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Le parapluie rouge de Patricio Sanchez - par Bernard Teulon-Nouailles
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 Article publié le 7 mai 2017.

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Le parapluie rouge de Patricio Sanchez - Éditions Domens, 2011

 

Au début du XXème, Apollinaire et Cendrars célébraient la gloire de l’Esprit nouveau dans un cadre urbain et une finalité cosmopolite avouée. Ils en célébraient les vertus et les modifications formelles qu’on lui supposait : mouvement, impact visuel de l’image, poésie citadine du quotidien.

Poète de notre temps, du XXIème en l’occurrence, Patricio Sanchez est partout chez lui dans le monde, devenu moins cosmopolite que mondialiste, à Prague comme en Angleterre, dans sa Camargue d’adoption ou en la ville lumière célébrée par ses nombreux confrères et prédécesseurs.

Loin de son Chili natal, constamment évoqué, c’est dans notre langue qu’il a posé sa valise (« en cuir de Patagonie »), titre de l’un de ses poèmes, laquelle « connaît toutes les gares du monde », et son parapluie rouge qui donne son unité – et son illustration de couverture – au recueil.

Langue qu’il utilise simplement (« Il pleut maintenant/Dans les rues d’Avignon »), et c’est sans doute ce qui nous la rend si proche ; derrière l’exilé et poète chilien, se découvre un homme comme tout le monde « qui est arrivé trop tard à tous les rendez-vous ». Langue aussi universelle des poètes, les poches trouées et la vie comme festin de Rimbaud, Neruda, Vallejo, Maïakovski ou Paul Celan.

Patricio Sanchez fait partie de cette lignée qui va de Baudelaire aux chantres de la poésie urbaine, en passant par Apollinaire ou les surréalistes. La ville est pour lui source perpétuelle d’étonnement, de rencontres (une femme sur un banc qui lit du Whitman), de confrontation permanente à la réalité brute (« « Quelques mouches s’en prenaient sauvagement/A ta solitude/ Et dévoraient tristement ton Camembert »).

Les textes en vers libres de ce recueil, de plus en plus longs, de plus en plus aboutis, se permettant pour couronner l’ensemble d’oser humblement faire une satire d’un pays d’accueil (« Sa majesté la reine/Pour l’agréable séjour offert à un de ses hôtes » - il s’agit en l’occurrence de Pinochet), preuve que l’exilé se sent de mieux en mieux intégré au vieux continent qui l’adopte.

Au demeurant, l’ensemble du livre se lit agréablement, on est ici loin d’un hermétisme certes profond mais souvent décourageant au bout de quelques pages. Chaque poème est comme une halte où poser sa valise, du côté de la place Clichy ou auprès d’une « vipère » goulue, avide de baisers (« et mon corps s’est vidé comme un véritable colis postal »), qui avait ensorcelé le poète « à l’aide d’un œil d’hirondelle de passage ».

L’exilé chilien attise en tout cas la sympathie au point de nous désolidariser de nos semblables naguère si peu accueillants (« Personne ne nous dit « bonjour »/ Dans ce jardin du Luxembourg »). Car il nous rend le monde transparent. Nous le restitue tel que nous le voyons plus : « Les nuages de cette ville ressemblent/Etrangement à l’œil d’un moineau. » Sa poésie est ainsi limpide comme une eau de pluie qu’il recueille précieusement dans son fameux parapluie rouge.

Bernard Teulon-Nouailles

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