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de la RALM.
Joal, étoile de mon enfance
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 Article publié le 18 septembre 2016.

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Quand la nuit à son paroxysme siège,
Prenant siège dans la barque de ma mémoire,
J’aime entreprendre un long douloureux et doux voyage,
Vers mon Joal lointain je vais en songe.

Je souri aux souvenirs de nos sourires
De nos éclats de rires
Autour du feu fait d’excréments de vaches
Je me perds dans les récits de contes d’enfance…
Ah ! Me revient l’image de HammadiMannaet de son équipage :
Mille et un chevaux fougueux fumant de sueur,
Brisant les brindilles et soulevant la poussière à leur passage !
Mère, re-conte-moi l’histoire de l’enfant de la mer de Ndayaane
Ndeyessane, raconte donc les aventures de Bodiel et de Démbarou !
Qu’importe que mon ventre crie de faim !
Qu’importe !
 Pourvu que je me laisse bercer par ta voix mélodieuse,
Par les paysages exotiques du pays des merveilles !

Je me rappelle le sel des saveurs suaves semé
Le long des routes entremêlées qui mènent
A l’école primaire
Et nos jeux de cache-cache autour du grand marché !

Le sel des sueurs, je me le rappelle
Le long des routes menant aux champs
Eternellement étendues
Escortées de bosquets drus
Passementées de sable fin,
De coquillages marins.
Et au détour d’une allée boueuse,
Oh ! Je revois les nénuphars se balançant
Nonchalamment comme de lourds chalands.

Je n’oublie pas nos chasses et cueillettes
De dimanche,
Ne m’oublie pas Ô camarade d’enfance !
Arrêtons-nous un peu pour nous désaltérer
Des eaux du champ aux cent chants d’oiseaux
De TânôGamel,
Ecoutons le Yéro-corel des tourterelles
J’aimerais bien savoir ce que disent leurs voix plaintives,
Là-haut penchées dans les hauts arbres endimanchés de vert.

Je bave de boire le lait chaud fraîchement trait
Crémeux et écumeux,
Dans le creux des calebasses crasseuses,
D’entendre le meuglement mélancolique des troupeaux
De retour le soir chargés de parfums des pâturages.
Je salive de sentir la fraîcheur de l’herbe
Au frou-frou doux
Qui se plie sous les pieds nus
De rosée arrosés,
De m’étendre tendrement sur les Tanns torrides,
Sentir la boue salée me brûler le bout des pieds.
Je meure d’envie de vous revoir ô terre d’enfance !

Je pense à nos séances de pêche
A nos journées de baignades et de querelles
Le long du fleuve Mamanguêth aux eaux peu profondes et troubles
Où se baignent bercée des ondes,
Loin du monde vide des vacarmes
La verte mangrove !
Que coiffe de leur blancheur de lait
Les hérons migrateurs.
J’entends à l’heure leurs cris de querelles,
Elles font écho dans la chaleur de ma mémoire,
Bouillonnante de bruits et d’images.

Je ne regrette pas nos joies débordantes,
Nos vertiges tout le long du long pont en bois vacillant,
Je sens le son des coquillages qui craquent sous nos pieds,
Trébuchants devant les regards froids et fermes,
Masques blancs sans relief,
Assis au Pinthie et indifférents aux Ndiokko-ndials
De nos voix tremblantes d’enfant.
Je revois les greniers sur pilotis
Dans lesquels dépendait la vie de toute cette île !
Je les revois
Qui semblent se balancer se laissant bercer
Par le clapotis des vagues marines.

Je revois le soleil du soir suspendu
Aux pirogues de retour de pêche.
J’entends la voix vive des femmes marchandant
Le prix des poissons frais et palpitants,
Ecoute le cri des enfants nus le long de la berge !
Je sens l’odeur fade des algues mortes,
Je ressens le ressac des vagues vertes venant
Déposer leurs derniers souffles de vie sur la grève
Puante de poissons en abondance !

Quand la nuit à son paroxysme siège
Je pense à toi,
Joal !
Ton souvenir comme un soleil de nuit,
Luit solennellement en moi.
Je veux fixer ton souvenir sacré,
Tel une étoile sur la toile de ma mémoire.
Ainsi chaque soir,
Dans la nuit noire de mon imagination,
J’irai la cueillir, mon étoile !
L’accueillir dans l’intimité
De mon intérieur le plus intime.

Avant que le soleil de la vieillesse ne vienne
Blanchir les campagnes de ma mémoire de trous noirs,
Que je puisse longtemps encore me mouvoir
Dans les eaux mouvantes de ma mémoire
Longtemps encore que je sente le sel qui rappelle
Les jours de joie d’enfance éternelle.

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