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6 novembre 1962
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 Article publié le 9 avril 2017.

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À Lyon, dans le cimetière de la Croix Rousse, une jeune femme se recueille devant une simple pierre marquée d’un seul mot, CRISTAL. En haut du bras doit, un brassard blanc marqué d´une croix rouge indique qu´elle est infirmière. Des larmes voudraient couler sur ses joues que couvre un léger fard de maquillage, voudraient seulement. Tétanisée, Marjolaine entend distinctement la voix d’un nounours pipe en bouche.

 -N’insiste pas ma belle, celui que tu aimes n’est plus de ce monde !

 Autosuggestion ? Paroles destinées à rompre sa volonté ? La petite tête de mule comme l’appellent souvent ceux qui la côtoie, n’y croit pas. Comment le commissaire Garoux a-t-il appris que son amour d’autrefois se battait au Vietnam ? Aucune idée, mais pourquoi ne pas lui faire confiance et...qui va pouvoir l’empêcher d’aller voir sur place ? Après tout, soigner un petit gars américain, n´est pas plus compliqué qu’un Français ou un Arabe. De ce pas Marjolaine décide de passer au consulat des États-Unis, très beau bâtiment des bords de Rhône, quartier on ne peut plus chic de Lyon, non loin du parc de la Tête d’Or.

 La tête de mule part en chasse. L’idée fixe gravée dans son cerveau pour ne plus penser à autre chose. De toutes ses forces…il n’y plus de camp, il n’y a plus de camp, il n’y…Et pourtant pour arriver à ses fins, il va bien falloir raconter une fois de plus…

 On va de prime abord la prendre pour une folle. Un officier américain en civil, parlant un excellent Français presque sans accent, longuement écoutera son incroyable odyssée en prenant quelques notes. Nul doute que les services spéciaux devront avoir copie de cette insignifiante conversation.

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 En cette même date du 6 novembre 1962

AuLaos, pays théoriquement neutre un homme ne se sent plus de joie en pénétrant dans une base militaire secrète de la CIA. Immense, entourée d’une la luxuriante végétation que la mousson revigore chaque année, elle n’est accessible que par une route mieux gardée que Fort Knox et une piste d’atterrissage qui y est aménagée, capable de recevoir les plus gros porteurs militaires Aérodrome inconnu, nulle part indiqué sur les cartes officielles. Pourtant entre 200 et 400 vols quotidiens n’y sont pas enregistrés.

 Deux détails inquiétants. Le congrès US ignore totalement l’existence du lieu en question et, à part quelques rares initiés, l’ensemble des hommes se croient au Vietnam Sud ! Le développement de la base clandestine de Long Cheng nécessite des sommes colossales...obtenues par le trafic d´opium et rapidement celui de l´héroïne, beaucoup plus rentable !

 Un certain Franck, acoquiné désormais officiellement avec la CIA, connaît la réalité, du moins une partie. Reclus de choix pour l’agence d’information américaine. Sans scrupule elle utilise encore ce jour sous sa cupule, des ex-tortionnaires nazis (dont Klaus Barbie, le "bourreau de Lyon"). Bof, tout comme les scientifiques yankees qui ont récupéré bien des éminents professeurs allemands...

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  Non, il n’a pas voulu du prénom de François, le Franck désormais s’appelle Patric. Cela sonne bien. Martin comme nom de famille n’est pas très original, mais là où ses pas le mènent, personne ne va s’en plaindre.

  Patric Martin, dument accrédité d’une carte de presse est un reporter français.

 Un journaliste à cent mille lieus d’une mère patrie qu’il a reniée depuis longtemps, à des années lumière de l’idée qu’un homme pouvait être bon. Une machine rompue à toutes les épreuves et qui va découvrir un sentiment ignoré jusqu’à présent. L’amour. Et d’une forme tellement contraire à tout ce qu’elle a supposé sur ce sujet resté inconnu pour elle…

 Il s’en était tenu pour le moment à de nombreuses conquêtes, rapidement oubliées, et où la plus petite once de sentiment ne l’effleurait même pas. Dés qu’une partenaire évoquait la possibilité d’aller plus loin qu’une simple relation charnelle il rompait avec une brutalité qui choqua pratiquement toujours. Un goujat, un abominable personnage, voila ce qu’a toujours pensé la gente féminine de lui. Avec raison et il en était conscient. Un total manque de scrupule dominant toute autre forme de relation, il n’a laissé derrière lui que la haine ou parfois le dégout. Sans que cela ne l’affecte le moins du monde.

 Sur le terrain, monsieur Martin s’aperçoit rapidement que ses connaissances dans les différents dialectes locaux sont nettement insuffisantes. Et celui qui maintenant se propose pour faire office de traducteur ne coutera grand-chose à la « Company » disposa nt de fonds pratiquement illimités. L’homme est grand, probablement un métis issu de ces innombrables relations, pas toujours consenties, entre les femmes des multiples ethnies laotiennes et un combattant pendant la guerre d’Indochine. L’homme possède une étonnante aisance dans son Français où ne perle qu’un léger accent. De lui se dégage une aura jusqu’alors inconnue. De lui émane une force tranquille qui maintient ses traits toujours apaisés et affichant un sourire presque perpétuel, loin de sembler feint.

 À sa propre stupéfaction, le faux journaliste, le faux américain, le faux juif, le vrai sale type empli de méchanceté, regarde en face de lui un homme hors du commun. Pour la première fois de sa vie il trouve la beauté. Et il va aimer à en retrouver son âme perdue.

 Leur étrange relation ambigüe tourne bientôt à la passion pratiquement incontrôlable…pas pour tout le monde. Aussi forts soient les spécialistes yankees du renseignement, aucun n’a décelé l’homosexualité bien cachée de ce malin Français. Chez l’ennemi Viêt, apparemment la vision a été beaucoup plus réaliste. Et l’agent chargé de manipuler ce cochon d’espion minable fera bien sont travail.

 La mission du Français était de repérer les routes, chemins et pistes d’infiltration de combattants du nord allant attaquer le sud-Viêtnam. Cette fameuse piste Ho Chi Min aux multiples ramifications que des nuées de forteresses volantes allaient pouvoir bombarder nuit et jour. Pourquoi les Américains ont –ils également décidé d’anéantir la Plaine des Jarres, une région entière du Laos ? Peut-être pour essayer leurs nouvelles bombes, peut-être dans l’ intention de supprimer une grande partie des sources de ravitaillement de l’ennemi…Qui un jour osera répondre à cette question ?

 Au premier de l’an 1970 , le bel interprète persuade Frank allias Patric que lui aussi veut rejoindre les rangs de la Liberté, que tous les communistes de la Terre entière lui semblent abominablement dangereux et que sa parfaite connaissance de la région servira une politique plus humaine. Les Viêts introduisent leur espion, une nouvelle pièce dans la machine de guerre US. Un rouage qui par crainte de se voir démasquer se suicidera intelligemment moins de six mois plus tard. Simulant un malaise au volant d’une jeep, il foncera vers un à-pic, laissant juste le temps à ses passagers, dont un Français horrifié, de s’éjecter avant l’accident…

 Des années vont passer…

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