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 Article publié le 25 avril 2006.

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LES GRANDS MAITRES DU HAIKU

par Luc BERTAL

*

Le Haïku, ce poème de trois vers, à forme fixe qui nous vient du Japon, est souvent défiguré par certains poètes qui n’en connaissent pas les règles. Rappelons ici que la structure classique est la suivante :5-7-5 et que le tout, démuni de rimes, doit faire une strophe complète, souvent parlant de la nature comme le miroir de l’instant, " chemin de sagesse ". Il faut citer Bashô, Issa, Buson, Shiki, Taïgi.

Les premiers recueils japonais datent du début du VIIIème siècle ; ils sont des chants d’amour et de guerre.

Après la cristallisation du Tanka (5 vers de 31 syllabes 5-7-5-7-7), " une première anthologie, le Manyoshi, réunissant 4516 poèmes écrits par 550 poètes, en caractères chinois, accorde une grande place à la nature (neige, lune, fleurs). Les lucioles et la célébration de l’être aimé constituent les thèmes dominants " (citation de E. Sablé dans un petit livre édité par Dervy).

Au hasard, voici un haïku d’Issa :

Etre là
Tout simplement,
Au milieu de la neige qui tombe

La traduction du texte japonais en français ne peut répondre à la règle obligatoire du 5 - 7- 5, mais on y trouve le sens complet de ce qu’a voulu l’auteur.

Sans me prétendre être un as en poésie, en voici quelques uns commis par moi :

Mon petit bouchon
Bavarde comme une pie
Vient briser mon ris.

oOo

Au ciel moutonneux
Panurge n’est pas bien loin
Sans son parapluie.

oOo

Il ne m’a pas soufflé mot
Ce vent de novembre
Il ne m’a pas reconnu !

 

Pour ce dernier haïku, j’ai pris la liberté d’écrire 7-5-7 ; si j’ai péché, je fais mon mea culpa ! D’autres prennent bien d’autres libertés.... Pourquoi pas ?

Luc BERTAL

 

oOo

 

A l’oreille du rêveur
Haïkus

Egypte : le désert blanc

 

Collines de chaux
Les rafales nous blanchissent
A grands badigeons

oOo

Un nuage tarde
Des champignons de calcaire
Bandent pour le ciel

oOo

Chemin pointillé
Dans la poudre de craie blanche
Un scarabée passe

oOo

Oreilles dressées
Quelques os des épluchures
Le fennec approche

oOo

Pouah ! L’eau sent le chlore !
Le vent glisse dans mon cou
Ma gourde sifflote

oOo

Pinceau de lumière
Deux globes effarouchés
Renard débusqué

oOo

Demi-tour du vent
Mes fantaisies dispersées
Woushhh... un grain dans l’œil

oOo

Ivre de désert
Je pisse contre la roche
Prends garde aux rafales !

oOo

Retombe le vent
A l’oreille du rêveur
Souffle murmuré

oOo

Chamelle enrouée
Et Toyota moribond
Râles confondus

oOo

Chameau mon ami
Tes glouglous de cafetière
Autant de jurons

oOo

Chameau qui rumine
Broussaille et noyaux de dates
Vibrante agonie

oOo

Mon sac éventré
Dans la brousse de ma barbe
Se perd le rasoir

oOo

Buée de café
Sur nos visages bouffis
Aube en démesure

oOo

Soleil impérial
Le plus infime nuage
Nous plonge en hiver

oOo

Des pensées mauvaises
Éparpillées dans le vent
Loufes de chameau

oOo

Crête immaculée
La chamelle se vidange
Pardon pour l’offense

oOo

Souillure fumante
Au pied du blanc mégalithe
Merci pour l’offrande

oOo

De la poudre blanche
Deux ou trois fibres de vie
Laine dégrossie

oOo

Herbes fouisseuses
Qui tortillent jusqu’à l’eau
Et trouvent le feu

oOo

Étreinte brûlante
Vie et mort et mort et vie
Sans fin le vent chuinte

oOo

Ami sur ta bosse
Lit sans lattes ni ressorts
J’ai si bien dormi !

oOo

Monseigneur des sables
Aux lèvres une moue princière
Un tique à l’anus

oOo

Informe chameau
Sous un informe nuage
Pourquoi marcher droit ?

oOo

Perdus dans les dunes
Les nuages qui nous viennent
De l’or ou du plomb ?

oOo

Bourricot fourbu
Tes jours ne valent qu’un pet
Mais tu donnes vie

oOo

Ce grain minuscule
Que je devine après l’arche
Peut-être un ami

oOo

Blanc de ton sourire
Méli-mélo d’os crayeux
Les sables nous suivent

oOo

Toujours face au vent
Mes pieds nus crénèlent la dune
Mes pensées trébuchent

oOo

Grenu du pain noir
Infusion aux fleurs de pourpre
Pays nourricier

oOo

La pierre bourgeonne
Enchevêtrés sans raison
Des cristaux de ville

oOo

Sous les bateaux-mouches
J’attends qu’un faisceau révèle
Le corps d’une vache

oOo

Tas de détritus
Un cœur bât dans la cohue
Pareil à mon coeur

oOo

Tout à mon poème
J’ai marché dans le cambouis
Mes pensées s’engluent

oOo

Klaxon de Vespa
Le tumulte de la ville
Rêve traversé

oOo

Mitan de la nuit
Tout passe de main en main
Seuls dorment les morts

oOo

Un billet poisseux
Collé à même la peau
Odeur de misère

oOo

Cireur de godasses
Pour affronter ton regard
Je cache mes Nike

oOo

Roulade de hanches
Un cul-de-jatte qui torche
Son crachat jaunâtre

oOo

Un baudet patiente
Au milieu de la chaussée
Braillarde querelle

oOo

Naseaux dilatés
La brume de l’échangeur
Monte au minaret

oOo

Ruine en construction
Sur la terrasse crevée
Une parabole

oOo

Essaim de morveuses
Roses pieds dans la rue grasse
Éclats de sourires

oOo

Mille paraboles
Tournées vers un dieu solaire
Culte perpétué

oOo

Gobé comme une huître
Je sombre dans l’œsophage
De Mykérinos

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