Constantin, avec laquelle il anime une maison d’édition, Le chasseur abstrait et une revue, la RAL,M. Ses liens avec la Toile peuvent être consultés sur la page de blog de cette dernière :

http://www.ral-m.com/revue/#cintas

Pierre Vlélo.


1. Affaire en cours d’appel.

2. Patrick Cintas cite ici Ferdinand Cheval, maître aux côtés de Stéphane Mallarmé.

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