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 Article publié le 19 février 2017.

oOo

J’avais jamais raté mon coup. Au lit, je dis pas. Mais comme ça, au boulot, moi, Jerry TDLM (toujours dans le mille)… J’y croyais pas. C’est Dean qui s’est ramené pour m’annoncer la mauvaise nouvelle. Franck était furieux. Il voulait plus me voir. Il avait même pas décidé de me flinguer. Il me supprimait les vivres. Et ce qui inquiétait Dean, c’est qu’il allait devoir se passer de moi. Vingt ans d’une collaboration sans faille. On avait fait plusieurs fois le tour du monde. Et envoyé en Enfer des centaines de rebelles à l’idée que Franck se faisait de la société humaine. On était à l’hôtel. Dean avait eu Franck au téléphone. En code. Il a jamais été doué pour déchiffrer à la volée. D’habitude, c’était aussi mon boulot. Dean était le préparateur des terrains où j’agissais et qui m’avaient valu mon surnom. Je l’avais jamais vu comme ça. De quoi j’allais vivre ? J’avais rien mis de côté, faute d’avoir épousé quelqu’un pour veiller aux placements. Mais je plaçais partout j’étais sûr de trouver du plaisir. À force, j’ai fatigué le destin. Et j’étais dans de sales draps. Vivant, mais pas encore couché.

« T’es sûr qu’il a rien dit d’autre ? demandai-je à Dean qui tremblait du bout des doigts, y compris dans ses sandales.

— Il a dit que t’ailles te faire foutre.

— S’il a dit ça, c’est que ce type (je voulais parler de celui que j’avais raté) n’est pas aussi important qu’il le croie. Il va réfléchir, mec…

— Mais t’as jamais raté personne, Jerry ! C’est tout nouveau pour toi. Tu peux rien prévoir. Mettons que Franck veuille te descendre quand même…

— Si on veut pas se faire descendre, il faut monter !

— T’arriveras jamais à la cheville de Franck, Jerry ! »

Il avait raison, Dean. J’ai jamais su pourquoi je faisais ce pour quoi j’étais payé par Franck. Je savais comment. C’était mon boulot. Et j’ai jamais fait souffrir. J’ai jamais souhaité gâcher la vie d’un homme en le torturant à la dernière minute. Je crois que je pourrais pas tuer dans ces conditions. Et puis je me suis jamais battu en duel. Je fais ça dans le dos. Et de loin de préférence. Seulement Charlie Manchot était trop loin. Et je l’ai raté. Il avait une balle dans le crâne, mais la science ne se faisait pas de souci pour lui. Il vivrait. Dean se sentait responsable, parce que le préparateur, c’était lui. La distance, c’était lui. Mais bon, au pire on partageait, parce que j’avais le choix de l’arme.

Donc Charlie Manchot avait même pas connu le coma. Ils lui avaient recousu le crâne et l’avaient même renforcé pour la prochaine fois. Aussitôt sorti de la clinique privée où il rechargeait ses accus, il en découdrait avec Franck. Et cette fois, je serais pas là pour donner raison à Franck. Dean savait pas qui allait me remplacer, ni s’il travaillerait avec ce nouvel as de gâchette. Il fallait que je filasse. Sans pognon, j’étais bon pour m’user les semelles sur les routes et dans les champs. Moi qui ai jamais apprécié les vertus purificatrices de la campagne ! Dean m’a quitté les larmes aux yeux. On se reverrait peut-être plus. Ouais, c’est ça, mon ami, je crèverai sans doute avant.

*

J’ai jamais tué pour manger. Je veux dire que je me servais de l’argent gagné pour manger. J’arrachais pas le pain de la bouche de mes cibles. Ça s’appelle travailler. Seulement voilà, j’étais maintenant au chômage. Et sans droits sinon fermer ma gueule et pas me faire remarquer des autorités. J’en ai rien à foutre des autorités. Je m’en suis jamais approché. Et j’avais l’art de l’esquive. Les meilleures planques dont peut rêver un artiste dans mon genre. J’ai même bouffé à la table d’un préfet. Il faut dire qu’il était en affaire avec Franck. Ça rapproche.

Alors comme ça j’étais sur la route. Dans le fossé, prêt à me calter en cas d’urgence. J’avais conservé mon vieux 38 et quelques chargeurs. Pour les lapins, au cas où j’en rencontrerais au petit matin en allant me vider dans les feuillages. J’avais jamais tué de lapin. Les bêtes qu’on tue, on peut les bouffer sans rien demander à personne, sauf chasse gardée bien sûr. J’ai connu des gonzesses de ce genre. Pas des tas, mais assez pour avoir de l’expérience. Par contre, les gens qu’on prive d’existence se mangent pas. Et s’ils ont les poches vides, on a bossé pour rien. Voilà une expérience que j’avais jamais vécue. J’en connaissais que la théorie. Tu vois passer un petit vieux, tu le suis, tu le supprimes. Jusque-là, rien ne cloche. T’as juste le sentiment d’avoir mal fait, ce qui te rapproche du psychotique et t’éloigne de la thèse du psychopathe. Mais bon, l’un dans l’autre, c’est l’hôpital psychiatrique ou la taule. J’ai jamais été en taule. J’ai juste fait un petit tour à l’hosto après que mon père, qui était militant socialiste, s’est étouffé en beuglant la Marseillaise un soir de Noël. Il m’avait offert un drapeau national. Vous pensez si j’ai chialé ! Et je voulais plus être socialiste. Ni même français. Je l’ai tellement énervé qu’il a avalé de travers le racisme et la xénophobie intrinsèque de cette ordure de chanson. On m’a enfermé dans la nuit. J’avais pas eu d’autres jouets. Ah je vous jure ! C’est pas facile d’être le fils d’un socialiste ! C’est comme d’être le bâtard d’un flic. On choisit pas, certes, mais quand on vous tombe dessus, on devient haineux. Et je l’étais. Heureusement que j’ai rencontré Franck à la sortie. Il a tout de suite vu pour quoi j’étais doué. Le tir au pigeon et l’érection. Voilà comment Franck m’a sauvé de la dépression. Et du bourrage de crâne qui conduit le décervelé sur des champs de bataille où il trouve même pas le moyen de se battre avant de crever en morceaux. C’est écrit sur nos monuments aux morts. Des milliers.

Voilà comment j’ai vu un vieux crouton descendre d’une bagnole qui prouvait qu’il avait les moyens de se la payer. Y avait un chauffeur au volant. Je lui ai fait sauter la tête à bout portant. Et en silence. Le vieux, tout raide dans son costard trois pièces, se dirigeait vers la grille d’une haute maison. J’agissais dans un quartier tout ce qu’il y a de plus rare. J’oubliais de vous dire que j’avais éliminé un gardien qui se tenait toujours debout dans sa guérite, planté sur le canon de son fusil à pompe. Le vieux marchait d’un bon pas. Il était peut-être pas aussi vieux qu’il en avait l’air. Et Dean n’était pas là pour me renseigner. J’improvisais. Encore une nouveauté. J’avais vraiment changé de vie. J’y vivrais pas aussi longtemps que dans la première, mais j’avais envie d’exister rien que pour défoncer un beau cul de temps en temps.

Le vieux arrive alors à la grille. Et juste au moment où il va sonner en appuyant sur un bouton, je lui en mets une dans l’oreille. Il s’écroule sans un cri. Il est pas mort ! Il respire. Je suis abonné à l’échec du premier coup. L’âge. Je lui en colle deux autres en plein le dessus du crâne. Il gargouille et s’éteint. Je plonge alors ma main libre à l’intérieur. Il a un gros portefeuille qui sent le cuir. Je perds un temps fou à le tâter sans l’ouvrir. J’ai de l’admiration pour ce que j’ai jamais pu me payer. C’est ce qui fait de moi un pauvre. Et quand je l’ouvre enfin (il ne craque pas comme je m’y attendais), qu’est-ce que je vois si c’est pas des pages d’un livre que j’ai jamais lu ! Pas un biffeton ! Pas une pierre ! Ni du bronze. Que du papier dans le genre bible. J’ai jamais lu la Bible, mais j’en ai tâté du temps où j’étais enfant de chœur à l’hosto. En plus j’ai pas mes lunettes. Je les ai oubliées à l’hôtel. Le dernier hôtel. Y en aura plus. Ça, je peux en être sûr.

Alors je fouille, je déshabille, je déchire. Ce mec est plus pauvre que moi ! Et moins pressé. On vient du fond du jardin. Je me vois déjà repartir sans un fifrelin. Un sentiment d’injustice m’envahit, mais une voix féminine me ramène à la réalité. Un beau visage derrière la grille. Pas terrifié, mais ça va pas tarder. Je dois avoir la gueule de l’emploi. Un coup d’épaule dans la grille et je renverse la jolie dame qui s’affale en poussant un cri. Voilà comment on commet des massacres. De fil en aiguille.

Elle est pas sonnée. Elle se met sur le cul et se tient la tête. J’y tape dessus. Elle veut pas se coucher. Je tire. Elle se couche, mais se met à gigoter en aboyant. Non. C’est pas elle qui aboie. C’est un chien. Il arrive du fond de l’allée. Je me dis qu’on vient de le lâcher, sinon il serait déjà là à me retailler les mollets. Je fonce.

Ah les amis ! J’ai eu le chien à la volée. Il restait deux cartouches dans le chargeur. Je suis presque arrivé au bout de l’allée, à quelques mètres d’un perron napoléonien, quand je vois le mec que j’ai intérêt à buter si je veux mettre fin à cette série d’embêtements inattendus. Vous zallez pas me croire, mais c’est Dean !

*

J’arrêtais pas de tremper mes lèvres dans mon verre sans oser le lamper. Et de répéter :

« Putain ! J’ai un radar dans le cerveau. Tu penses si je savais pas où j’étais ! Tu sais bien ce que j’aurais fait si j’avais su…

— Ah ouais… qu’est-ce que t’aurais fait, sacré con de Jerry ! Tu m’excuseras de t’insulter pour la première fois, mais j’ai jamais vu ça de ma vie. Et pourtant, je l’ai mal commencée, comme tu sais ! »

Moi, je l’avais jamais vu catastrophé à ce point. J’en étais à quatre macchabées depuis que j’étais entré par effraction meurtrière dans ce quartier qui sentait pas la bouse ni le tonneau. Presque une main ! J’avais raté Dean de peu. J’avais vidé le chargeur. Il était tombé sur le cul et, ne sachant pas qui il était, j’avais foncé sur lui pour l’achever à coup de crosse. Il a hurlé mon nom et j’ai reconnu sa voix. Ça m’a coupé dans mon élan. On est tombé dans les bras l’un de l’autre. Et maintenant, on était seul lui et moi dans cette grande maison que j’avais pas encore visitée pour me faire une idée du pétrin dans lequel j’étais tombé.

Le gardien que j’avais humilié dans sa guérite, c’était Jojo le Manucure, un vieux pote au bord de la retraite avec trois bouches à nourrir en comptant celle du chien à sa mémère. Le chauffeur n’était autre que Manu le Fauché, qui l’était moins que moi mais qui se plaignait toujours si on le laissait parler. La gonzesse s’appelait Josée, mais elle osait plus. C’était la poule de Franck. Et comme vous l’ignorez plus, le vieux en redingote, c’est Franck Lui-même !

« Et tu dis que t’as pas un radar dans le cerveau… » faisait Dean en les tirant par les pieds.

On a pas mis une heure pour les ranger dans la cuisine. Alignés comme après une quadruple exécution à Alcatraz. Dean nous a servi un grand verre de rhum. Il avait pas encore commenté, mais ça n’allait pas tarder.

« Je savais que tu te vengerais, répétait-il. T’as toujours été clair de ce côté-là. »

Il parlait pas de ma face cachée, qui ressemble à mon cul autant que ma gueule à celle d’un flic. Mais je voulais pas le contredire. On était dans l’émotion. On sait jamais ce qui peut ce passer entre amis quand l’émotion prend le dessus. On en a vu devenir pédé pour moins que ça. On a bu quelques verres avant de redevenir sérieux. Y avait personne d’autre dans la maison. On avait juste oublié le chien dans l’allée. La dernière fois que je l’avais vu, il était pas beau à regarder. Dean n’y pensait pas et ça me dégoûtait d’avoir à toucher le cadavre d’un animal après avoir saintement manipulé les dépouilles de ceux qui avaient été des amis avant de me trahir sous les ordres de Franck. Sacré Franck ! J’avais broyé son cerveau jusqu’aux dents. Et ça me donnait à réfléchir.

Dean réfléchissait aussi. Et à haute voix. Il était dans la merde où je pataugeais depuis plus longtemps. Le truc qui l’empêchait d’être franc, c’est qu’il savait comme moi qu’il y avait quelqu’un au-dessus de Franck. Je sais pas comment on fait pour construire des sociétés hiérarchisées, mais à un moment, il faut s’arrêter. Ça s’arrêtait pas avec Franck, voilà tout ce qu’on pouvait savoir après vingt ans de loyaux services. Dean avait le choix entre tenter de me trahir, ce qui était dangereux, et me suivre sur le chemin du Purgatoire, ce qui était encore plus suicidaire. Bien sûr, il pouvait toujours essayer de me coller une balle dans le dos, mais encore eût-il fallu que je le tournasse pour regarder ailleurs. J’étais pas si con. Et j’avais une main dans la poche, au cas où. Il le savait. Pourtant, c’était ce qu’il avait de mieux à faire : sauver sa peau en livrant la mienne, morte ou vivante, à celui qui était au-dessus de Franck. Mais il savait pas qui c’était. Il arrêtait pas de le répéter en chialant. Et je le croyais. Comment en aurait-il su plus que moi ? C’était impensable. Et je le pensais pas. Certes, il pouvait me neutraliser, d’une manière ou d’une autre, et attendre que quelqu’un se présente à la porte pour s’informer. Il aurait alors tout le loisir de s’expliquer. Tu parles si on le charcuterait ! Et si on me donnait la parole, des fois que je sois encore en vie, je manquerais pas de me défendre pour continuer d’exister.

L’enfant se présentait mal.

« Qui c’est qu’est venu ici la dernière fois ? demandai-je.

— J’en sais rien. Ils étaient tous là quand je suis arrivé. Franck m’a appelé à l’hôtel une semaine après ton départ. Et j’ai rappliqué. Y avait Jojo, Manu, Josée et Franck…

— Et ce putain de chien à sa mémère…

— Tu déconnes ! C’est une doberwoman dressée pour tuer ! Enfin… c’était…

— Franck aimait pas les chiens. Sauf dans mon genre… Ça me fait pitié, tiens ! »

On était vraiment seul. Et on savait pas si on s’aimait encore. On en avait jamais douté en vingt ans d’une collaboration sans défaut. Dean dévissa une autre bouteille.

« On a la bagnole, dit-il.

— Une Bentley ! Sûr qu’on nous remarquera pas. Surtout dans ce pays de flics. Au fait, t’as de quoi payer un long voyage ?

— Y a le coffre. La clé est dans la poche de Franck. Mais je connais pas le code…

— C’est parce que t’as jamais regardé dans la culotte à Josée ! »

J’y avais regardé des fois, mais le code changeait tout le temps. Tellement qu’elle cicatrisait plus. On est retourné dans la cuisine. À mon avis, ça commençait à schlinguer. À cause du chauffage. La culotte de Josée prenait pas de place. On a lu entre les boutons et les boursoufflures. Et c’est Dean qui ouvert le coffre. Y avait là-dedans de quoi passer une ou deux années au chômage. Ensuite, on verrait venir. Deux ans, c’est assez pour réfléchir sans se tromper. Mais Dean, qui recomptait, parlait d’au moins dix ans. On avait pas la même conception de l’existence. Ça finirait mal.

« On ira à pied jusqu’à M*, dit-il. Si on rencontre quelqu’un, on le bute. On a tout ce qu’il faut comme munitions.

— Tu seras armé… ?

— Je marcherai devant si ça peut te rassurer.

— Ça me rassure ! » m’écriai-je.

Après tout, c’était moi le responsable de ce ramdam en version muette pour l’instant. Ça sentait le canardage. Et après ça sentirait mauvais mais on serait plus là pour renifler nos cadavres.

« Y a rien de plus con qu’un flic, philosophait Dean pendant qu’on se préparait à affronter notre destin tragique. Mais plusieurs flics, ça peut faire beaucoup. Or, la foule n’a pas besoin d’être intelligente pour l’emporter.

— Donc…

— Donc on évite de bavarder avec les flics. Je connais ta haine pour ce genre humain.

— Tu me conseilles l’amour ?

— Je te conseille d’en vouloir à personne, mec. C’est la seule manière de s’en tirer. »

C’était loin. C’était tout ce que je savais. J’avais jamais entendu parler de ce patelin. On y allait parce qu’il était possible d’y rencontrer des gens utiles à notre cause. On avait assez de fric pour ça. Dean en transportait l’essentiel sur son dos. Une bonne épaisseur qui lui servait de gilet pare-balles. Pour moi, il y avait mis un gilet. Et le sac à dos montait au-dessus de sa tête. Comment réagirait-il si je lui tirais dans les pattes ? J’y pensais. Et on était loin d’arriver.

Comme on pouvait pas chanter, j’ai vite perdu le rythme. Ils étaient loin nos vingt ans ! J’en avais marre de trépigner dans la boue sous la pluie. C’était un pays pluvieux. J’avais pas choisi. C’était mon destin, ce truc dont on ne sait rien, sauf que ça s’arrête à un moment donné. Donné par quoi ? Oui, le moment était bien choisi d’y penser. J’avais aucun goût pour le suicide. J’ai jamais souhaité me faire mal. Pour Dean, j’avais des doutes. Il avait le sens du tragique. C’était de famille. Ils ont tous juifs chez lui. Et il croyait l’être.

On est enfin arrivé à M*. Je vous raconte pas le voyage. Comme on était en France, y avait pas de serpents, pas de crocodiles ni de sauvages assoiffés de sang humain. On a rencontré quelques chasseurs, mais on les a butés. On a même pris le temps de les enterrer. Avec leurs chiens. C’étaient des chrétiens, à ce qu’ils disaient en chialant avant de crever. Un chrétien ne voit aucun inconvénient à reposer avec son chien. Surtout s’il est blanc de peau. Et ils l’étaient. Ils en avaient la gueule.

À M*, on s’est planqué dans une masure qui servait plus à rien qu’à chier. Y en avait partout. On a eu du mal à trouver notre place. D’après Dean, on ne tarderait pas à nous contacter. Qui ça, on ? Il le disait pas. Et j’avais pas envie de savoir. J’avoue que j’étais un peu dépressif depuis qu’on avait quitté la maison de campagne de Franck. Je me suis endormi.

Au réveil, j’étais toujours en vie. J’avais même mon flingue dans la poche. Ce sont des voix qui m’ont réveillé, dont celle de Dean. Il parlait avec un type fringué comme un maquereau. Je m’attendais pas à rencontrer des musiciens classiques ni des barmans de la haute. J’ai bâillé pour signaler ma conscience et je me suis approché. Le type m’a tendu une main pleine d’os et d’odeurs tenaces. On voyait qu’il portait un flingue coriace sous sa chemise en dentelle. Il devait pas être commode à table. Je les ai laissés parler sans interrompre. Je vous raconte pas cet autre voyage, sinon on va m’accuser de romancer.

Tu parles d’un roman ! À peine arrivé dans le désert, on nous a remerciés pour le pognon et les pierres précieuses. Il y en avait même un qui se moquait de la passoire sécuritaire à la française. Et un autre qui traduisait en arabe en se marrant lui aussi. C’est comme ça qu’on est devenu soldat Dean et moi. On l’avait échappé belle.

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