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Poétesses grecques
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 Article publié le 24 avril 2016.

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Douze femmes. Comme les douze divinités.
 Dans la Grèce archaïque, dans la Grèce classique, dans la Grèce hellénistique, du VII ème siècle avant J-C au Ier siècle après J-C, ces femmes de plume participent à l’histoire de la Grèce, une histoire marquée par la succession de régimes politiques tous plus distincts les uns que les autres, dont on retient la forme tyrannique, gérontocratique, aristocratique, isonomique, puis démocratique.
 L’envahisseur perse est là, chassé cependant - et à plusieurs reprises - par l’obstination d’une civilisation élégante et vaillante qui sait dépasser ses conflits internes pour protéger le territoire. Un territoire où s’illustrent des disciplines et des hommes, une terre où les mathématiques rivalisent avec la géographie, l’histoire, avec les sciences physiques, la philosophie, l’éducation sportive, ou encore le théâtre. La guerre et la spéculation intellectuelle se disputent l’espace au sein de l’esprit aristocratique grec.
 Les noms masculins qui font l’Histoire demeurent connus : Thalès, Pythagore, Praxitèle, Dracon, Périclès, Socrate ... Platon, Diogène, Léonidas ... Sophocle, Hérodote, Thucydide ... Aristophane ... Ces patronymes insèrent leur exigence ou leur vision dans leurs disciplines respectives dont ils contribuent à donner les lettres de noblesse. Le champ politique, le champ culturel, le champ militaire prennent une épaisseur particulière, sur un territoire largement peuplé d’agrumes et d’oliviers.
 Ce territoire est une mosaïque, faite d’un pan continental et d’une myriade d’ïles et de petites îles parmi lesquelles Lesbos. Cette dernière devient délicatement célèbre pour en héberger un cercle d’amies dont la figure de proue, Sapphô, fait montre d’un évident talent dans le genre poétique.
 Erinna, Charixéna, Myrtis, Corinne, Télesilla, Praxilla, Cléobulina, Anyté, Moïro, Nossis sont les suivantes, issues d’autres périmètres grecs, sont les autres noms, les autres poétesses qui constituent, ainsi, la galaxie littéraire au féminin.
 La guerre, le temps, les pillages ... tout cela réduit, sans doute, l’héritage de ces femmes de plume dont un certain nombre d’écrits, néanmoins, demeurent intacts.
 Voici quelques exemples parmi les plus personnels ou aboutis, signés Sapphô et Anyté.

 SAPPHO

 J’aspire à qui me manque et je cherche ardemment

 ..........

 ... Eros a ébranlé mon
 âme comme le vent dans la montagne quand il s’abat sur les chênes.

 ...........

 Il n’y aura jamais, en aucun temps, je crois,
 une seule vierge, voyant la lumière du soleil,
 qui te soit comparable en habile savoir.

 ............
 
 Eros, de nouveau, le briseur de membres, sous les frissons me courbe,
 doux-amer, qui déjoue la manoeuvre, sinueux.

 .............

 Marche !
 pour que nous voyons
 Dame Aurore
 aux bras d’or
 destin

 .............

 L’Indomptée

 ... à Phoïbos, chevelure d’or, enfanté par la fille de Coeos,
 unie d’amour avec Cronide, seigneur des hauts nuages, et dont le nom est grand.
 Mais Artémis protesta le grand serment des Dieux :
 " Par ton chef, à jamais vierge je resterai,
 indomptée dans les monts solitaires chassant
 sur les sommets. Allons ! Exauce-moi d’un signe pour me plaire ! "
 Ainsi parla-t-elle. Alors il acquiesça d’un signe, le père des dieux bienheureux.
 " Vierge, Tueuse de cerfs, Chasseresse " , les dieux
 et les hommes lui donnent ces noms de gloire.
 D’elle, le Délieur-des-membres, Eros, nullement ne s’approche.

 ............

 Beauté ne demeure que le temps d’un regard.
 Mais vertu aussitôt sera beauté demain.

 ............

 " Sapphô rappelle comment, le premier, Anchelous a inventé la
 mixtion du vin " .

 ANYTE

 Dauphin échoué
 
 Ah ! non plus, exultant par les vagues du large,
 je ne dresserai mon cou d’un bond hors de l’abysse
 Autour des belles lèvres du navire aux solides tolets
 je ne soufflerai plus, fier de la figure de proue, mon image,
 Mais le flot pourpre de la route humide m’a poussé à la côte,
 je suis gisant ici sur cette tendre grève.
 
 .……….

 Bouc, et puis Naïade

 Regarde ce bouc cornu de Bromios : avec quelle arrogance
 il fixe son oeil fier du haut de sa face velue,
 glorieux parce que souvent, dans les montagnes, le poil de son menton frisé,
 de la Naïade a reçu la caresse, au creux d’une main de rose.

 Hormis " L’Indomptée " , presqu’aussi long qu’un sonnet, les poèmes sont brefs, aphoristiques.
 Ce sont les Dieux, les mortels, c’est également la sensualité amicale ou amoureuse, c’est aussi la vision généreuse d’une nature toujours à découvrir et à embrasser du regard. Et c’est encore la placide conscience animale, la présence de son règne dans toute sa simplicité qui est évoquée, ici, à travers des espèces familières à l’homme.
 Ce qui apparaît dans toute sa netteté, c’est une fluidité et une précision qui se complètent, dans une dynamique permanente.
 C’est l’insertion de la forme poétique féminine dans une maîtrise formelle évidente, qui n’a nul besoin d’alerter le regard. La technique, aboutie, est recouverte d’une élégante ondulation qui donne envie de poursuivre, d’aller plus avant, alors que déjà le texte s’achève.
 Osmose entre la forme et le fond ...
 Pourquoi ne pas remarquer une troublante similitude entre " Dauphin échoué " et " Le Dormeur du Val " , magnifique architecture rimbaldienne érigée elle aussi dans un temps très jeune ? " Je suis gisant ici sur cette tendre grève " dit Anytè ou le dauphin.
 Le prisme de la beauté devient matériel sous leur plume, qu’il s’agisse d’une intention cachée, d’une volonté farouche, d’un détail géographique, de la patine d’un souvenir, qu’il s’agisse, encore, de la physionomie d’un animal.
 Qu’il s’agisse, enfin, de l’avancée de Rome évoquée par Melinnô, comme l’aboutissement formel d’une intuition séduite, profondément séduite ( " Ode à Rome " dans " Melinnô et moi " ) .
 Au bout du compte, ces femmes sont peut-être les premières phénoménologues de la poésie. Elles sont, en tout cas, éminemment modernes.
 Et la preuve que si la prose est un homme, la poésie est une femme.

 

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