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Black Dog de François Maurin - chez Tituli - 2018
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 Article publié le 7 octobre 2018.

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Ce roman, court et parfait, serait-il la partie émergée d’un iceberg autrement plus documenté ? On soupçonne dès les premières pages que son auteur a longtemps mis le pain sur la planche.

C’est donc un peu frustré (n’exagérons rien…) que j’en ai entrepris la lecture : d’abord pour en apprécier la solide composition ; ensuite pour tenter non pas d’en pénétrer les arcanes, mais d’y distinguer les personnages de leur rôle à jouer ; puis enfin pour reconnaître que ces « chroniques » sont autant de fables jetées comme filets sur la réalité de notre monde.

 

Et François Maurin ne ravaude pas, comme tant de candidats à la reconnaissance nationale : narrateur né, inventeur (et donc poète), il installe les actes dans une symétrie qui en dit long sur le travail d’écriture. Personnellement, s’il n’était nécessaire de parler aussi du contenu, je m’en tiendrais à cette forme unique en son genre qui à elle seule soutient tout l’édifice romanesque : quand la composition et l’écriture d’un ouvrage s’imposent à ce point à l’esprit, on est sûr de se trouver en bonne compagnie. Du coup le livre tout entier se lit d’une traite et se relit d’ailleurs avec la même soif d’en savoir encore. La métaphore s’installe avec la même « facilité » : parvenu à ce stade de l’écriture, François Maurin, sans céder à la leçon inaugurale, donne à voir et à toucher à la plus grande satisfaction des sens et de leur sixième possibilité.

 

Pour ce qui est de l’histoire, et donc de ses personnages et de ses lieux, le lecteur y entrera d’emblée par l’intermédiaire du chien, bête ici en usage tant du côté de l’ordre papal que de celui des pouvoirs en place, dont le salariat n’est pas la moindre circonstance. L’hérésie qui coûta ses lettres de noblesse au Midi revient au galop.

/La jeunesse, en poète nouveau, y est arrogante ; sinon le poète est « aplati » comme le seuil qu’il n’a pas franchi. Vache réalité de l’occupé

Nul doute que c’est aussi l’histoire de son auteur et par conséquent de ses âges. Histoire commune à l’homme présent s’il se met à écrire. François Maurin revisite, comme on dit, le théâtre mis en jeu et les figures possibles de son double. Black Dog est aussi un spectacle et le lecteur ne manquera pas d’y trouver sa place.

 

Certes, le lecteur non averti (mais il l’est un peu dès l’exergue) éprouvera quelque difficulté à saisir toutes les finesses du récit s’il n’a pas au moins une fois mis les pieds dans ce Sud qui eut à souffrir des crimes contre l’humanité commis par la secte dominicaine au service de l’île de France. Aujourd’hui, les dominicains de Fanjeaux et alentours relèvent de l’attraction touristique sans d’ailleurs que le touriste saisisse vraiment à quel tournant de l’Histoire il a affaire. Dominicain (qui appartient à Dieu) et dominicanes (chiens de Dieu), c’est sur cette antinomie que repose tout le roman de François Maurin. Et il faut lire ce qu’il en tire de récits, de fables et de critique. Le tout dans un parfait (et court, car il sait aussi ménager la patience du lecteur) agencement comme il est rare de nos jours d’en trouver dans les rayons des librairies et autres hôtels de la lecture.

 

Voilà un roman à emporter avec soi entre deux voyages. Il ne nous restera plus qu’à mieux connaître son auteur et surtout son œuvre. Mais ça, me dit-on de source sûre, c’est une autre paire de manches… / Il y a loin, reconnaissons-le, entre Paris et cette terre occitane qui ne s’en rapproche toujours pas, malgré les chiens du dieu qui impose sa loi : chacun pour soi et lui pour tous. (Maurin sait aussi vous affiner le sens de l’humour… Il a la plume pour ça et une intelligence d’une rare acuité.)

Patrick Cintas


Feuilleter Black Dog sur le site de Tituli


Lire aussi la critique de Sylvaïn Nicolino dans la revue on-line OBSKÜRE


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