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Une vague de chaleur
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 Article publié le 23 avril 2017.

oOo

L’obscur limon m’obsède, se lamentait la rivière asséchée, un lit de pierre pour toute assise.

A l’eau courante manquait de charrier les limons jaunes, au limon manquait l’eau furieuse qui dépose, étale et fractionne.

A la rivière manquait d’être une rivière.

Deux rives ne font pas un cours d’eau.

Deux rives ne dérivent que d’un cours ferme et continue.

Comment une chose aussi abstraite que l’espoir pouvait-elle encore habiter le cœur des hommes en des temps aussi lumineux ?

Les ponts étaient devenus plus utiles que jamais en cette période d’extrême sécheresse où tout s’engourdissait. Ils offraient un peu d’ombres aux rares survivants qui se risquaient encore à pérégriner à la recherche d’on en sait quoi.

Une chaleur sèche, une haleine brûlante pour toute ambiance, une chaleur vraiment bestiale semblait même s’en prendre à elle-même, comme un chien pris de rage mord tout ce qui bouge, comme si le pays avait basculé dans la blondeur aride du désert, à ceci près que le désert hésitait sur la direction à prendre, lévitait dans l’air entre terre brûlée et cieux céruléens.

Un voile blond et bleuté flottait dans l’air saturé. Partout où subsistait encore un peu d’humidité, on voyait nettement l’air se convulser. Les derniers nuages achevaient de disparaître à vue d’œil, de plus en plus déchirés, masses ténues que plus rien ne retenait, livrées qu’elles étaient au bombardement des rayons de l’air surchauffé.

L’air, si l’on pouvait encore parler d’air, était devenu irrespirable, sans une once d’humanité un tant soit peu en mesure d’en contenir la sécheresse démoniaque.

Gestes et paroles des hommes s’engourdissaient, tendaient vers zéro mouvement, toutes langues empâtées par une soif torturante.

Agoras et forums désertés, marchés aux fleurs réduits à néant, autoroute à l’asphalte bouillonnant, réduits pour l’heure à l’état de noirs marigots de poix fondue.

Le sable des sabliers était brûlant, les horloges municipales mollissaient puis fondaient comme beurre au soleil, ne restaient fermes et fières que les aiguilles des horloges solaires dont les heures languissaient.

Dans les premiers jours, les écoles et les administrations avaient résisté à la vague de chaleur. Elles avaient fini par disparaître corps et bien. Ni maîtres ni élèves n’avaient survécu. S’en était fini de tout savoir balbutiant.

Ne restait sur la surface de la terre brûlante que la nudité d’une évidence sans mots qui achevait de se consumer.

Dans le monde souterrain, on s’activait. J’aimais ce monde qui se consumait sans flammes. Les eaux furieuses attendaient leur heure, tapies dans les profondeurs. Nous étions devenus tous et toutes des nains amphibiens attendant le moment de refaire surface à l’air libre.

 

Jean-Michel Guyot

17 avril 2017

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