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 Article publié le 13 décembre 2015.

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Le contour des cuisses épouse la cuvette, là, tandis que la nuque se relâche, que les reins se cambrent indolemment, et que le tissu blanc intime, une culotte, imprime ses ourlets, bien en deça des genoux.
 Le marbre blanc, autour, se matérialise à travers les différents espaces de bain, qu’il s’agisse de la baignoire, de la douche, qu’il s’agisse, encore, de cette piscine de forme circulaire.
 Autour, tout autour, ce sont des carreaux blancs rigoureusement identiques, autour, ce sont des figures géométriques strictes qui se répètent, avant de laisser place à un plafond laqué, blanc lui aussi, un plafond brillant.
 Plus loin, au-dessus du lavabo, en marbre blanc lui aussi, siège un rasoir électrique à têtes multiples dont les grilles présentent plusieurs circonférences harmonieuses, à la fois dépendantes et interdépendantes, et dont l’aspect extérieur, lui aussi, affiche une forte brillance, une brillance dirigée vers la cuvette.
 Le jet d’urine, lui, est en plein débit, un débit constant, un débit puissant, sans excès cependant, le jet d’urine et sa couleur claire, fortement diluée, entrent en contact permanent avec la paroi blanche de la cuvette, pour se déverser dans l’eau stagnante dont la surface se transforme en une sorte d’écume, une écume qui, sous l’effet du volume, se charrie elle-même, avant que le même débit ne se déverse directement, produisant alors un son sonore, succédant à celui qui se déployait en aigus permanents, discrets, continus, synonyme d’un contact lisse et dru avec la matière. Maintenant, ce sont des gouttes qui parachèvent le débit, maintenant, c’est un corps, c’est un métabolisme qui s’égoutte, la toison humide se séparant encore de son excédent naturel, vital, par le biais d’une ultime et infime masse d’eau qui rejoint sans bruit l’écume déjà largement aplanie, pour ne pas dire dissoute.
 Le bruit sourd de la ventilation devient alors de plus en plus sonore, concomitamment à l’accroissement de la statique charnelle, là, toujours dans la même posture, une posture qui met en relief des yeux clos, de longs cils noirs, une chevelure abondante en désordre, ainsi qu’une bouche charnue, sans excès … le chemisier blanc, lui, légèrement entrouvert, conservant les mêmes plis, les mêmes figures.
 La brillance du marbre semble s’accentuer, tout comme la puissance de la lumière, tandis que la ventilation continue d’émettre le seul et unique bruit dans cette pièce intime, dans cette pièce où ce bruit de fond, la statique des éléments et la blancheur des espaces semblent conjointement exponentiels.
 Un nouveau bruit surgit, ténu celui-ci, précédant le replacement du rouleau sur le marbre, effectué par une main longue, douce et ferme qui vient de saisir la masse nécessaire à l’éponge des chairs, là, maintenant, dans la cuvette, l’avant-bras puis les doigt s’étant intercalés entre les cuisses pour mettre en contact le papier et la peau.
 L’interaction se fait sans bruit, sans le moindre bruit, seuls les gestes s’ajoutent aux données mentionnées précédemment, des gestes suivis, désormais, par le redressement de la silhouette, le bruit des talons sur le sol, le franchissement de l’encadrement par les longues jambes jusqu’ici posées sur la cuvette.
 Je disais : section du papier le long du liseré pré-découpé, insertion de l’avant-bras et des doigts dans la cuvette, redressement des jambes longues qui ensuite se dirigent vers l’encadrement pour le franchir …
 Le bruit de la ventilation, maintenant, s’accentue encore, la brillance des carreaux ne cesse de se répandre, le rasoir et ses grilles demeurent tournés vers la cuvette, dans une affirmation de plus en plus métallique …

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