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 Article publié le 18 septembre 2016.

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L’isolement de ces domaines par rapport à l’ensemble des « discours de la série » n’est pas anodin, à bien y regarder. Si la diversité des acceptions spécialisées de « série » dans tous les domaines de la connaissance est vertigineuse, la plupart ont opéré par contamination : des mathématiques à la zoologie, de la zoologie à la sociologie, etc. Le mot « série » est, le plus souvent, un analogon, qui peut renvoyer à une idée très générale d’ordre métaphysique ou au contraire à une notion spécialisée du terme.

La série issue de la dodécaphonie a certainement été porteuse de nombreuses « transpositions », sans qu’on puisse en borner l’étendue. Pourtant, dans les domaines artistiques et littéraires la situation est loin d’être aussi affirmée qu’elle n’a pu l’être dans le domaine de la musique.

La théorie littéraire ne semble pas en mesure de s’emparer du concept de série, en dépit des amorces de « sérmantique sérielle » proposée en son temps par Henri Meschonnic. L’art ne parvient pas à distinguer entre la sérialité des productions industrielles et la pensée abstraite qu’a représenté le sérialisme musical.

La série étend inconstestablement son domaine aujourd’hui. Elle est plus présente qu’à l’époque de Littré qui s’étonnait déjà de son expansion. Elle n’a plus pour elle, peut-être, cette fonction centrale que lui assignaient Fourier, Proudhon ou encore Boulez et Deleuze au XXe siècle mais la notion s’installe dans chacune de nos techniques, omniprésente à travers la télévision et la publicité, constante dans le langage administratif, régulière dans le domaine des faits divers à cause des « tueurs en série »

Mais la série n’est pas le sériel. L’expression « tueur en série » montre bien la rupture entre la notion de « série » qui appartient au vocabulaire le plus courant qui soit et celle qu’exprime l’adjectif « sériel » qui ressort systématique d’un domaine de connaissance spécialisé : musical ou scientifique ou même philosophique mais pas courant. Ainsi n’y a-t-il guère de « criminel sériel » qu’au Québec ou dans la littérature scientifique, très riche d’ailleurs sur la question de « l’analyse sérielle » du crime en série.

Le sériel, notion issue de la philosophie de Proudhon qui avait défendu ce mot becs et ongles contre celui forgé par Fourier de « sériaire », n’a connu un regain d’usage qu’avec la musique sérielle, notion inventée par René Leibowitz en 1946L Elle est restée longtemps attachée à ce courant musical avant-gardiste ou du moins moderniste.

Le sérialisme musical a eu des incidences directes en art et en littérature. En art, il a en particulier influencé Mel Bochner, Sol LeWitt et d’autres artistes conceptuels qui se sont eux-même revendiqués d’une démarche sérielle. En littérature, Butor, Pérec, Robbe-Grillet sont quelques-uns des auteurs qui ont répondu à la musique sérielle par des structures dérivées. Mais pour comprendre le mot « série » et même l’adjectif « sériel » comme ils se prononcent aujourd’hui, il faut prendre en compte l’inflexion industrielle qui a marqué l’histoire récente du mot.

Il est parfois difficile de situer l’existence d’une série. En particulier quand on parle « d’analyse sérielle » dans le domaine des sciences humaines ou quand on a affaire à un discours sur l’art, en particulier sur les artistes d’aujourd’hui. Or, dans ce domaine en particulier, la série a une existence complexe qui a subi de profondes mutations depuis le milieu des années 1990.

C’est à cette époque qu’on peut situer l’émergence de l’esthétique sérielle, au sens que ce mot a pris d’abord chez Umberto Eco, puis chez des auteurs comme Paul Bleton, qui a popularisé la notion de « littérature sérielle » pour ce qu’on appelait auparavant « littérature de gare », « para » ou « sous-littérature ».

Chez Umberto Eco, la formulation d’une esthétique sérielle est clairement définie en opposition avec le sérialisme musical et la pensée moderne qu’il représente. De ce fait, l’adjectif « sériel » est désormais associé à la production industrielle de films, de bandes dessinées et de romans qui alimentent l’univers de la « série » de masse.

En art, la situation a toujours été plus compliquée. Elle ne l’est pas moins aujourd’hui. Après tout, le domaine de l’art pourrait revendiquer une certaine antériorité dans la mesure où, dès la première moitié du XIXe siècle, « série » était employé pour décrire les ensembles d’oeuvres graphiques marquées par un même thème, un même motif. Ou même pour ce que Monet a produit de série, dans une perspective que d’aucun n’hésitent plus de nos jours à qualifier de « sérielle ». Là-dessus, pourraient se greffer une quantité de références, une quantité d’expériences de l’art contemporain, parfois très conceptualitsées – comme chez Soulages – ou parfois beaucoup plus intuitives et non moins valides.

En lisant Marc Le Bot on voit bien comme la série dans le domaine de l’art est une chose plurielle et instable, marquée par la pression de l’univers industriel et la logique de répétition, sans qu’il y ait complet renoncement à la référence musicale cependant...

 

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