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 Article publié le 28 janvier 2018.

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Comme dans un film bien connu avec Coluche, on pourrait se demander entre nous « Vous en êtes ? » « Tout le monde en est ici »… Et oui, beaucoup d’aspirants et peu d’élus. J’ai vraiment lu des romans qui étaient pure bouillie, mélange de styles devenus méconnaissables, soi-disant « best-sellers », sans doute grâce à leurs antécédents littéraires, et il est vrai qu’avoir un background en écriture sera toujours un grand plus pour se démarquer, car c’est à ce niveau que se situe le choix, le premier abord avec l’œuvre, sans se soucier du contenu, ou très peu. Je reste humble, mais j’ose espérer que je ne me raconte pas d’histoires avec ma prose et que j’ai ma place dans ce milieu élitiste. Il y a les grands écrivains, et les autres ; les uns en vivent, les autres non. Attention, ne pas en vivre ne signifie pas la médiocrité, mais dénote d’un manque de visibilité, de lecteurs qui préfèrent s’assurer de la qualité d’un roman en le choisissant selon la critique par les médias, selon un nom bien rassurant sur son contenu, gage d’évasion facile. Mais tout lecteur n’est pas critique, et pour ma part je passe un temps infini à choisir ma prochaine lecture, sans être influencé par les « top 10 » mais par la lecture des premières pages qui sont l’exergue, la carte d’identité du romancier et de son œuvre. Qualité prévaut sur quantité, et pour ma part j’ai lu découvert d’obscurs auteurs qui restent parmi les meilleurs que j’aie jamais lus, sans m’empêcher de lire des best-sellers, mais plus rarement, car ils ont tous les mêmes grosses ficelles destinées à endormir le lecteur avec des fioritures stylistiques, qui agissent comme une berceuse, et ne demandent pas d’effort de compréhension poussé, tout juste bons à être lus sur la plage pour se détendre sans prise de tête.

Je n’aspire pas à voir une de mes œuvres devenir un best-seller, mais je crois que je suis trop humble, car en toute honnêteté j’ai écrit des ouvrages bien meilleurs que certains grands tirages, alors j’espère connaître le succès afin que ne restent mes écrits vains et que justice soit faite – et que le lecteur se délecte de ma prose, récompense ultime qui prévaut sur l’aspect financier de l’affaire. Tant d’étapes dans l’édition d’un roman… Multiples relectures, corrections, relecture définitive, mise en page etc., ce qui représente une étroite collaboration entre l’éditeur et l’auteur pour arriver à présenter un roman qui ait ses chances auprès des lecteurs, et ce dans tous types de points de vente car non, il ne faut pas cracher dans la soupe, et le succès n’est qu’une rencontre fortuite entre un auteur et son lectorat, qui peut se faire par promotion, bouche à oreille, présentation dans une émission télévisée pour les mieux nantis, ainsi que dans les rubriques dédiées de journaux à grand tirage : on ne peut faire mieux pour acquérir un lectorat. Un roman peut aussi connaître un faible succès, puis par la suite défrayer la chronique selon les mains par lesquelles il passe, si le fond et la forme sont en symbiose et trouvent résonnance en une ou plusieurs dizaines, voire centaines de lecteurs qui vont grossir exponentiellement et faire le buzz, soit un succès fulgurant comme l’ont connu certains auteurs. L’importance de la critique ne doit pas être négligée, car en bien ou en mal un roman doit faire couler de l’encre, comme il en a lui-même fait couler par le truchement psychologique de l’auteur qui n’est qu’une antenne à sentiments et l’interprète de faits remarquables, imaginaires ou pas, et qui, selon la forme et le fond adoptés, vont émettre un signal positif ou négatif, sous forme de succès ou d’échec, d’originalité ou de manichéenne facture, soumis au grand mystère de l’édition, mythe de l’écrivain à succès fringant pour les novices, yuppie des temps modernes, qui habite une demeure de charme avec femme et enfants dans une ambiance sucrée de joie et de réussite, et peut se targuer d’avoir réussi… Mais au fond, qu’est-ce que la réussite, sinon la rencontre entre la voix de l’auteur et sa réception par le plus grand nombre, avec une touche d’universalité qui séduit et, par là-même, fait vendre et lire les amateurs friands de nouveauté, d’originalité pour couper les ponts avec le réel le temps d’un chapitre, puis d’un autre, et ce jusqu’à la fin, qui détermine si oui ou non ils suivront à nouveau, à travers une autre œuvre, cet écrivain céleste qui communique avec un au-delà éthéré, crée avec les Anges -la part des anges en quelque sorte-, pour tirer la quintessence de ces rencontres magiques, surnaturelles, et en honorer le lecteur, et, peut-être, écrire un jour un roman d’exception qui défraye la chronique, et touche la majorité, le plus grand nombre de lecteurs dans le monde entier, pour leur seul plaisir… Car l’universalité se joue des perceptions communes, les entraîne dans un univers original et les fait traverser un espace temps grâce aux émotions suscitées, au dépaysement temporel, formel, jusqu’au mot FIN, fin du roman, mais pas de l’inspiration qui, pour ma part, me permet d’avoir un roman d’avance à travailler lorsque les dés sont jetés, alea jecta est, et que je suis, peut-être, on the road to fame, mais pas au bout de mes efforts constants car je peux toujours faire mieux, avec beaucoup d’inspiration et encore plus de travail, CQFD.

 

Je tente de faire passer un message aux lecteurs de cette rubrique afin d’allier l’unité de l’écrivain, son univers solitaire à l’universalité, qui se paie d’efforts littéraires, de sublimation du quotidien, de dogmes à établir dans l’optique de ma propre opinion qui, si elle est adoptée, ou du moins considérée sera pour moi synonyme de succès, de dialogue avec mon lectorat s’il en est, pour être capable de discerner l’horizon vers lequel voguer, si ce n’est sur le succès, mais en tout cas en gardant le cap quoi qu’il arrive, la plus grande satisfaction que de rallier des humains, fédérer un groupe à ma cause, qui deviendra alors notre cause, et ce n’est qu’avec le succès que je pourrai représenter mes idées, parangon de ma vocation littéraire impliquée, avec le soutien de tous ceux qui y adhèreront, et aller très, très loin sur la route du paradis littéraire, qui n’est en fait, tout simplement, que l’expression d’une volonté de communiquer à tout prix avec des mots parfois banals mais signifiants, pour mettre en exergue le signifié recherché, étape ultime sur cette voie, non la panacée mais ce qui s’en rapproche le plus : la communion.

 

Néanmoins, l’auteur ne doit pas écrire dans l’optique d’avoir du succès, de s’enrichir facilement avec un coup de chance, car il s’agit d’un miroir aux alouettes, d’un cliché galvaudé, ou seul le moindre petit succès, la plus modeste parution est un pas de plus vers le résultat escompté. Pour les novices, pas de nègre ni de collaborateurs voués à l’amélioration et la correction du roman – je n’ai plus ce problème grâce à mon éditeur-, seulement la réalité du milieu littéraire, vaste compétition pour se faire une place au soleil, avec des inégalités dès le départ. Pour un self made writer, un pied dans la porte de l’édition permet une plus grande liberté une fois sa cause acquise, et de faire connaître son œuvre, son univers, qui ne cesse de s’accroître, et de toujours avoir la curiosité, la fraîcheur, la rage d’exprimer l’indicible justesse, d’assembler des mots pour assurer l’infinie progression d’une aventure avec ses partenaires s’il en a, et surtout, surtout, être prêt à devenir un bourreau de travail, penser, vivre écrivain, accepter d’avoir en tête, jour et nuit, des fulgurances, des pensées tournées vers son roman, de noter la moindre idée, et avant tout de passer des heures face à son écran, à jongler avec les mots, cascades linguistiques, métaphores, allitérations, analepses et autres procédés stylistiques qui cimentent le récit, dans la vaste cage aux lions qu’est la scène littéraire où, même si chacun y à sa place -une place-, son identité, seuls les plus inventifs, pertinents, impertinents, novateurs, originaux se démarquent et font briller les yeux des lecteurs qui, le soir venu, confortablement installés dans leur lit, sous le halo lumineux de leur lampe, se délectent de ce rendez-vous rituel avec leur prose lumineuse et fraîche comme un ruisseau de montagne en plein été, suspendus aux mots, comme au ruissellement cristallin, en pleine communion avec la voix de l’auteur, mélopée qui les transporte loin d’un quotidien parfois morose : la lecture permet une transfiguration salutaire ponctuelle, nécessaire à l’être humain pour garder intactes ses illusions de liberté, de possibilité d’un monde différent, trépident et aventureux ou cosy et glamour, et alimenter ses rêves, ceux-là même que seul un artiste accompli peut remplir de doux espoirs, de lendemains chantants, de page en page…

 

To be or not to be… Telle est la question. L’écrivain n’existe-t-il qu’à travers ses romans ? Vit-il par procuration ? Il faut comprendre que son imaginaire est prépondérant dans sa vie, et pour ma part j’arrive à dissocier mon quotidien de la fiction que j’invente : même si, comme tout auteur, mes écrits sont influencés par mon vécu – sentiments variés et ce dans la réalité ou au quotidien, à la télé, entre amis, avec sa femme- il y a une grande part de sublimation de la réalité dans mes romans et donc une part de subjectivité et d’objectivité, car si j’affirmais avoir vécu tout ce que j’ai narré je serais sans doute un mythomane patenté, mais alors, me direz-vous, d’où me viennent toutes ces idées ? Je pense à Stephen King, maître incontesté du roman fantastique, qui disait pour se mettre en condition « que se passerait-il si… ? » et je trouve cela très représentatif. Pour ma part, pas de tels romans, plutôt des romans de société assez trash, des comédies de mœurs souvent interlopes, dont les détails sordides proviennent de ma propension à imaginer ce qui peut se faire de pire dans la vie d’un humain au cœur de la société dont nous avons tous connu de tels passages, mais pas à ce point, et c’est là que l’imaginaire de l’écrivain revêt l’importance capitale d’une machine à disséquer, observer, imaginer le comportement humain dans ses pires dérives possibles, pour procurer au lecteur des frissons d’incompréhension, de rejet, le choquer, l’amener sur mes terres luxurieuses. Etre, donc. Être écrivain. Ecce Homo, voilà l’homme, un homme avec son imaginaire fertile, ses romans, mais aussi sa vie propre, de laquelle il tire ce qu’il a vécu en société pour alimenter sa faconde, et le pervertir juste pour voir ce que peut inspirer l’horreur de situations abjectes, de sentiments obscurs, de la part ténébreuse de l’homme chez son lecteur, qui recherche précisément à être dépaysé, vivre des situations insupportables par procuration, pour le plaisir de laisser son quotidien banal de côté et s’infiltrer dans les contrées désolées de l’âme en perdition des héros de mes romans, éprouver des sentiments exacerbés par l’approche de ce dont l’être humain est capable, pour le meilleur comme pour le pire, cerise sur le gâteau de l’imaginaire commun qui prend là ses lettres de bassesse et d’horreur, ne serait-ce qu’en imaginant ce qu’il lit et en ressort touché, troublé, empathique avec le ou les héros et terrifié par ce qu’il leur arrive comme une véritable désillusion sur le « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », trop proche d’un univers marginal qu’il n’aurait jamais dû ou voulu approcher – d’où les sensations éprouvées au cours de la lecture qui se fait miroir des pires cauchemars du lecteur, et la légitimité de l’auteur, vecteur de sensations fortes entre la réalité et l’imaginaire…

L’écrivain… Un être solitaire le plus souvent, même en société, très sensible, qui regarde autour de lui, absorbé à absorber visuellement et auditivement, intégrer des scènes de vies pour s’en servir et par là-même acquérir une véracité palpable dans ses œuvres, car que ce soit de la poésie ou du roman, les images évoquées doivent interpeller, surprendre, interloquer, fasciner, être féériques, bref apporter un regard neuf sur la société qui l’entoure, mais à laquelle il ne participe que peu si ce n’est à travers ses vers et chapitres. Il porte en lui un don qui l’entraîne à appréhender l’indicible, ce que tout le monde a sur le bout de la langue et lui permet d’attirer le lecteur grâce à son originalité, ce je-ne-sais-quoi de pertinence qui interloque, permet à tous de redécouvrir le quotidien, lève des barrières, fascine, crée des univers lumineux ou sombres, voire les deux, et met en scène l’humain dans ce qu’il a d’unique en soi, mais aussi en commun avec la société, avec un rôle omniscient et un don d’ubiquité imprescriptible, celui de vivre sa vie secrètement tout en se répandant dans le monde réel, non fictionnel, avec son style, son genre, sa forme et son fond, qui au final relève de la psychologie humaine, voire parfois de la psychiatrie dans les cas les plus extrêmes – car comment expliquer certains travers insupportables sans une connaissance minimum de l’âme et ses dérives, de l’extrémisme sentimental sans les avoir, à un moment ou à un autre, observés, vécus, assimilés dans son grand classeur mnémonique à rallonge, éclectique et percutant pour faire d’une banale histoire une œuvre remarquable mais pas forcément remarquée. Tout est dans tout. Y compris moi. Ecce Homo, a dit Ponce Pilate, et Ecce Homo, relate la critique intemporelle, universelle de ceux qui condamnent avant de juger, de vivre, tout simplement, leur propre vie sans s’exposer, au risque de passer à côté d’une existence bien remplie, si ce n’est conditionnée, focalisée sur les défauts des autres sans chercher leurs qualités, critiquant le signifié au détriment du signifiant.

Comment oser se dire écrivain sans y mettre son âme, ses idées, ses tripes, s’exposer mais travesti par les idées qu’il exprime dans ses œuvres, comme si on pouvait lui attribuer tous les défauts, les travers sans chercher à comprendre pourquoi il exprime ici et là des images choquantes, positives ou négatives, alors que son seul but est de faire prendre conscience à tout un chacun que ce qui l’entoure a de multiples visages, en privé ou en public, chez les riches comme les pauvres, les sages et les fous – je pense ici au chanteur Damien Saez, dans sa chanson « Jeune et con », où il est question « d’être jeune et con puisqu’ils sont vieux et fous, (…), puisque des hommes crèvent sous des ponts, mais ce monde s’en fout(…) puisqu’on n’est que des pions contents d’être à genoux, puisque je sais qu’un jour nous gagnerons à devenir fous…. » dans laquelle il met en exergue avec une cuisante prise de conscience que chacun mène sa vie égoïstement, au détriment de l’empathie humaine, de l’humanité au sens propre, sans se soucier de faire évoluer les mentalités afin que la société ne soit plus gouvernée que par de vieux énarques déconnectés du réel, de notre réel, nous, citoyens lambda, enivrés par des trompe-l’œil, des pis aller, des cataplasmes sur des jambes de bois, occupés à se divertir quand ses pairs meurent de froid sous un carton, déshumanisés, trop intéressés par notre confort, notre pouvoir d’achat, par des idéaux que l’on nous fait miroiter pour cacher « ces seins que l’on ne saurait voir » - et que tout un chacun n’est pas à l’abri d’une mésaventure due à certaines lois iniques, comme se retrouver…sous un pont. Se battre contre la société de consommation revient à se battre contre des moulins à vent bien trop entraînés dans leur course folle par la propre folie des humains qui les fait converger vers des centres d’intérêts restreints et les empêche de trop penser, ce qui pourrait les amener à se rendre compte qu’on nous prend pour des merdes du haut de la grande tour d’ivoire du gouvernement si on oublie pour un instant seulement notre petit confort, nos rêves de merdes qui ne servent à rien, à part s’enliser dans une indifférence confortable, une politique de l’autruche tant que l’on n’est pas soi-même impliqué dans les dégâts collatéraux des lois qui régissent la république et nous privent de nos droits civiques, de ce que l’on prend pour acquis, et nous plongent dans des enfers humains, profondément choqués par une kaléidoscopique chute dans les bas-fonds, vertigineuse et vénéneuse pour l’esprit et le corps, trop spoliés pour pouvoir réagir au pied du mur avec des lamentations inaudibles…

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