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 Article publié le 30 avril 2017.

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Ah la route est longue qui mène à ton château, et tortueuse et cahotante, belle de jours, et tes nuits sont loin de m’être acquises, et ton chaos dans la nuit affolée !

Au fond qu’importe !

Avec toi, j’aurai mâché et remâché trop de « Plus tard, qui sait ? » et de « Qui-sait, un jour peut-être ? », ce fourrage insipide, même pas des plantes médicinales, pour entretenirencore et encore le moindre désir de poursuivre ma quête impossible.

Ton Graal ne brille pas, même de loin, et le sang versé du Christ m’indiffère.

Je m’en tiens à ce constat tout simple : tu aurais eu tôt fait, si je n’y avais pris garde, de me transformer en paisible ruminant, un de ces placide bovidés qui broutent dans nos prés inlassablement puis ruminent tranquillement le temps de digérer leur maigre pitance.

Certes, j’en ai connu un qui nous conseillait de ruminer longuement nos pensées, mais il s’agissait de pensées fortes difficiles à ingérer puis à digérer, tant elles étaient susceptibles de modifier le cours habituel de nos réflexions brûlantes et fécondes. Il faut de l’estomac parfois, surtout après avoir marché de longues heures en solitaire.

Avec toi, c’est l’inverse qui menacerait de se produire, si je continuais à ruminer : je tomberais dans une sorte d’ivresse creuse engendrée par le vide abyssal de mes désirs coupés de toi, mer absente dont je n’entends pas même un cri de mouettes rafraîchissant. Je me gâterais l’estomac, ulcère garanti !

Tu n’es pas saline mais stérile. Insipide, je te laisse à tes émotions enfouies. Tes mines ne riment à rien dans les poèmes qui s’écrivent. Ni louve en chaleur ni déesse que voile une pudeur astrale, tu n’es même pas une femme digne de ce nom. Aucune émotion ne franchit le seuil de ton logis. Aucune fée ne veille sur toi, la folie même a fui ta demeure de verre. On voit en toi comme dans un miroir, tu ne reflètes que les autres.

Je te laisse à tes parages et tes frontières indécentes, tes mines renfrognées ou tes sourires ambigus.

Libre à toi de fasciner un lièvre ou deux sur la lande. Je préfère de loin l’âpre demeure du feu, la compagnie agile des anges, les langues de chat du poème à tes tergiversations d’hypocondriaque de l’amour.

Je ne doute pas une seconde que ta retenue soit informée par une longue et douloureuse série d’expériences malheureuses, mais n’étant comptable ni de tes choix dans une vie antérieure ni de tes affects présents, je m’évapore, préférant à ta froideur de louve la chaleur de mes poèmes ouverts aux quatre vents.

De l’air, de l’air, enfin, et libre avec ça !

 

Jean-Michel Guyot

17 avril 2017

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