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PORNOGRAPHIE
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 Article publié le 5 mars 2017.

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Il y a dans l’étymologie de "pornographie" une bizarre confusion : le mot désignait initialement les écrits obscènes relatifs aux prostituées, chez les Grecs mais le mot "pornè", lui, signifie "femme", non prostituée.

La poésie a longtemps eu, avec la gravure, un rôle dominant dans la pornographie. Ronsard, Labé, ou Villon ont produit des textes généreusement obscènes, Malherbe les a suivi, la tradition court à travers toute la tradition littéraire. Elle a perdu son statut au profit de l’image, bien sûr, et des moyens de reproduction visuels nés à la fin du XIXe siècle, mais aussi de la prose, ce qui est plus attristant.

L’image est d’une concurrence déloyale. Jim Morrison en voulait beaucoup à l’oeil. La pornographie aujourd’hui n’est que secondairement associée à l’écrit. Une production importante existe certes, mais elle est liée à une frange minoritaire du public.

Sa qualité est généralement déplorable ; les auteurs, non valorisés, enfilent les lieux communs comme s’ils étaient payés à l’image grossière, ressassée cent fois et plus !

Le basculement vers la prose a commencé dès le XVIIIe siècle et l’édifice Sade reste inégalé dans l’expression du désir sous sa forme la plus complète, la plus radicale.

Le thème sexuel est entré dans l’art, dans la littérature avec la modernité. Ce qui était-un inavouable à-côté (les lettres de Verlaine à Delahaye au sujet des sonnets pornographiques écrits avec Rimbaud sont un délice à lire) devient une problématique littéraire à part entière.

Sans doute a-t-on perdu alors en plaisir pur, en simple désir de raconter et de donner à imaginer, ce qu’on trouve chez Apollinaire dans Les onze mille verges. Rien qu’à balayer les premières pages, on peut s’émerveiller des mille façons de nommer le sexe féminin qu’invente Apollinaire.

Le « porno » s’accommode mal de la pensée. Pourtant il sied à la poésie qui, elle, supporte très bien la pensée (on ne connaît guère de poète qui n’ait mûri longuement son ouvrage). L’invention de nouvelles formes de pornographie au sens strict (au sens de l’écriture) ne peut passer que par ce que Rimbaud appelait si justement « dérèglement de tous les sens », là où l’image exerce son excitation purement visuelle, toujours décevante.

Le langage pornographique lui ne peut décevoir car il n’imite pas : il représente. Là où l’image s’empare d’un seul canal, le langage s’introduit par tous les sens qu’excite l’imagination, « folle du logis ».

Le poème a beaucoup à gagner de la pornographie. En reprenant la place qui est la sienne, dans ce domaine, il rappellera à la société qu’il est constitutif de nos représentations. Et la société se structurera autour de la poésie comme elle se structure aujourd’hui (en des mains peu recommandables) autour de l’industrie audiovisuelle de la pornographie.

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