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 Article publié le 24 avril 2016.

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Toute la philosophie ignore, méconnaît, méprise le commerce.

Soit il est totalement ignoré, soit il est réduit à une activité vile, quasi honteuse ou assimilé à l’escroquerie elle-même ! Le délire antisémite est assez éloquent à ce sujet. Et symétriquement, le mépris du commerce n’est pas sans lien avec cette dangereuse obsession si marquée chez beaucoup de nos contemporains,

Quand le commerce est pensé, il l’est en termes économiques : il y a eu le mercantilisme, le libre-échange, la mondialisation... En revanche, quels penseurs de la culture la pensent - sinon accidentellement - dans sa réalité commerciale ? Je ne veux pas seulement parler des vendeurs de culture mais plutôt de cette hypothèse : la culture se développe là où il y a du commerce. Là où il y a commerce, il y a culture.

A ne pas penser le commerce, on arrive très vite à un essentialisme de la culture. Or, la culture par elle-même est peu de chose. Elle marque une appartenance sociale, ou une identification à cette appartenance sociale. Pour vraiment s’occuper de culture, il faut retrouver le sens du commerce : non comme d’une chose honteuse et vile mais comme d’un acte noble et qui féconde chaque instant de l’existence sociale.

Surtout, on ne se rend pas compte de sa puissance. Or, à notre époque, elle est très manifeste ! Les publicitaires, eux, l’ont parfaitement compris ! Tous les dogmes se dissolvent devant la puissance commerciale. Car c’est une puissance sans doctrine. Une puissance qui aspire les besoins et les désirs de toute une communauté pour en déduire des actes individuels en série (il y a eu n achats de tel produit...)

Or, cet ordre commercial a pour lui une complète autonomie par rapport aux autres champs qui articulent l’espace social. Et il a un autre avantage : on a toujours besoin du commerce. Le politique n’est pas si vital : la culture ne peut se développer sans un minimum d’ordre social et même d’institution. La religion est purement parasitaire. Le commerce, lui, est nécessaire à chacun. C’est tout de même, de façon assez sûre, le commerce qui a inventé l’écriture.

L’antisémitisme et le mépris du commerce trouvent une alliance solide dans la haine de la matière, du matériel, de la chair, du concret, face à la prétendue supériorité des choses de l’esprit. La conséquence, c’est l’effacement. On ne regarde pas le commerce. Quand je parle de commerce, je parle de l’activité du vendeur de journaux comme de la campagne publicitaire de Coca-cola, je parle de ces situations où quelqu’un vend à quelqu’un d’autre un produit, quel qu’il soit. Et je crois qu’il est urgent de penser cette puissance du commerce dans sa dimension culturelle pour pouvoir envisager de changer un tout petit peu les choses dans l’ordre social et dans la répartition sociale de la culture, par exemple.

Je ne sais pas ce qu’est cette "culture littéraire" dont parle Rorty. S’il s’agit bien de la même chose qu’on appelle généralement ainsi, force est de constater qu’elle est impuissante à changer l’ordre des choses. Elle est particulièrement inapte à concurrencer la puissance du commerce. Et aujourd’hui, il semble plutôt que ce soit le commerce qui doive réinventer la culture littéraire si l’on ne peut pas que ça devienne une tradition caduque.

Si l’on pensait le commerce, on se donnerait la peine de distinguer les différents aspects de son action sur les cultures humaines. Cela nous aiderait beaucoup, même politiquement. Ce n’est qu’en respectant l’acte de vendre qu’on peut lutter contre les dérives financières. Parce qu’en acceptant de regarder cet acte si quotidien, si nécessaire, si riche d’inconnu, on peut compléter le tableau d’un espace social qui ne serait qu’immatériel et mensonger sans le commerce.

 

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