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 Article publié le 10 juillet 2016.

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L’érection du théâtre occidental pose à la fois les fondements de la pensée artistique et la puissance de l’esthétique. C’est en Grèce qu’elle a lieu, à travers les œuvres de Sophocle, d’Eschyle ou encore d’Euripide. Il y a de cela vingt cinq siècles, déjà. La trajectoire d’Oedipe, la conviction d’Antigone, le voyage d’Ulysse … sont autant de détours pour comprendre le réel. Mieux : pour le faire. Ils sont tous écrits avec noblesse, dans un style précis, fluide, dans un rythme qui ne souffre la moindre approximation. Leurs œuvres traversent le temps. Depuis longtemps, maintenant …
Un clair-obscur se détache, là, dans ce dix-septième siècle européen, un clair-obscur qui se diffuse à partir d’un petit pays protestant où la tulipe est reine : les Pays-Bas. C’est une discipline d’airain, c’est une constance sans faille qui multiplie les toiles, qui multiplie la présence de la peinture à travers le petit carré ou rectangle dressé sur un chevalet, une petite forme géométrique qui contient le monde … avant de le restituer. Les tableaux de Rembrandt obligent l’œil à se figer, à admirer ce qui est, à se conformer à une homogénéité compacte, saisissante. Les couleurs, les tons, les contrastes … tout cela est présent, fortement présent. Presque matériel.
Le pinceau de Rembrandt traverse l’espace figuratif tel un faisceau lumineux qui ensuite fige toutes les molécules, procède à leur totale agrégation. Une impression particulièrement nette se dégage, se dessine, sans que sa statique ne lasse, provoquant même un délassement permanent.
L’amplitude et la simplicité dominent chaque partition, en ce début de dix-huitième siècle prussien. D’une église, l’autre, d’une chaire, l’autre, le compositeur écrit, le compositeur répète, sa femme emportant méticuleusement tous ses trésors musicaux. Du lundi au dimanche, la création, les cours de chant, la correction de la création, les répétitions et la messe dominicale rythment scrupuleusement le temps, de manière immuable semble-t-il. Les cordes et le clavecin sont sollicités, oui, largement sollicités, même, leur étendue est en quelque sorte phagocytée par l’énergie du compositeur.
Par Jean-Sébastien Bach.
Sa discipline de travail applique une force comme sans limite sur ses recherches musicales qui se révolutionnent elles-mêmes. Une nouvelle technique est en train de naître, productrice de nouvelles émotions. La toccata et ses multiples variations envahissent l’espace domestique ou l’église, se déversant dans l’espace public, dehors, dans la nature, dans les faubourgs …
La richesse se dissout dans l’épure …
Et la géométrie américaine, et le cadre urbain de la côte Est, dominé par New-York, se reflète dans la peinture abstraite de son fondateur, monsieur Mondrian. Des années, déjà, qu’il peint des formes simples, angulaires, traversées par des couleurs primaires, des années, déjà, que les angles de ses tableaux sont ouverts, signifiant les possibilités infinies de la peinture, indiquant sa modernité. En ce vingtième siècle accéléré, les tours s’érigent, l’architecture s’étend et dessine des périmètres rivalisant d’audace, d’innovation, de fonctionnalité, rivalisant de totalité. Du haut des tours, la masse humaine se meut en mouvements rectilignes ou circulaires, tandis que les automobiles font de même, alignant leur ligne sur celle des voies, des avenues, avant de les couper par le biais d’une rotation synonyme de changement de direction. Et de linéarité, de nouveau. Les bois des Pays-Bas sont loin, maintenant, ainsi que les pommiers en fleurs aux feuilles convexes ou concaves, sculptées, déjà, par l’abstraction. L’énergie de ce mouvement nouveau s’apparente à une douce déflagration qui investit le cortex du spectateur.
Le cortex d’Alex, lui, est plein de contradictions, tandis que les yeux brillent d’une malice ambigüe, tandis que le sourire est souvent présent. La combinaison blanche accomplit une mosaïque de forfaits en toute décontraction, la musique de Ludwig Van semblant soutenir leur succession … à moins qu’elle ne serve à voiler ou dévoiler un moment intime partagé avec deux demoiselles … ou bien qu’elle accompagne le mouvement permanent du chaos. Les vénérables institutions que sont les assemblées politiques, les groupes médiatiques et les maisons de repos sont-elles plus saines ? Elles prétendent avoir la solution au dérèglement. Elles vont même unir leurs forces. Ah, l’union qui fait la force … et avec le sourire … s’il vous plaît …
La caméra, maintenant, s’invite dans les tranchées, et les yeux des soldats sont nus face à cet œil mouvant. Lolita est volontiers joueuse avec le professeur, lui posant beaucoup de questions, lui amenant les repas jusque dans sa chambre … Le petit Danny, lui, donne des coups de pédale irréguliers dans ce labyrinthe sans fin, dans ce dédale où un couloir succède à un autre couloir, dans cet hôtel vaste, immense, où seul le roulis de la petite voiture prend de l’épaisseur … Des épaisseurs de chairs qui peuplent les pièces cossues de ce château à l’intérieur duquel les masques sont rivés au visage. Une intimité collective se développe, les corps nus et les voiles oculaires entrant en opposition, une opposition dynamique. Celle du fantasme et de la réalité …
L’effet impressionniste est réussi par le cinéaste dans ce film costumé qui évoque l’ascension et la chute du jeune Barry.
La caméra de Stanley Kubrick est un scanner qui plonge à la fois dans l ‘espace et dans le cortex des personnages. Ils sont obligés de dire et d’agir, sans qu’il soit possible de deviner leurs intentions. Ils sont obligés de montrer, tôt ou tard, qu’ils sont humains, bien humains. Pour le pire … ou le meilleur.
Au-delà de l’esthétique, au-delà du sens, au-delà de la vision, au-delà de l’innovation… bien au-delà de tout cela et de sa combinaison, l’œuvre d’art contient cette énergie unique, singulière, cette force, cette puissance, cette capacité de choisir entre tous les possibles pour montrer une voie.
Pour indiquer un horizon.
Et pour démontrer que l’homo sapiens sapiens peut se confondre avec la liberté …

 

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