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 Article publié le 8 juillet 2018.

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Cet après-midi je n’ai pas écrit un seul mot, et le crépuscule me trouve à mon clavier, en une sorte d’ode à l’obscurité qui apporte silence et isolement, me met face à moi-même dans le miroir syntagmatique, et j’éprouve de la difficulté à me livrer, je crois que je subis une légère déprime, une sorte de « book blues », maintenant que mon roman est livré à l’humanité, et qu’il reflète tout de même, malgré sa fantasmagorie, une partie de moi dont chacun pourra juger ; pourquoi l’artiste doit-il éprouver d’aussi contradictoires sentiments ? Aussi marqués ? La sensibilité m’y expose, et je ressens une fracture sentimentale, une dissociation de mes pensées, l’une heureuse, l’autre angoissée, et il est difficile de subir constamment cette dysthymie qui m’épuise, mais qui participe à la création et m’est familière, sans laquelle je ne serais pas aussi prolifique, comme si l’écriture était une sorte de psychanalyse, qui m’expose à l’humanité ainsi mis à nu, à la manière d’un journal intime dévoilé indélicatement à mon insu : il est nécessaire de mettre ses tripes dans le prose, qui ne souffre d’aucun faux-semblant pour acquérir une véracité, une crédibilité évidente, et il me reste quantité d’heures allongé sur le divan de ma muse pour accoucher de tout ce qui en moi crie, hurle « je veux exister » ! C’est ainsi que, exposé à l’ire de mes détracteurs et à leur contraire, je pourrai m’affranchir de mon amour-propre, sans me renier mais en considérant les critiques constructives, indépendantes de ma volonté puisque l’écriture est ma forme d’expression façonnée par mon style, et étant donné qu’à vaincre sans péril on triomphe sans gloire il me reste beaucoup de travail malgré ce qui pourra être pensé de mon roman, sans pour autant remettre en question des années de pratique, mais en leur donnant le lustre de l’honnêteté, la patine de l’authenticité, et l’impact de la rage de transcrire l’acidité de mes propos de quelque manière qu’ils puissent être interprétés, ou au contraire la délicatesse lyrique de mes élans sardanapalesques, aussi antinomique que cela puisse paraître -mais qui n’a pas deux visages sur cette terre, sinon les impétueux, vindicatifs jaloux, éternels détracteurs de tout ce qui dépasse la ligne de conduite qui leur semble acquise et fait loi et foi en littérature, leur littérature… Malheur aux contrevenants comme je le suis, mais qu’ils aillent au diable lire la doucereuse littérature aseptisée des classements officiels pendant que les autres ont compris que l’art ne souffre d’aucun compromis…

Oui, j’erre chaque jour, quoi que je fasse, suspendu aux affres de la critique négative comme au plaisir d’être encensé, car personne n’est identique, et chacun dans sa diversité, son éducation, ses goûts et son caractère diffère des autres, et il faut être solide pour supporter cette douche écossaise continuelle, ce chaud et froid perpétuel, rire un jour, pleurer le lendemain, rire et pleurer le même jour, sans aucune loi, aucune règle car il faut de tout pour créer la diversité et contenter tout le monde. Je cherche avant tout à distraire, mais également à alerter contre les courants tendancieux de la littérature à privilégier l’establishment des auteurs à grand tirage, au grand dam de la diversité. C’est compréhensible, personne ne veut prendre de risques, mais on y perd des auteurs, des romans qui ne verront jamais le jour et, par conséquent, ne pourront jamais avoir l’opportunité d’être lu par une multitude, et nous les laissons sur le bord de la route vers l’apogée littéraire sans aucun moyen pour s’y rendre et se faire connaître. Il y a tellement d’écrivains que bientôt chacun en sera avec de douces illusions, comme un jeu, se prétendra écrivain et ira de son roman, et surchargera le milieu de l’édition qui, si elle a besoin de nouveaux talents, ne peut s’accommoder de la médiocrité du plus grand nombre – si écrire était la panacée, cela se saurait…

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