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Phases
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 Article publié le 14 octobre 2015.

oOo

pensant l’un dans l’autre sexe de sa flotte à terre dans la boue humide et maternelle les garde au bord d’elle prêts à s’enfoncer de nouveau en son sein et s’en palment à la manière des hérons qu’on prononcent héros dans les livres dont ils les deux ne gardent eux que le chevet les rênes à mâcher salive dévorée par l’iguane des soifs tangibles et se navrent se troublent des nombreux navires des nombreuses nefs de leurs peaux mouillées dans les ports des aisselles des aines fessiers et autres plis replets font boucler la crinière des beaux incendies des naseaux au garrot font pourrir les nombreux fruits mûrs de leurs ébats se creusent tombe humide pour que l’autre y tombe et font sentir leurs ombres velues des endroits où les mouches attirent les mots butinant l’ouverture des choses louches et troublantes selon les formules pour la nudité de la langue sortie hors de ses langes sortent leur langue bue ce juge des saveurs et jaillissent le glaive et lancent le galop le glaviot de la gloire et la longe des ombres lentes et farouches comme l’onde hurlante se heurte au courant se brisent les échines de leurs eaux sorties des pores ces rues étroites aux propos salés leur divinité sobre ils s’y assoiffent se léchant le cou l’échine s’y brisent le cœur qui est le réservoir et la source des veines la toge des eaux vivantes de ce sang qui de là se porte avec rapidité dans tous les membres jusqu’en leurs extrémités et est disposé comme une forteresse gardée de tous cotés comme dit Platon comme dit la charnelle élocution des choses l’athroos fait s’entrechoquer les corps serrés l’un contre l’autre et l’un muscle une fuite feinte et cogne un doux métal vibrant comme ce rien qui répond tout le tout sur le tissu du ciel sali par les propos du glaive et de la lance les vaisseaux brulés chantent c’est le rivage celui des deux dits étreints par le tissu fatigué du vent bas qui écharpe le sol en cherchant le kairos où les deux ne font qu’un entre les doigts des eaux multiples du Scamandre où brûlent les vaisseaux sublimes qu’ils prononcent de tout leur silence orageux et bronzé d’une ardeur peu commune dans cet instant là où les instants se sculptent une immortalité coup par coup muscle à muscle se prennent aux mots se jettent aux flots qui bouclent de plis sur les bords se replient s’amussant d’échos blancs de fortes allusions laissant filer les rênes puis les assoiffant de libre mouvement puis se retiennent puis des naseaux au garrot épuisent le coursier qui met les boues en berne la bave au plus haut hissée pavillon haut chantent l’hymne des corps marqués par le sublime se font leur coquille des derniers assauts dans les premiers outrages d’art qu’ils ont reçus de leurs ancètres nus comme sont tous les morts bardés qu’ils sont d’images bronzés de vertus qui font bander la vue comme ils se congressisent se fatiguent d’huile d’acrylique gouache aquarelle ou eau forte tempera hier body art aujourd’hui se plagient qui le ventre qui la cuisse ouverte qui le membre dressé qui le membre mouillé qui le glaive ou la lance le casque effronté se foutant à la baille tel celui d’un errant chevalier de l’Arioste mirant leurs frontons au lac qui est le front de l’autre surveillant la ronce de l’instant qui boit le petit lait fourchu du temps où la pointe se change en frôlement qui fait reluire le métal incandescent des yeux leur bouclier se fendre fondre ventre à ventre l’éperon des sueurs encourageant les flancs sonnant l’ahan le bronze de la peau tendue exposée au soleil se font mûrir l’un l’autre au glamour des étoiles aux méplats de la boue somptueuse et princière où couche le coursier de tout leur long crinière et muscles répandus aux angles de la boue isocèle et frileuse comme les harnais tirée à quatre épingles de l’essoufflement de se perdre à trouver le lieu de l’étincelle de l’éclat qui dure folle écume d’être l’un et l’autre outrant le brutal miel du nombre le sang aux épaules les râpes au ras des dents jusqu’à la bave le gouffre des gestes les emprisonnant des hardes sublimes de la démesure ardente se profèrent du viol chanfreiné prolifèrent du temps de la métamorphose casque contre casque peau courant la peau où sourd le nizeré le sophisme des poses parmi les écarts bouclés le soc des chocs l’orteil crispé aux ondes du seuil délité ils se profusent d’eux se lacent de leur lassitude et déjà se refait la pose s’accomplit le geste s’accouplent les corps perdus dans les ardeurs les rafles les tornades la course époumone la folle étendue qu’ils ramassent en eux par eux cuirasse et peau statue et sang buées suées tangence nue et rase la contrée faite d’eux et en eux les coursiers perpétrant un seul coursier couché crinière fabuleuse de l’air safrané par les écarts chantés par angles supposés et souffles couronnés d’instance glaive et pique perpétrant les baies brutales de la joie mortelle des instants crêpant le cours des flots bruissants incendiés du Scamandre des reins ployés sur les vaisseaux des sons du sens multiplié par tous les sens et sortent de leur tente ou baraque ou selon la traduction des mots où ils sont d’où ils sortent pour se retrouver se heurter s’ahaner se séparer se retrouver chercher le pôle d’une épaule énorme et fabuleuse banquise esquissée par le gel d’un long feu dérivant vers des fonds pressentis des parfums saumurés plus rauques que les mers secouant leur crinière mâchant les harnais fiévreux des longs coursiers en voie de voler dans les airs frauduleux et se précipiter entre leurs cuisses nues et sales de plaisir les boucliers s’ouvrant comme des portes Sée l’écartement des mots font se fendre le bronze s’ébrécher les lames se briser les lances investir le rivage des peaux safranées par le char du soleil ardent puant de mouches bleues comme le lieu commun du ciel vairon buvant pompant la plaie joyeuse et infectée compostant le compost avancé de la joie entre leurs boucliers rusés à l’encolure nases dilatés par les emportements parfumés par les coups trop forts de la chaleur qui fait puer l’ardeur en fleurs sentir les suints des pudeurs saccagées par le passage en force des divinités qui vibrent en chacun des deux font palpiter la vie jusqu’à l’os d’être glaive et pique et bouclier et cri et chant qui creuse en eux le bouclier du ciel et le change en crinière et encolure énorme et coursier les naseaux ouverts à la trouvaille de nouveaux replis de nouvelles encoches où fleure une épaisseur un creux à équarrir les deux se menaçant de leurs armes divines leurs

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  Les déboires sexuels d’Achille par Patrick Cintas

Tinbad nous signale que ce récit de Gilbert Bourson ne peut figurer dans sa collection fiction car « il part d’un fait mythique » : les déboires sexuels d’Achille. Ce texte devient donc une « épopée » ou plus justement un « chant ».

Publiant ce texte fabuleux dans la RALM en octobre 2015 (vous y êtes), j’avais considéré que cet Achille est un autre. Aussi avais-je cru à une histoire : celle-ci commence en cours, comme une tragédie racinienne (avec ce que cela suppose de passion) ou à l’instar de celle que jeta en pâture notre Claude Simon national.

Pourtant, voici que je reviens sur mes considérations héritées (je n’en doute pas) d’une de ces interminables conversations que Gilbert et moi avons pris l’habitude d’entretenir en dehors des jardins de Pomone.

Phases est un effet un chant, comme extrait d’une Iliade relue et surtout rejouée sur le fil de l’âge et du temps. Faut-il chercher ailleurs dans la colossale rubrique de Gilbert Bourson les autres chants de cette… aventure ?

L’œuvre entière de cet auteur (et interprète) est contenue dans un seul élan scripturaire. Revient-on ainsi à la notion de roman (Ulysses) ? Est-ce le tout qui conseille le roman plutôt que le chant ? Comme le compositeur dépose de la musique sur les mots (ou le contraire), c’est de la poésie que Gilbert Bourson dépose sur son histoire. Que celle-ci se joue au théâtre (comme cela arriva) ou dans une collection éditoriale (espérons dans les meilleures librairies).

Texte court (de la longueur d’un Cid ou d’une Phèdre), il se présente d’un trait, sans ponctuation ni saut de ligne ni de page. Nous voilà invités, le temps d’une soirée (ou d’une matinée), à lire le tout sans actes et à tomber nez à nez avec la fin à la dernière page, puisqu’elle n’a pas lieu. En cas de fatigue ou de doute sur notre capacité à apprécier les bienfaits de l’impatience sur l’attente, on fera lire ce chant par une voix de synthèse, féminine ou autre selon son idiosyncrasie en matière d’écoute. Hortense, par exemple.

Voilà un texte (heureusement court) qui se prête à une lecture à la Vico : une première pour prendre la mesure, une seconde pour en situer les actes (avec une précision de l’ordre de l’année-lumière toutefois) et une troisième pour se poser la question (et y répondre) de savoir à quoi il sert. Car l’art doit servir à quelque chose, comme au Mexique. Je ne saurais trop vous conseiller de vous armer d’un crayon et de la gomme qui va avec. Ne vous fiez d’ailleurs pas aux chapitres ici proposés : je ne me souviens même plus si cette mise en scènes est de Bourson ou de moi… En tout cas, j’ai fait ce que je vous conseille de faire.

Bien sûr, une fois assumées ces considérations de forme et de temps, le contenu hautement sexuel de l’objet prendra toute la place. Ce n’est pas qu’il ne saute pas aux yeux dès la première secousse, mais l’aspect tellurique des coups de reins mettra en sueur le moindre comédien chargé de porter cette histoire à l’écran ou sur la scène. Cette beauté héritée de Sade, Gilbert Bourson nous en éclaire quelques parcelles jusque-là inexplorées. Il y met le paquet. Ne ménageant pas la citation, l’allusion, la révision ni l’invention verbale où les mots, ou plutôt leurs fonctions, se télescopent avec autant de talent que la machine à coudre et la table de dissection, sauf que la machine en question relève des mécanismes de la turgescence et la table du lit et de ses draps ou de ses herbes folles. D’où la nécessité (peut-être) d’un seul souffle et (n’exagérons rien) la dimension tragique (dans le sens théâtral) de cette verve ni fictive ni vraisemblable. La poésie née d’un chant se distingue toujours du chant imité de la poésie.

Patrick Cintas.

 


  Belle lecture de ‘Phases’ par Gilbert Bourson

Merci Patrick pour ta belle lecture de ‘Phases’. J’ai écrit ce truc sans chapitres ni décrochements d’aucunes sortes. Une fois le premier mot lu, la phrase toujours déjà commencée doit se dérouler sans entracte ni pause jusqu’à son impossible fin ; nul coït qui, comme dit Beckett, nous baiserait par son final mesquin. Tragédie ou comédie, peut-être aussi vaudeville. Le théâtre est ici aussi plat que le bord de la falaise qui n’est que la scène où l’on joue le roi Lear. C’est un texte sadien pris dans l’interminable question du désir non pas attrapé par la queue, mais bien par son talon d’Achille le bouillant, foulant notre occident. Et quant aux comédiens qui pourraient s’y coller ils seraient dans l’obligation de haleter, selon les survenues des brouillards Olympiens, ces divins capitons. Merci également pour avoir accueilli ce texte dans la RALM il y a des années en croyant que l’Achille était un personnage du texte en question, alors qu’il est le texte talonnant l’auteur, lequel est à la fois les deux belligérants Achéens et Troyens, le glaive entre les doigts de rose de l’Aurore de son écriture.


 

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