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Autres romans, nouvelles, extraits (Patrick Cintas)
Sperme d’assassin

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 Article publié le 13 décembre 2015.

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Histoire extraite de BA Boxon.
Lecture du texte intégral [ICI]

 

Je voudrais vous parler du soleil, et de ma solitude. Ici, le temps ne me manque pas. Une heure dure ce que je veux qu’elle dure. J’aime les arbres, immuables, quoiqu’on dise. On dit trop de choses stupides à propos des arbres. Je voudrais dire une chose éternelle comme un arbre. Aujourd’hui, je n’ai rien trouvé, excepté un calembour et une situation comique. Mais cela n’ajoute rien à mon propos. Enfin, c’est ainsi que, pudique, je notai l’échec de mon premier livre. J’aurais voulu pleurer, mais je devais bien convenir qu’au fond de moi-même la vraie raison de mon désespoir avait d’autre objet qu’un mince bouquin. Je refermai le cahier en même temps que mes yeux. Mon coeur cessa de battre. Quelqu’un, pour consoler peut-être sa propre misère, flatta mon épaule du bout des doigts, sans en avoir l’air. Je la haussai. Non content de me détruire, je blessais maintenant la compassion d’une âme sensible, sinon cette âme même qui referma la porte sans bruit comme pour s’excuser d’avoir dérangé le deuil où je me noircissais. Sur la plage, j’errais. Monotone, et terriblement blême, je visitais ma solitude. La mer se répandait sous moi. La crosse était moite. Et mon autre main froissait les pages de mon noir calepin. J’ai tout noté là-dessus. Ces pages valent de l’or. Tout y est. De la première à la dernière minute, il y a là tout le spectacle de ma combustion, de l’étincelle à la cendre, en passant par l’embrasement fulgurant de ma pensée au moment de tirer. Et j’ai tiré, chaque fois m’extrayant de moi-même pour déchirer ma vivante et déjà morte cible. Et puis, m’avait-elle vraiment souri ? Je ne sais. Toujours est-il que je lui répondis par un mot aimable qu’elle goûta, je crois. Nous nous arrêtâmes l’un près de l’autre. Et je lui dis que la mer avait jeté le cadavre d’un chien sur les rochers, et que c’était un spectacle infect dont je me remettais à peine.

— J’ai entendu un coup de feu, dit-elle.

— Sans doute un chasseur qui s’exerce sur les mouettes, dis-je.

— C’est cruel ! C’est injuste !

— Il a un fusil, ma chère. Laissons-le. Il se brûlera les doigts.

— Ce n’est pas ce que je souhaite. Qu’il cesse seulement de tuer ces innocentes bêtes. Vous le lui direz, n’est-ce pas ?

— Je crois qu’il a entendu, dis-je, et je lui proposai mon bras. Elle se laissa conduire vers le parapet.

— Merci pour le chien, dit-elle en me quittant. Aussitôt, je notai l’événement sur mon calepin et fit, à l’aide d’un canif, une première encoche sur la crosse de mon révolver. Ainsi commençai-je ma carrière d’assassin, et ma vie sexuelle. Et je soulignai ironiquement, enfin, pour bien marquer l’ironie en question, veux-je dire. Ailleurs, j’ai biffé tout un passage où je m’étonnais d’être un vieillard au moment de ces évènements.

— Est-ce possible ? Racontez-moi ça.

— Mmmmm... je crains que ce ne soit ni le lieu ni l’endroit. Enfin, si vous insistez. Si, si, je vois bien que vous insistez.

 

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