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 Article publié le 15 avril 2018.

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Le lendemain matin, quand il s’éveilla, il y songeait encore. Le crocodile l’avait-il avalée ? Ou était-elle toujours là-bas, sur le rivage, seul vestige du Polopos ? Et à qui appartenait-elle ? se demandait-il encore. Je pourrais peut-être le découvrir en examinant mieux les étiquettes. Même si je ne dois pas y parvenir, il faut que je la retrouve, cette valise ! Elle me tiendra compagnie. J’en ai assez d’être seul ! Après son petit déjeuner, il décida donc de retourner à l’embouchure de la rivière pour voir - tout en restant à distance prudente - si la valise avait été engloutie par le crocodile, emportée par les flots, ou toujours au même endroit. Mais dès qu’il eut parcouru quelques mètres sur la plage, ses nerfs surexités commencèrent à lui jouer de mauvais tours. Dans chaque rocher à demi recouvert de sable, il croyait voir un crocodile aux aguets, et il avait l’impression de faire un tel vacarme en marchant qu’il craignait d’attirer l’attention de tous les monstres de l’île. Impossible de continuer comme ça, se dit-il. Trop dangereux ! Comme la jungle elle-même lui paraissait moins inquiétante que la plage, il se glissa dans l’épais sous-bois. Aussitôt, il se sentit soulagé. Dans la pénombre verte, son pelage se confondait avec la végétation. Presque invisible sous les lianes et les larges feuilles pendantes, Lorenzaccio se retrouvait là dans son élément, comme ses ancêtres les homme-femmes sauvages, et il cessa d’avoir peur. Alors il se mit en route à travers la jungle pour gagner le bord de la rivière, au-dessus de l’endroit où elle se jetait dans la mer. Il marcha longtemps, longtemps, tout regaillardi par cette agréable impression de sécurité, jusqu’au moment où une autre impression, encore plus agréable et familière, fit frémir ses moustaches : il commençait à flairer une odeur humaine ! Etait-ce la valise, qui aurait conservé l’odeur de son propriétaire ? Lorenzaccio le crut tout d’abord, et il leva la tête pour tenter d’apercevoir les bancs de sable et le rivage. La jungle était si touffue qu’il ne put rien voir, mais, en tendant l’oreille, il entendit loin sur sa gauche le ruissellement de la petite rivière. Or l’odeur humaine venait très nettement de sa droite. Il ne s’agissait donc pas de la valise. Serait-ce des sauvages ? se demanda Lorenzaccio. Ce n’était pourtant pas l’odeur des sauvages. Lorenzaccio nommait ainsi les indigènes qui, à chaque escale du Polopos, montaient sur le pont du navire pour vendre des souvenirs aux passagers. Le capitaine Johnny les appelait tous des "sauvages", même s’ils étaient vêtus comme des Blancs et parlaient la même langue qu’eux. Mais leur odeur à tous était complètement différente de celle qui flottait maintenant entre les arbres. Le coeur de Lorenzaccio se mit à battre de plus en plus fort, et il se fraya rapidement un chemin à travers les lianes, levant la tête pour tenter de découvrir l’origine de cette odeur qui lui donnait un si fol espoir. Oubliant toute prudence, il se dressait même parfois sur ses mimines de derrière pour regarder autour de lui, mais il était toujours aveuglé par l’impénétrable masse de verdure. Là-haut, dans les arbres, les singes jacassaient et piaillaient en l’apercevant ; les perroquets poussaient des cris aigus. Lorenzaccio retombait alors sur ses mimines et continuait à poursuivre cette odeur qui, peu à peu, l’entraînait dans les profondeurs de la jungle. Soudain, après avoir traversé un épais fourré de plantes tropicales, il déboucha dans une clairière ensoleillée. A l’autre extrémité de cette clairière, la rivière jaillissait de terre et prenait sa course vers la mer. Et sur un buisson, près de la source, Lorenzaccio aperçut des vêtements qui séchaient.

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