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La terrasse
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 Article publié le 10 avril 2007.

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La terrasse
Robert VITTON
Espace d’auteurs : Le zinc

La petite école... La grande. La fuite par les buissons. Notre amour pour Baudelaire. A une passante... La rue assourdissante autour de moi hurlait.... Toujours quelque chose à pétrir, le collégien. Pâte à modeler, mie de pain... J’ai retrouvé sa main laborieuse et inquiétante. Ce livre recousu, rafistolé, il me l’a offert... Les Fleurs du Mal ! Une belle amitié. Que fais-tu dans la vie ? Comme tout le monde... Rien ! Dans la vie comme dans l’existence. L’existentialisme... Tu t’en souviens ? Le point commun entre Sartre et Camus c’est que tous les deux sont morts. Et nous avec. Je le croise sur l’avenue... Que d’années... Une ruelle. Un guéridon près d’un juke-box.. T’es tout’ nue sous ton pull... Y’a la rue... Deux cafés. C’est de l’encre. Toujours tes vers de douze pattes ? Moi, je buvais, crispé comme un extravagant... J’ai trop de souvenirs. J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans... Mille ans... Miracle à Milan. Du balai ! C’est invivable. J’ai relu Nerval. J’ai déposé trois caisses de livres à la bibliothèque municipale. Je fais, je refais ma vie, ma vie me défait. C’est la vie ! Personne ne m’attend. Ce qui me console c’est que je n’attends personne. Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais ! Des chiffres sur une page arrachée de son calepin. J’y vais, me dit-il, j’ai un enterrement. Un proche ? Comment savoir ? Il m’a inscrit mon propre numéro de téléphone. J’ai appris son suicide par une fille de notre classe. Quarante ans après... Sur mon chemin pour m’annoncer la nouvelle. Il s’est pendu à une grille, la nuit... La tour Saint-Jacques. Tu as su pour Charles ? Une revenante. Elle a gardé son regard. Un p’tit bouquet d’violett’s ! Un’ ros’ du jardin d’Ronsard ! Mam’zelle ! Charles, je l’ai aimé. Il ne l’a jamais su. Il s’était imaginé que j’étais éprise de toi. Accepte ces quatre fleurs liées. C’est Charles qui te les offre. Des lettres. Une malle de lettres. La morgue. L’automne... Montparnasse. On s’écrit ? Je ne dors plus. Je note... Des dizaines d’années. Des trains, des triages dans la tête. Le boulevard me prend devant la gare et me jette dans le port.. Je marche. C’est samedi ou dimanche ? Jour de marché ? Les parents, les grands-parents. Leur temps. Leur histoire... La boulangerie, la boucherie, la poissonnerie, le cinéma... Le quartier. Des queues... Des tickets de rationnement. Les guerres. Les-leurs ! Le pastis. La famille, les amis, les bêtes.... Les amoureux du Havre n’ont pas besoin d’la mer... La robe bleue virevoltante... Fleuriste, mais pas rosière. Pas de gaspillage. Le pain dur... La chapelure et les oiseaux. Les journaux... La poêle et les vitres. Mon enfance. Mon temps, mon histoire. Aujourd’hui, tricoter ça revient cher. Une voiture ? Pour aller où ? On a le ventre plein... Le reste... Un sirop... Une glace... Notre plaisir. Mon temps, mon histoire. Paris. Vieillir. Un vrai dandy. Tiré à quatre épingles ce Charles. La maman et la putain. La mort d’Eustache... Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ? Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être ! Garçon, un gin fizz ! Merci. Le jazz... Kierkegaard... Je songe aux fois qu’elle est venue dans nos bouquins, dans nos tramevères, dans nos contes de fées, dans nos romans d’amour... Nous l’attendions dans nos habits noirs, la Mort. Nous avions la jeunesse. Nous la désirions, la Mort au pot au rose. Elle s’asseyait sur le bord de mon lit. Mon bas a filé. On causait toute la nuit de littérature, de poésie, de musique, d’anarchie... C’est fini nous deux. Ce sont de drôl’s de typ’s qui vivent de leur plume ou qui n’en vivent pas c’est selon la saison... Garçon ! Tiziano Vecelli. Musée du Luxembourg. Une soixantaine d’œuvres. Garçon ! Titien. J’irai demain à l’ouverture. Je dois combien ?

Robert VITTON, 2006

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