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Etre écrivain : métier ou hobby ?
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 Article publié le 15 avril 2018.

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  Etre écrivain : métier ou hobby ?

 A partir de quand n’est on plus « écrivant » ? Faut-il gagner des millions d’euros pour être respecté ? Peut-on être respecté avec une petite réputation, qui peut devenir grande si tout se déroule correctement ? Suis-je un vrai écrivain ? Je ne me consacre professionnellement qu’à l’écriture, et en conçois une grande satisfaction : j’ai des romans en gestation, terminés mais pas corrigés, dont un de cinq-cents pages, de la poésie, des essais… La matière s’accumule, et je suis satisfait du travail fourni, mais suis-je objectif ? Evidemment pas : J’attends trop de la sortie de mon roman, comme on espère gagner au loto, alors qu’il faut vraiment beaucoup travailler, avec acharnement pour espérer percer, à la mesure de la qualité des écrits créés – mais qui sait ? Je ne m’imagine pas arrêter d’écrire tellement il s’agit d’une seconde nature, et si je chassais le naturel de ma vie, l’écriture reviendrait au galop. Je n’ai pas cessé d’écrire régulièrement depuis une bonne vingtaine d’années – n’est-ce pas inquiétant quant au résultat ? Je me prononcerai quand mon roman aura été répandu, lu, critiqué. Je ne sais pas ce que je vaux, mais j’imagine volontiers que mon éditeur n’aurait pas parié ni travaillé autant si le jeu n’en valait pas la chandelle – mais quel travail depuis l’achèvement du roman ! Il s’agit d’un métier très prenant, et pour ma part je pense écrivain, vis écrivain, dors écrivain ; je peux m’accorder à penser que je fournis un travail d’écriture sérieux, toujours régulier, et me sens mal si je n’écris pas durant une journée… J’aimerais tellement que mon éditeur soit récompensé de sa confiance, que l’avenir soit radieux, mais même ainsi je poursuivrai cette voie, passionné et équilibré dans cette quête des mots, du sens de l’acharnement à noircir des pages sans férir, et cela me caractérise vraiment, mais ai-je raison de m’entêter ? Ai-je assez travaillé pendant ces deux décennies, et cela se ressent-il sur mon expérience, le fond et la forme de mes écrits ? Ce n’est pas à moi de le dire, je me laisse présenter par mon éditeur, mon Ponce Pilate à la foule comme Jésus le fut autrefois, avec son fameux ECCE HOMO, perclus de vague à l’âme, des cicatrices morales de l’enjeu de ce challenge littéraire hardi et étourdissant, qui même s’il a été motivant et agréable reste un lourd travail de fond – dont je ne regrette aucune des centaines d’heures passées à écrire ce roman, puis le relire, le corriger encore et encore, même sans savoir ce qu’il en adviendra, avec toutefois l’espoir que mon roman préféré trouve sa voie et sa voix : advienne que pourra, alea jecta est.

 

 De la patience infinie de l’écrivain

 Dès son premier roman, l’auteur lambda va envoyer des manuscrits aux éditeurs plus ou moins réputés, et recevoir des courriers plus ou moins types. Décourageant, non ? Dix manuscrits envoyés, dix courriers-type. Comment dès lors ne pas perdre foi en soi ? L’autoédition, voire les contrats abusifs de pseudo-éditeurs vont se charger de la désillusion de l’écrivain en herbe, qui se verra réclamer des sommes exorbitantes pour un résultat pitoyable : quelques exemplaires reçus, pas de promotion, en gros un livre invisible sur les médias, donc aucune chance de publication sérieuse. Le chemin de croix vient de débuter, et il a duré pour moi quinze ans avant l’acceptation d’un roman par un éditeur sérieux… Je vous laisse imaginer la fébrilité du petit Jedi de l’écriture lorsqu’il reçoit un courrier…type-de plus. Il faut être entêté mais ne pas se focaliser sur ce que l’on peut retirer d’une édition à compte d’éditeur, et travailler, travailler encore et encore, améliorer fond et forme, développer un style, une voix qu’un éditeur finira bien par entendre, touché par son aspect mélodieux et sérieux. Mais il est légitime de douter dès lors que l’on essuie quantité de refus non motivés, ou du style « votre œuvre n’entre pas dans l’esprit de nos collections »… Ce qui compte n’est pas le but à atteindre, mais le chemin parcouru vers ce but : plus il est sérieux, qualitatif, novateur et plus l’écrivain aura de chances d’atteindre ce but – mais il faut travailler pour cela.

 J’ai tellement douté, essuyé de refus que je m’estime heureux à juste titre d’avoir trouvé un éditeur sérieux, qui s’est occupé de mon œuvre très activement et a dialogué facilement quant au travail de relecture-correction entrepris avec mon concours pour mon roman à paraître. Que d’heures passées à se concentrer pour améliorer ce qui l’a déjà été, à s’en étourdir, avoir des maux de tête, (tiens, des mots de tête, joli), se rendre fou à chercher ou tout du moins à tendre vers la perfection, ressentir le doute quant à ses propres capacités lorsque la fatigue morale se fait ressentir, et puis finir par approcher du but, le roman sous sa forme finale, sans parler de la mise en page ardue, de sa promotion, de sa commercialisation par l’éditeur sur les sites internet réputés, et encore tant d’autres détails qui s’accumulent et font de la finalité, la vente, une épreuve de force avec la foi chevillée au corps, le désir de voir l’accueil du lectorat, des libraires, des critiques, des amis, avec l’appréhension de l’échec, mais aussi et surtout l’espoir du succès, car après tout pourquoi pas, quand on est sûr de la qualité et l’originalité de l’œuvre concernée après tant de temps passé à la faire tendre, autant que faire se peut, vers la perfection dans sa catégorie ?

 

 Du domaine de prédilection de l’auteur

Pourquoi avoir choisi la littérature trash comme terrain de prédilection ? Parce que je n’aime rien tant qu’explorer l’âme des plus torturés, domaine philosophique assez vaste pour en tirer matière à interpeller, non pour le plaisir, mais afin de mettre à jour les passions interlopes pour ceux qui n’en ont pas même la connaissance, et le sujet est vaste, réel, édifiant, terrifiant. Pourquoi ne pas dépeindre le bonheur de ces mêmes sujets ? Parce que rien ne les caractérise tant que leur appétence pour les situations, les sentiments sordides de luxure, de décadence sous l’effet de la drogue, de l’alcool, de substances chimiques maléfiques, destructrices comme l’est leur âme, en réponse à la banalisation des loisirs et autres centres d’intérêt dont ce milieu favorisé, la jeunesse dorée de tous pays, a fait le tour et s’en est blasée, à mesure qu’elle grandissait comme leur appétit pour les sensations fortes, qui ne prêtent pas à conséquence car l’argent coule à flots du robinet des parents millionnaires qui ne veulent que le bonheur de leurs enfants, à travers les billets verts dont ils sont le filigrane moralisateur, figures emblématiques de la catégorie des WASP (White Anglo-Saxon Protestant) dominante dans les quartiers favorisés, les familles très aisées, bourgeoises, dont les enfants jouent à se faire peur pour s’amuser, quitte à se salir ou salir les autres, ceci pour l’Amérique de L’ouest, la Californie, lieu de tous les vices, mon territoire de jeu préféré.

 J’ai de tous temps préféré Bret Easton Ellis, Matthew Stokoe, Virginie Despentes aux bluettes sentimentales ou aux romans bien léchés, immaculés ou rien ne filtre de la noirceur humaine pourtant bien réelle, et il est prétentieux de l’ériger en modèle car il ne domine pas dans les générations perdues actuelles et passées, ainsi qu’à venir. Pourquoi ? On fait du mal à ceux qu’on aime, et on aime ceux qui nous font du mal ( ce n’est pas de moi), tuteur de la morale en vigueur chez ces jeunes adultes à la recherche de leur soi, quitte à emprunter les routes les moins reluisantes pour s’amuser, et finir dans une dead-end, invariablement, avec le sublime lustre de l’horreur pour qui n’est pas au fait des coutumes à la mode, lesquelles donnent lieu à des orgies de drogue, sexe et pop music sardanapalesques, chant du cygne de ces générations désabusées qui voient l’avenir sous son plus mauvais jour, et vivent la nuit pour être seuls ou en bande, libres de se détruire en s’enfonçant dans la fange des relations paroxystiques pour se prouver qu’ils existent, ce que ne leur apportent pas les relations mielleuses dont ils ont été abreuvés durant leur enfance parmi des parents trop absents, trop riches qui leur dispensaient le dollar roi au lieu de l’affection, jamais présents pour entendre leur détresse, et s’y noient pour oublier que rien, jamais plus rien ne sera pareil à l’avenir, que le passé est cramé, que leur âme est vouée aux paradis artificiels pour s’étourdir et ne plus penser qu’ils sont des anges perdus, enfants de Los Angeles, Lost Angels, chair à canon dans la fureur de vivre dont ils sont épris, autodestruction constructive de sensations inédites, puissantes, sans aucune possibilité de faire marche arrière d’avoir goûté la quintessence des trips qui leur donnent les sensations les plus fortes grâce à leurs rites malsains…

 Mails il y a l’autre côté du miroir. Tous ces jeunes ont vécu une enfance heureuse, ou tout du moins comblée à coup de dollars pour pallier l’absence des parents, figure paternelle que le Benjamin Franklin roi roulé dans une narine pour aspirer la poudre d’ange, le crack, la coke, toutes ces substances inhalées dans le but de ressentir, enfin, des sensations fortes, parangon de leurs pantomimes destructrices, -tout simplement de vivre (intransitivement) -mais tellement enthousiasmantes ! Au cœur des collines où se trouvent les villas de millionnaires du Golden Triangle bat le pouls du mal, à coup de drogue, d’alcool, de partouzes échevelées sous leur influence, mais pour ces protagonistes en équilibre sur le fil qui domine la destruction rien ne saurait plus les distraire que ces cascades, ces défis jetés à la vie, pour le meilleur comme pour le pire, le toujours pire étant à la fois une fatalité, mais aussi et surtout un mode de vie, un lifestyle prisé par ces générations vouées à la perte de leur illusions pour jouir de la vie, ersatz de bonheur chimico-sentimental, où l’amitié est le ciment qui les entraîne toujours plus profond dans une délicieuse déchéance…

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