Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
ESPACES D'AUTEURS
Ces auteurs ont bien
voulu animer des
espaces plus proches de
leurs préoccupations
que le sommaire de la
RAL,M toujours un peu
généraliste.
Palais-Royal –Musée du Louvre – Porte de Versailles
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 12 mars 2017.

oOo

Si je perdais ma bibliothèque, j’aurais toujours le métro et l’autobus.Un billet le matin, un billet le soir et je lirais les visages. Marcel Jouhandeau

 

Le Jeune Mendiant, la Belle Jardinière, la Vénus de Milo, la Victoire de Samothrace, le Chat mort… Et l’incontournable Joconde… J’ai relevé dans le Littré le mot joconde, un joconde : homme qui cherche à se faire aimer et qui y réussit. Joconde, un personnage d’Arioste, de La Fontaine,d’Etienne et Nicolo… Les dictionnaires sont pleins de merveilles, alors cueille ! Le Louvre, ce grand livre que l’on feuillette, où l’on s’attarde parfois sur quelques pages… Le Food-Court Universal… Le Maroc, le Japon, le Liban,l’Italie, la Bretagne sur un plateau. J’ai dit : Pyramide ! Vous avez dit : Égypte !

PALAIS-ROYAL-MUSÉE DU LOUVRE Buren, noir, blanc, les colonnes… Des cippes ! Les sphères de Bury dans la fontaine. La troupe des comédiens français.J’époque Poquelin ! Je prends Racine ! Je baye à Corneille.Mauvais présage. Rotrou dans son trou de Dreux. La peste ! Quelle comédie ! Aujourd’hui décrié, demain encensé. Le drame de notre temps, c’est la mise sur le même plan deMachin et de Lautréamont, de Chose et de Proust, de Truc et de Mallarmé, de Mistanflûte et de Ravel, de Bidouille et de Picasso… Les mêmes étals, les mêmes étaux… Rien n’émeut, on n’a que l’émotion que l’on porte en soi. Je puise l’émotion enfouie dans mes origines, dans ma culture, dans ma propre histoire. Loin… Loin… Je comprends l’émotion du mathématicien qui sait ce que cache, ce que dévoile une formule. Le récit de l’entreprise qui permit de mesurer la circonférence de la Terre –gnomons et soleil– reste pour moi une des plus grandes émotions de mon adolescence.

TUILERIES Un château dans les flammes de la Commune. Un châ­teau sur une manufacture de tuiles. Catherine ! Catherine dans les jardins de Pierre Le Nôtre, grand-père de notre Le Nôtre, celui de Versailles, de Chantilly, de Vaux-le-Vicomte, lui même fils de Jean des platebandes de Louis

XIII. Présents du Passé. Quand même invita Minerva / Je rime/Va ma plume ô ma plume va/Et trime… La machine des Montgolfier s’éleva des jardins en 1783. Hé ! Robes-pierre ! Hé ! Rousseau ! Hé ! Coysevox ! Des voiliers, des barques, des bouts de bois… Des chaises… Hop ! Hop ! Hop là !

CONCORDE Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. Place de la Révolution. Dix dollars ! L’amende, c’est dix dollars ! Refuse de céder son siège à un Blanc… Signe ou fais une croix, Rosa Louise Mc Cauley Parks. Une couturière…Ah ! la belle statue, ah ! le beau piédestal, les vertus sont à pied et le vice à cheval. La statue équestre de Louis XV à la refonte.On savait chansonner dans le vif du sujet. On tranchait.

J’ai dit : Obélisque ! Vous avez dit : Égypte ! Les Champs-Élysées… Les Champs, comme on dit. Que d’âmes ! Entre l’Obélisque et l’Arc de Triomphe, de la colonne monolithe à l’Étoile, la campagne. Je change de direction. Mairie d’Is­sy… Issy-les-Moulineaux.

ASSEMBLÉE NATIONALE J’ai un métier… Un métier, un savoir-faire pour gagner ma vie. On me paye pour ça ! Plus je sais, plus j’apprends…C’est le métier qui rentre, tête de mule ! Plus j’apprends,plus je sais. Alors, t’as du métier ? Il est beau de ne prati­quer aucun métier, car un homme libre ne doit pas vivre pour servir autrui. Des fois, t’as de ces pensées ! C’est Ludovico Ariosto qui le dit. L’Arioste ! L’Arioste !… La Chambre des députés ! Ça ronfle, là-dedans ! Mesdames et messieurs,je vis aisément, je suis bien logé, choyé, je voudrais simplement partager avec vous ce poème : Dites les quatre Vérités / Où cou­rez-vous si court vêtues/Vous n’aurez dansé qu’un été/On ta­lonne on torture on tue… On talonne on torture on tue… On tue ! On tue ! On tue ! On tue !

SOLFERINO Une ville en 1859… La bataille de Solferino ! D’un côté,Napoléon III et les troupes franco-sardo-piémontaises,de l’autre, les Autrichiens. Les combats sont rudes. Ce carnage pousse Henri Dunant à créer la Croix-Rouge en 1863. En 1901, si j’ai bonne mémoire, il partage le premier prix Nobel de la Paix avec Frédéric Passy, le plus monstrueusement et dégoûtamment laid des hommes,aux dires des frères Goncourt. De l’huile sur le feu. Une huile sur toile, le Napoléon III à la bataille de Solferino de Jean-Louis-Ernest Meissonier, un des illustrateurs de Balzac. La gare d’Orsay, désaffectée, kafkaïenne, la voix d’Orson Welles dans les décors du Procès. Orsay, Orson…Orsay, le Procès… Séville… Quartier Triano, Kiosco de las flores, le portrait d’Orson Welles. Fritures et Manzanilla.Monumento a la Tolerancia d’Eduardo Chillida… Boudin, Nadar, Pissaro, Delacroix, Cézanne, Daumier,Morisot, Signac… L’Origine du monde. Seurat, Caillebotte, Guimard, le douanier… Le parvis… L’Asie de Falguière.

RUE DU BAC Je me jette à l’eau. Un bac pour transporter les parpaings des carrières de Vaugirard aux chantiers des Tuileries. Hi­ver 1827. La scène se passe dans la chapelle des Filles de la Charité. Catherine Labouré, petite paysanne, prie. Une femme, en robe de soie blanche, apparaît. On vend des médailles à la pelle. Pourquoi a-t-on attendu 1947, date de ma naissance, pour la béatifier ? Au 44, une partie de la Condition humaine y fut écrite. Madame ! Monsieur ! Je ne vous demande qu’une petite pièce pour… pour manger un morceau, pour ne pas coucher dehors, pour… pour rester… pour rester propre.

SÈVRES-BABYLONE La rue de Sèvres, un chemin qui conduit du carrefour de la Croix Rouge au Centaure de César. La rue de Babylone, un chemin… La Pagode… Matignon… La bande à Vel­peau ! Le Bon Marché est le premier grand magasin. Une cathédrale de commerce pour un peuple de clients. Le Bonheur des Dames… Zola. Et si je descendais à la prochaine ? La

station RENNES est fermée au public… La station RENNES est fermée au public… La station RENNES…

RENNES La station, fermée les dimanches et les jours fériés, fermée le soir après 20 heures. Jusqu’en 2004 ?

NOTRE-DAME DES CHAMPS J’ai soif. Menthe ! Grenadine ! Où vas-tu Socrate en ces temps qui courent ? À l’école. Je vais à l’école ! Un accor­déon souffreteux égrène des syllabes dans un air de Paris. À Paris dans chaque faubourg / Le soleil de chaque journée / Fait en quelques destinées / Éclore un rêve d’amour. À votr’ bon cœur m’sieurs dam’s ! À votr’ bon cœur… Pour la musiquette.

MONTPARNASSE-BIENVENÜE Welcome Fulgence ! Un tapis roulant. Ô muses musardes,ô muses muselées, ô parnassides ! Garçon, un montparno 19, un Modi, Modi, Modigliani ! Lorsque rechignent mes chimères / Que tu me cueilles dans Paris / J’ai ma frangine douce-amère/Ton lit de camp ton Campari… L’atelier de Bourdelle. Les tumultueux mardis de la Closerie des Lilas… Le petit cheval de Paul Fort… Les galeries marchandes…Les 120 000 tonnes de la tour… Le cimetière : Baudelaire,Maupassant, Sainte-Beuve, Sartre… J’ai toujours un rat dans ma nasse / Une poire dans mon cabas / Je vends des vues de Montparnasse / Et des pastels de Rosalba…

FALGUIÈRE Zazie ! Zazie ! Tu ne me remets pas ? Je suis Alexandre Falguière le sculpteur. J’ai quitté cette terre en 1900, en avril, mais tout de même. Je croyais que le temps n’exis­tait plus. J’ai des tableaux dans le réalisme. Né à Toulouse,mort à Paris. Le bronze… Le marbre… Le Triomphe de la République.

PASTEUR Le code de déontologie médicale. Hippocrate de Cos. Les urines, les selles… Le pouls. Des fruits et des légumes.Des figues, des amandes, des olives… La fameuse laitue qui rend l’oreille musicienne. Les travaux de Louis Pasteur. Tchin-tchin ! Santé ! Le style Mouton, le style Motte, tu connais ? Le style Mouton enragé ? Le style Motte pi­quée ? Les années 70. Le carrelage et la céramique Nord-Sud ? J’enrage, j’en bave, je suis vacciné avec une aiguille de phonographe !

VOLONTAIRES Mille mains tendues… Les pauvres et les morts sont égaux ! Une impasse élargie et percée. Quelle initiative ! Je retrousse mes manches. La ruelle volontaire, et de là, un sa­lut aux soldats révolutionnaires de l’An II. Les volontaires.

VAUGIRARD Une vallée prospère… Je roule dans une étable. Une voie romaine… Je vais de Lutèce à Autricum. La Grande-Rue… Chartres ! Paris ! Au 36 de la rue la plus longue de la capitale, un mètre-étalon reste de marbre. Je patauge dans le sang, Léo. Et quand il se fait tard / Le soir à Vaugi­rard/Y’a des chevaux qui crient/Je vous salue Marie… Les anciens abattoirs, le parc Georges-Brassens. Les senteurs du Jardin guident les aveugles. Je panique entre les quar­tiers de barbaque dans la halle aux chevaux. Je cours… Une lumière jaunâtre allège les taureaux de bronze de Caïn.

CONVENTION J’en conviens. Quand même invita Minerva/Je rime/Va ma plume ô ma plume va / Et trime… L’assemblée consti­tuante… République ! République ! Les wagons se vident petit à petit ou explosent.

PORTE DE VERSAILLES Je descends. Le Parc des Expositions. Les salons, les foires… L’Agriculture, le Livre… J’ai besoin de me dé­gourdir les jambes. Je m’en retourne à mon moulin. Il est tard. Je pense aux nuits de Restif de la Bretonne.

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2017 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Le chasseur abstrait éditeur - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

sarl unipersonnelle au capital de 2000 euros - 494926371 RCS FOIX

Direction: Patrick CINTAS

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS. - Textes, images, musiques: © Les auteurs ou © Le chasseur abstrait (eurl). - Logiciel: © SPIP.

Contact

Dépôt légal: ISSN 2274-0457