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 Article publié le 9 septembre 2006.

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Marie SAGAIE-DOUVE
Sujet : Elle(s)
Depuis des années, j’ai compris qu’écrire c’est se livrer, donner ce que l’on est.
C. Juliett, Au Pays du long nuage blanc

Sur la porte par laquelle j’entre dans la différence, cette inscription : « n’y touche pas ! garde ton âme pure ! » Ce double impératif m’a structurée.

Dans la maturité de l’âge, mon ambition de situer un sujet au féminin - comme nous y entraîna l’analyse grammaticale- , ou d’en percevoir l’effacement, au gré des codes culturels.

De cet effacement relève la pratique de l’excision, qui éloigne la femelle humaine de l’expérience du plaisir, par l’ablation du clitoris et parfois d’une partie des lèvres.

La phrase entendue au sortir du bain : « n’y touche pas, c’est sale ! » fonctionne comme une amputation. Pudiquement appelée « le bas », à la manière d’un emballage, la zone s’associe à l’enfer. Il s’en faut éloigner, si l’on souhaite, comme demandé, se garder pure.

Sur la porte de ma différence figure aussi : « c’est pour les bébés ! »

Serais-je, n’ayant pas enfanté, une semi-femme, peu respectueuse du code et peu tentée par le fruit défendu ?

De la maternité, je connais l’hémorragie annonçant une fausse couche. Le mot n’est pas prononcé par celui qui décide d’un curetage. Son silence m’accompagne.

 

Silence / blessure. Ecrire défait l’emprise. D’amormour.

 

Envie d’être, dit l’ange, qu’on appelle « gardien ». Envie d’être, dit l’ange, frémissant d’une jouissance longtemps tenue sous ma peau.

Violence inscrite, venue d’elle(s), inscrite en elle(s), la sensation d’être rien.

 

Mon corps prend la parole.

D’un manque de mère, la blessure d’une mise à mort. Une nourrice bien en chair la ferme. L’imago se clive : mère morte, devenue dévorante, et lumineuse mater.

André Green éclaire l’expérience : « La mère, pour une raison ou une autre, s’est déprimée » (229)[1]. « Ce qui se produit alors est un changement brutal, véritablement mutatif de l’imago maternelle » (230). « L’unité compromise du Moi désormais troué se réalise soit sur le plan du fantasme donnant ouvertement lieu à la création artistique, soit sur le plan de la connaissance à l’origine d’une intellectualisation fort riche » (233).

 

Mémoire, ma chair, du corps de la mère.

Diffuse, presque absente, mémoire du corps du père.

 

Le corps de l’amant engendre des doubles.

Désiré, l’objet révèle l’objet perdu, le représente. Retour à une mère vivante, revendiquant une jouissance dont elle s’est privée.

 

Sur et contre une mise à mort, j’écris.

J’entends dire non mais le oui est à l’intérieur. L’analyse logique n’a pas de prise.

Trous de silence, inter-dits, dans le discours ma-ment.

 

Comment être deux, voire davantage, et dire « je », au féminin ?

Les études sur le genre visent à le distinguer du sexe biologique, mettant en évidence sa dimension socioculturelle, voire la diffraction entre corps et identité.

Le masculin s’étonne devant le féminin. Et vice-versa.

D’où la tentation de brouiller les pistes, comme y incite le courant queer, avec la notion de transgenre.

 

Marie Sagaie-Douve

 


[1] Narcissisme de vie, narcissisme de mort, Minuit, 1983. Le numéro entre parenthèses renvoie à la page.

 

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