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Un Noël à Saint-Barth avec la momie de Johnny Hallyday – de Socrate à Aristote, mais pas plus loin
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 Article publié le 25 février 2018.

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Le « chromo », Professeur Y ... le « chromo » ! rideau de fer, pas fer !... foutre des régimes !... Saint-Sulpice partout ! kif belles-lettres ! musique ! peinture ! la morale et les bonnes manières ! « Chromos » !

 

Thèse :

MONOS — Pendant qu’élus et médiatistes (je n’ai pas dit politiciens ni journalistes), les deux espèces les plus détestées des Français, se livrent au spectacle des hommages de l’État (je n’ai pas dit la nation) rendus à des faussaires de la chanson et de la Pléïade, nous retournons dans le trou ou dans l’athanor pour rendre visite aux grands morts de notre véritable mémoire : Jean Ricardou et Michel Butor dernièrement.

Il y en eut d’autres sans doute dont seul l’avenir parlera, s’il parvient à élever sa voix dans le concert des achats et des ventes qui piétine joyeusement l’esprit humain aux prises pourtant avec les promesses de la science, les visions philosophiques et les projections artistiques. Les cons ne sont pas mécontents de ne pas avoir à tourner la manivelle de la machine à décerveler et d’avoir ainsi le loisir de laisser libre cours à ce qui les caractérise le mieux.

À Paris, on balade des cercueils vides de sens. À la fin, ils prendront l’avion pour se faire oublier dans une île tout de même moins éternelle que la Marquise ou ailleurs dans le patrimoine hérité d’une Histoire à dormir debout.

Et Noël approche à grands pas bottés. On va vendre des CD, des mp3 et des livres, sans compter les ordures princières de la presse à magazines. Les chiens de garde veillent au grain.

L’année se termine en goguette, exactement comme l’année dernière, sauf que le président de la raie publique est nouveau ; l’ancien, à cette époque finissante, prenait la tangente dans son carrosse, laissant la place à quelques pitres, dont un charlatan.

Je me souviens, étant gosse ou adolescent selon l’humeur, d’avoir assisté au spectacle des contestations et même quelquefois des révoltes déduites des peurs du temps : le feu atomique, la misère du travail puis celle du chômage, le crime colonial et ces petits cons de bourgeois aux blousons noirs, dont ce tartuffe de Johnny qui cassait des bagnoles de prix et des sièges populaires sans se douter qu’il deviendrait après sa nuit d’agonie un « roman français », un « héros national », un « exemple pour la jeunesse »… Le discours présidentiel était un tissu de conneries et d’hypocrisies. Ça en dit long sur sa sincérité et sur la qualité de ses fréquentations intellectuelles et mondaines.

« Fallait avaler, nous disaient les vieux. Et ben au lieu de ça, on s’est fait enculer. Et ça a fini par sortir de la bouche à la place de la langue. »

La métaphore n’est certes pas aussi poétique qu’une extase pindarique, mais elle dit bien ce qu’elle dit. D’ailleurs de nos jours, on se fout bien de comment on le dit pourvu que ce soit dit. Et là je parle de ceux qui disent, même traversés par la poutre nationale. Je parle pas des autres, ceux qui parlent la même langue mais seulement pour que ça continue comme c’est et même mieux. Je parle de ceux qui ne trouvent pas leur place dans la société.

C’est ainsi : on a beau être tous égaux dans la mort, avec ou sans douleur, rien ne va plus sitôt qu’il s’agit de tenter de l’être en société. « Ya ceux qui sont d’accord et ceux qui sont pas d’accord. Et en principe, ceux qui sont d’accord sont non seulement des cons mais aussi des putes de la pire espèce. Quelle élite ! »

Autant savoir dès le plus jeune âge que quand on n’est pas d’accord, on peut faire une croix (avec ou sans jésus) sur l’égalité avec les autres qui sont d’accord. Il faut vivre avec ça. Vous saisissez l’enfant par les oreilles et vous lui expliquez ça. Après quoi il est d’accord ou pas d’accord. C’est comme ça que ça marche.

J’ai écrit quelque part « le silence est la propreté du langage. » Ce qu’on m’a félicité pour avoir écrit ça ! Ah ! Qu’est-ce qu’on écrit comme conneries quand on se prend pour un poète ! Maintenant j’écrirais autre chose, dans le genre : « le silence c’est de la merde ! Gueulez pour vous faire entendre et non pas pour crier votre douleur ! »

C’est que je suis au balcon. J’en vois des auteurs ! Des vers et des pamurs. Rarement de quoi s’en mettre sur la langue. Et ça se pavane façon Johnny : « Que c’est moi que j’écris que je chante que je t’aime ! » Chaque fois que je l’ai vu à la télé, j’ai observé un crétin intellectuel avec des fils aux articulations et sur la langue. Et aussi enculé que n’importe quel autre citoyen du genre je suis d’accord vous inquiétez pas.

Ah ! Ça m’aurait bien plu d’entendre le macron Noël en baver un peu sur le compte de Butor ou de Ricardou ! On aurait hissé un drap de lit à la place de ce drapeau en forme de Ricard un jour de quille.

Mais une fois de plus, c’est le papa Noël qui va chier dans ma chaussette une flopée de petits innocents à qui on n’a encore rien expliqué. Ils savent déjà tout de la mort et même jouent à s’entretuer, mais question société, ils ignorent jusqu’où ça peut aller si on n’est pas d’accord. Ils apprendront peut-être bien vite, s’ils sont dignes de leur père, que la censure est pire que l’interdiction. Première leçon de Droit et de pratique judiciaire.

Et même que certains, en fait de plus en plus vu les conditions humaines in progress, se prendront pour des écrivains et des poètes. Ils feront chier l’éditeur en quête d’art ou de philosophie. Pas facile de continuer à adhérer à l’idée de démocratie dans ces conditions inhumaines ! On a vite vite de changer de camp et de se mettre à chanter avec les loups…

Ah ! ce Johnny qui est venu cabosser les petites bagnoles du peuple avec son bolide italien sur le pont international à Hendaye ! Je m’en souviens. Ce qu’il s’est foutu de vous, pauvres cons ! Jusqu’à vous montrer ses fesses amaigries par la douleur en allant se faire enterrer chez les riches, au-delà de l’horizon qui est le vôtre. Et Jésus d’en rajouter. Yavait longtemps qu’on n’avait pas sorti un pot de chambre pour le vider. J’m’appelle Jésus, appelez-moi Jules ! Il avait même prévu de faire survoler sa capitale par les oiseaux de la patrouille de France, comme au 14 juillet ! Chute libre des niveaux : ça baise plus, ça baisse. Bientôt on parlera plus qu’on se fait enculer : on jouera à la baballe sans rien penser à mal. Même pas à la marelle parce que c’est trop compliqué depuis que Cortázar s’en mêle.

Si encore on arrivait à creuser des trous selon ce qu’on n’est pas d’accord… Mais le communitarisme est censuré. Pas interdit, certes, mais alors qu’est-ce qu’on est surveillé ! Mais ils font comment pour en trouver autant, des larbins tous d’accord pour se faire enculer sans souffrir autant que Johnny dans sa dernière nuit de millionnaire ? J’en sais rien. À croire qu’on est fait comme ça et pour ça :

1) On est d’accord ou pas d’accord.

2) À force de pas être d’accord, on devient d’accord ou on paye.

3) Une fois crevé, on va s’enterrer à Saint-Barth ou pas.

Moi aussi je voudrais que le papa Noël existe.

Mais il existe pas…

Ou alors à Saint-Barth…

J’ai jamais tué d’cons…

Pourtant ils sentent bon…

 

Antithèse :

UNA — Et la démocratie dans tout ça ?

Le droit du peuple à agir et penser comme il le sent ?

Certes, le spectacle donné par le cercueil de Johnny peut sembler quelque peu exagéré si on considère que ce cadavre n’a rien donné à la science, ni à l’art, ni à la philosophie.

Il a pratiqué un commerce juteux. Et rendu pas mal de gens heureux.

Comme à l’église.

D’idole qu’il était, il est devenu dieu. Oh ! pas le grand Dieu qui fait la popote à la place des hommes. Non. Un dieu humain. Un dieu qui chante. Certain disent qu’il braillait et qu’il ne savait pas jouer de la guitare. Mais le spectacle leur a plu. À une nuance près toutefois, reconnaissons-le : à Pamiers (Ariège), le maire Dédé Trigano avait claqué 150.000 euros pour accueillir le barde, cachet compris. Et ce dans la prévision de 2000 spectateurs. Une centaine se sont déplacés. Quel fiasco ! Et le rockeur-imitation s’en est retourné avec son pactole.

Alors bien sûr l’hommage qui lui a été rendu n’était pas celui des Français. Pas celui de la Nation. C’était l’hommage des fans, vieilles badernes de son âge (pour reprendre le vocable mis à la mode par Brigitte Bardot, la seule vraie Brigitte). Et ces vieux clous du bonheur en conserve ont amené avec eux leurs petits-enfants pour les nourrir de chansons plus ou moins imitées du Rock et du Blues.

En deux jours d’affilée, on a eu droit à un « aristocrate qui aimait le peuple » et à un dieu mort vivant. Le premier datait clairement, le second ne voulait pas vieillir.

Eh quoi ! Qu’est-ce qui vous gêne là-dedans ? La démocratie ? N’êtes-vous pas heureux de constater qu’aujourd’hui la peuple écrit, publie, s’exprime en réseau, achète ce qui le rend heureux s’il en a les moyens ou se contente de l’imitation ou de l’occase s’il manque de ressources ?

Qu’est-ce que vous préconisez donc ? Le retour aux pratiques aristocratiques ? Le seul spectacle de l’élite genre Butor au détriment du populisme qui a pourtant son mot à dire ou s’il n’a rien à dire, à montrer ?

La société a besoin d’une culture familière, d’une culture faite de chansons et de cultes à la portée de tous. Et parallèlement, cultivez donc vos apparitions savantes pour le bien ou le bonheur de ceux qui peuvent les apprécier. L’un n’empêche pas l’autre. Voilà la démocratie. Il en faut pour tout le monde et pas seulement pour ceux qui savent ou qui ont les moyens de savoir.

Le niveau baisse, dites-vous. C’est le prix à payer. C’est mathématique : beaucoup de peuple et peu de savants donne une moyenne plutôt basse. Et alors ? Cela affecte-t-il votre science ? En rien ! Vous avez tout loisir de continuer à pratiquer votre haute idée de l’homme. Rien ne vous en empêche. En quoi la ballade parisienne du cadavre de Johnny perturbe-t-elle vos recherches ou votre capacité à trouver ? Ne recevez-vous pas ce spectacle sur votre écran préféré ? N’avez-vous pas, par principe démocratique, le pourvoir de changer de chaîne ? Ou bien êtes-vous un donneur de leçon ?

Et si vous l’êtes, en quoi consiste donc votre leçon ?

Vous reconnaissez vous-même que votre leçon (appelons ça comme ça) n’est pas à la portée des fans de Johnny. Quel est votre projet ? L’enfoncer dans ces crânes pas faits pour ce type d’introduction en force ? Vous avez donc perdu tout esprit de logique ?

Chacun est comme il est. On ne se mélange pas, principe qui est aussi vrai en temps de guerre. Voyez comme cela s’est passé : il a suffi que le président ouvre les avenues de Paris à son peuple pour que celui-ci se laisse aller, en toute sincérité, à exprimer sa douleur et sa joie.

Si une telle manifestation de reconnaissance populaire avait été rendue impossible par décret, pensez-vous que le peuple en aurait arraché le pavé de la ville ?

Non. Il aurait trouvé d’autres moyens de s’exprimer. Il n’en manque pas. Je vous laisse deviner lesquels, xxx.

Et qui récolte les fruits de cette générosité municipale et présidentielle ?

Je ne répondrais pas à cette question qui nous projetterait en dehors de notre sujet. Je m’en tiens à mon idée : tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

 

Cinthèse :

SOLUS — Ah ! Monos ! Ah ! Una ! Vous êtes de bons Français. Chacun dans sa peau. Merci pour vos interprétations. Vous avez joué à merveille les rôles du pour et du contre. J’envie votre facilité à mettre un mot devant l’autre pour exprimer ce que vous inspirent les choses et les personnes. Vous devriez écrire des romans. Quelle étincelle au frottement ! Et sans amour pour reproduire ou multiplier.

Hélas pour moi, je n’en suis pas là. C’est Épictète qui me casse la tête. Je ne mets jamais le doigt dans ce qui ne dépend pas de moi. Je me méfie des engrenages. Jusqu’où peu nous mener une humeur, surtout si elle appartient au temps ?

Il y a déjà fort à faire avec tout ce qui dépend de nous. Si on se laisse aller dans ce sens, on n’en finit qu’avec la mort, sans avoir rien construit qui ressemble, par son architecture, à une construction élevée dans l’espace au mépris du temps ou malgré lui.

Il y a tant d’objets et de sujets qui sont une façon de toucher à l’éternité ! Et ce sont là choses et personnes qui dépendent de nous, de nos facultés perceptives, de nos impressions ou de nos intuitions selon que l’on est artiste ou scientifique.

C’est que les choses qui ne dépendent pas de nous confinent l’esprit dans la saloperie ou le pédantisme. On pense alors, s’il s’agit d’écrire par exemple, après ou avant d’agir, au lieu de se limiter à la pleine action qui multiplie nos possibilités d’atteindre au moins une parcelle d’intelligence.

Votre Johnny est un spectacle. On aime ou on n’aime pas. On n’agit jamais de cette façon si l’objet a quelque profondeur et s’il arrive à point pour structurer encore. Et un spectacle pour quoi faire ? Pour baver sur sa chemise ? De quoi a-t-on l’air dans ces moments de fanatisme ?

Cette balade en cercueil est bonne pour le commerce. Juste retour des choses sans doute, car le Johnny a beaucoup servi les intérêts des uns et des autres, à droite comme à gauche.

L’État paie sa dette envers un histrion. Et c’est bien joué d’un point de vue com. Car le Johnny a, n’en déplaise aux esprits chagrins, une quantité d’admirateurs. Des vieux, bien sûr. Ceux qui se gardent bien de comparer honnêtement leur idole à des Chuck Berry, Jimmy Hendrix et j’en passe. En jouant la carte Johnny, la présidence met en marche une foule considérable et fait fermer le clapet à ceux qui ne marchent pas dans cette mascarade politico-commerciale.

Qui peut croire que Johnny et Jeannot vont appartenir à la « mythologie nationale » ? À l’étranger, personne n’écoute Johnny ni ne lit Jeannot. Disons plutôt que ces deux bouchons du champagne étatique vont perdre leurs bulles avec l’extinction du phénomène « ni droite ni gauche ».

Mais qu’à cela ne tienne. Ces phénomènes m’intéressent. Ah mais je serais bien malheureux si l’esprit de Monos parvenait à les effacer d’un trait de plume ou d’autre chose ! Je penche plutôt pour la sagesse idiote d’Una. Elle a le mérite de préserver l’existence de ces phénomènes, du moins pour un temps qui est le mien.

C’est ainsi que je choisis, librement, de considérer ce spectacle. Il est ce qu’on voudra, révoltant ou pieusement acquis à la messe qui fut donnée comme carte postale.

Depuis Socrate, rien ne va plus…

Suit la balade péripatéticienne qui s’impose…

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