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 Article publié le 17 juillet 2016.

oOo

Je me fous bien de la « cohérence ». Le plus grand massacre de l’histoire contemporaine n’a pas besoin d’elle.

Dors.

Les crimes de guerre sont commis aussi bien par le camp Kabila que par le M23. Des groupes armés n’ont pas d’appartenance définie. Le viol est une pratique généralisée, une arme de guerre. On les estime à 1 100 par jour. Cet hiver, un village entier a subi ça pendant 3 jours et 3 nuits. Les exactions sont insensées, monstrueuses. Dès mercenaires européens (français et belges) sont présents parce que le Congo est le pays le plus riche au monde en ressources naturelles. On a un peu parlé des « terres rares », un minerai nécessaire à là fabrication du téléphone portable. Son trafic est tenu par des bandes armées qui exploitent et tuent enfants, femmes et hommes. Le conflit congolais dure depuis 20 ans. Il a fait suite au génocide rwandais. Aujourd’hui encore, l’instabilité au Congo est lié à la situation au Rwanda. Certains génocidaires rwandais ont d’ailleurs poursuivi leurs activités au Congo. C’est un job. D’autres sont en France. On refuse de les extrader et on évite de se poser là question de la responsabilité de la France dans la drame rwandais. Le mercenaire Paul Barril a parlé de « mayonnaise africaine » pour évoquer le génocide rwandais. Or, c’est un drame téléguidé. Les 4 millions de morts du Congo n’existent pas. Ces 4 millions de morts ne sont pas dus à une défaillance morale des Africains mais à une série de manipulations des populations favorisées par les coloniaux. Les Kalachnikov ne poussent pas sur les arbres en Afrique, vois-tu ? L’absence totale de considération pour le drame, pour l’atrocité permanente qui fait d’enfants de moins de 10 ans des tueurs, est un crime. C’est un crime au même titre que les massacres eux-mêmes. Et ces auteurs français qui se croient supérieurs alors qu’ils ne sont, dans leur grande majorité, qu’une marée purulente de médiocrité, n’ont rien à dire au monde. Ils ne disent rien du monde. Ils s’accrochent à ces droits patrimoniaux qui ne sont qu’une funeste chimère pour la plupart. Ils croient qu’on devrait payer pour les lire alors qu’ils n’expriment rien que l’asphyxie du sentiment du bien commun. Je ne puis que mépriser cette absence totale de conscience historique. Et humaine. Ce qui se passe là-bas est là seule chose qui soit significative. Pendant qu’ici là pensée se resserre sur des gadgets numériques là bas on tue, on torture, on mutile, on viole, on massacre, on éviscère, on arrache les fœtus du ventre de leur mère.

Quoi d’autre ? Cela est pire que tout. Mais ici, le silence est total. Pourquoi ? Pourquoi un génocide en Afrique ne heurte-t-il pas la conscience de nos « élites » ?

Explique-moi.

Congo

Et encore. Il ne faudrait pas que cela t’empêche d’aimer. D’en souffrir. De pleurer sur ton sort qui se borne, ce matin, aux récriminations farceuses de ton ombre. Il ne faudrait pas que tu oublies le Grand, ce qui ne risque pas d’arriver. Il ne faudrait pas que tu dises « stop » car ce n’est pas toi qui sauras t’arrêter. Il ne faudrait pas que tu cesses de croire qu’ici et là, ces bulles de bonheur nu estimées à 27 secondes sont un peu ce qu’il y a de précieux à préserver.

Non. Tu peux juste envisager que l’atonie dominicale de ce paysage suburbain masque des massacres indolores, des viols sériels, des jeux d’enfants à qui on défonce le crâne. Des hommes qui ne sont plus des hommes. Des commanditaires qui ne savent pas qu’ils commanditent. Qui se révolteraient s’il leur en venait le soupçon.. contre là télé, si elle faisait le boulot. Contre les témoins - mais ils sont incapables de parler ! « Ah ah ! Vous voyez bien, ils ne savent rien. »

Contre l’hiver.

Pendant que mon aimée est éventrée au milieu des cadavres de tout le village, je voudrais bien t’aider, petit auteur garant de la culture française, ton droit patrimonial garant de ton imposition contre laquelle tu pesteras, d’ailleurs. Je voudrais bien t’aider, tu peux me croire. Même si je dois me promener avec la lame d’une machette enfoncée dans la partie droite de mon crâne. Rien de grave. J’ai bien conscience que ton petit commerce a plus de prix que mes viscères. J’ai bien conscience que pour toi le Congo ce n’est pas un pays qui existe. Je ne t’accuserai pas de non-assistance à personne en danger, non. .Je t’excuserai, même, auprès de mes témoins muets.

« Le Congo est si loin ! »

J’expliquerai à ma fillette sans bras qu’ici, ce qui se passe est horrible. Des gens parlent et ne sont pas payés pour ce qu’ils disent ! Alors qu’ils font l’effort de construire des phrases, tout de même. « Je voudrais les aider moi aussi », soupire la petite villageoise sans bras.

« Retourne à la mine, petite ».

C’est drôle. Je suis sûr qu’elle compatit au vaste drame autoral de ces gens convaincus que la culture a rien comprendre (sic) au droit patrimonial puisqu’elle ne parle plus, à l’heure qu’il est. Heureusement que tu as acheté ce nouveau téléphone quand on y pense. Sinon on n’aurait pas pu l’achever, ce qui est bien nécessaire de nos jours. Au Katanga, ça redémarre. Dans les Kivu nord et sud, ça se poursuit. « Qui viole ? », demande un demi-auteur pas encore inscrit à la SGDL « Qui ne viole pas ? », répond narquois un gorille qui ignore (mais c’est un gorille) qu’il casse le marché du verbe en répondant publiquement sans exiger de droit patrimonial sur ce constat qui ne touchera pas un public particulier, du coup.

Ok. On va aussi liquider le gorille.

Le jour est levé depuis longtemps déjà. Et moi, je ne sais qui est mort, qui est en vie, qui parle et qui se tait et qui tue qui enfin. Oui et qui es-tu pour te taire avec une telle force ? Je voudrais que tu m’écrives une belle histoire pour me faire rêver à mes morts. Ils sont si nus. Je n’aurais pas de quoi te payer. Je te rendrai tes mots, promis. Avec du sang. Du sang. Du sang. Du sang. Rien. Du sang. Tu as ma parole. Tu auras du sang. Du sang. Rien. Du sang. Rien. Du sang. Du sang. Et nous visiterons le Nord-Kivu. Du sang. Du sang. Du sang. Et je retrouverai tes bras. Rien. Du sang. Du sang. Rien. Rien. Rien. Rien. Nous passerons au sud. Rien. Rien. Rien. Du sang. Rien. Il y a tellement d’or ici. Rien. Rien. Mais il y a du sang aussi. Du sang. Du sang. Du sang. Et ta vulve est une mine d’or, vois-tu ? Je m’y enfoncerai. Rien. Rien. Rien. Mais du sang. Rien. Du sang. Si l’anus autoral pouvait être aussi riche que ton vagin ! Mais non. Il nous reste le droit patrimonial. À toi le sang. À nous le droit. Le sang. Le sang. Le sang. Oh et puis merde. Rien. On ne va pas incriminer ces pauvres écrivains non plus. Le sang. Rien. Le sang. Le sang. On ne va pas leur demander d’incarner une conscience, non ? Le sang. Le sang. Rien. Rien. Rien. Nous arrivons au Katanga. Cette nuit on fera

Pense-bête

Il ne faut surtout pas que tu omettes d’aller à la poursuite de tes rêves. Il ne faut pas non plus que tu oublies ta tronçonneuse ! La grande angoisse !

Il faut que tu apprennes à perforer tes rêves : ça leur fera grand bien.

Il faudra bien que tu les découpes sans jamais leur scier les os ! La grande angoisse.

Il faut encore que tu éduques tes os : comme toi (mon ange),qu’ils applaudissent leur propre mort !

Qu’il sachent rire et rier quand on dansera sur leurs corps amollis.

Mais surtout. Il faudra que tu les embrasses comme des bouches bien ensanglantées. Le rêve de toute lèvre.

Puis tu te relèveras. Il est possible que tu n’ailles pas au bout. Cela n’a pas d’importance.

Non. Rien n’a d’importance. Ici ce ne sont pas les rêves qu’on découpe avec le plus d’ardeur.

Dors.

Il faudra bien numéroter les confusions. Sans quoi on risque de se perdre. En elles ? Entre elles ? Allez savoir... Il en faut plus que ça.

 

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