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Ascendance du pin sur l'olivier
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 Article publié le 26 février 2017.

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Je pensais à toi en constatant l’ascendance
Du pin sur l’olivier. Leur obliquité
Les rejoint quelque part dans la complexité
Du bleu. Après la construction du barrage,
Ils ont jeté un pont par-dessus la vieille
Route aujourd’hui envahie de fenouil
Et de blancs cailloux de la taille d’un œuf.
De l’autre côté, une hacienda s’entoure
De noirs palmiers immobiles et des murs roses
Renvoient leur ombre agitée d’animaux.

Le pont est inachevé, un pont en arc
Aux équerres touffues, et les traces
Des chevaux forment un 8 autour d’un pilier
Où les oiseaux se posent pour se chamailler.
Ayant trempé mes bras jusqu’à l’épaule
Dans l’eau d’une fontaine, je remonte
Et un instant m’égare au seuil de l’ombre
Que les adelphes illuminent de roses
Et de blanc. La pierre exhibe ses blessures
Nocturnes, crachat d’ocre et coulures

Du fer dans des vases de granit vert.
Glissement d’un être dans les roseaux,
Sa cassure aux angles, son cri retenu,
Sa discrétion de survivant, sa dimension.
Des enfants m’observaient en guetteurs
Fatigués des découvertes de l’enfance
Sur les traces de l’âge, regard d’un visage
Réduit à sa couleur. On entendait
Le commentaire fleuve des pilotes.
Quelle enfance voyage au bout de la vie,

O barcasse de papier ? Leurs petits chiens
Sentent le drap de lit et le parquet
Des bahuts. Un jour, un homme furieux
Balança son père hors de la maison.
Arrête ! cria le vieux. Arrête ! Moi
Je n’ai jamais balancé mon père plus loin que cet arbre !
Écrit Gertrude Stein pour commencer
D’écrire. Je n’ai jamais vu cet arbre
Mais nous n’avions pas de jardin, pas
De terre où hériter des arbres, rien

D’aussi précis que le décor romanesque
De cette anecdote. Ces enfants me regardaient
Avec des yeux d’habitants des seuils,
Ils vivaient avec des chats tranquilles
Et le chien menaçait de ne plus retrouver
Son chemin si on allait trop loin. Enfants
Sommaires du Code civil et des arrangements
Bibliques. Leurs gouaches ne valaient pas
Tripette mais ils avaient " compris " la leçon.
O maîtres de nos profondeurs psychologiques,

Que ne devons-nous à vos applications d’encre
Violette et à la bille fantasque de vos plumes !
Il fallait que vous leviez la tête au passage
Des arbres pour vérifier que nous n’y étions pas.
Nous étions plus haut, dans les niches des falaises,
Avec des traces préhistoriques sous la main
Et des histoires de marin dans l’imagination.
Vous n’avez rien deviné de cette attente.
Vous vous attendiez à changer le destin
Et vous auriez faibli s’il avait changé.

Nous avons guetté ces signes de faiblesse
Mais la vie n’a pas changé non plus
Et nous sommes de nouveau l’enfant
Que nous croisons dans un autre voyage,
Celui du recroquevillement poétique,
Le voyage de la surface aux profondeurs
Verbales, océan des mythes revisités
Et de la fable qui s’impose comme une passante
À l’attention de ceux qui se sont arrêtés
Pour attendre ce qui va se passer d’inattendu

Et d’arable. Poursuivant mon chemin,
Je rencontre de vieux monstres d’acier
Couchés ou encore dressés comme des vivants
Au travail de la terre blessée. Les poulies
Et les treuils, les engrenages, les paliers
Sont arrêtés aux angles morts des poutres
Composant les habitants du décor, carrière
D’argile aux fossiles brisés et des insectes
Tournoient dans cette rouille et ces éclats
De peinture. Plus haut la concasseuse

Impose une ombre blanche à la pente
Et la route s’achève en cassure d’os.
Un vieil Anglais remonte à grand-peine
Des ébauches de visages endormis
Comme des dieux fatigués d’avoir vécu
Aux limites de l’imagination des peuples.
Salut à l’Anglais aux mains calleuses
Et à son odeur de gin et de citron.
Demain ses statues recomposées
Se multiplieront dans les miroirs des murs.

Des chenilles surgies de la terre jaune abritent
Les petits animaux de l’attente. Un chapeau
De tôle jette de l’ombre sur des caisses vidées.
Cette accumulation De détails n’est pas la profondeur
Ni la surface. S’agit-il de l’attente ? Les museaux
Gris paraissent aux créneaux et s’agitent.
Une photographie trouverait les plans
Successifs et les retiendrait tous
Au lieu des deux ou trois qui fondent
La perspective des tableaux de peinture.

C’est l’attente tout simplement,
La vigilance croissante de l’homme moderne,
Sa circularité mentale, la vitesse acquise
À force de mouvement linéaire courbe.
L’acier ne contient pas le soleil
Et ses écailles de rouille et de peinture
Rejoignent la terre concassée sans histoire,
Sans cette infime parcelle de temps
Qui trompe l’attente pour donner l’écriture.

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