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Je n’appartiens à aucune génération
© Article publié le 11 juin 2007.

 

 

Je n’appartiens à aucune génération ou, au mieux, je suis une image réfléchie extrêmement petite ou infiniment grande du monde et de toutes ses générations. Soit pratiquement l’ensemble, énigmatique comme le sphinx, des veines et des veinules de la conscience et de l’inconscience de l’esprit obsédé des dégradés, des débauchés, des timides, des indigents, des fous, des muets, des voleurs, des aveugles, des Sannyasins[1], des camarades, des expéditionnaires, des corps corrompus, des délabrés, des sans-coeur, des tuberculeux, des simples cadavres, des mobiliers et des immeubles et de tout le monde vivant. L’insensé et l’intelligent. Je ne suis d’aucun des deux, car ces mots ne me sont pas encore clairs, de même que ne me sont clairs dieu, satan, poésie, péché, honnêteté, idéal, personnalité, alphabet et le concept de l’être humain. Ou, mieux, ceux-ci sont devenus démodés pour moi. Séparément, n’importe lequel de ces mots est sans signification, sans connotation, parce que l’homme lui-même est le créateur des mots et aucun homme sur terre ne connaît sa véritable identité personnelle.

L’homme prend naissance, ou plutôt est forcé de prendre naissance dans un monde abasourdi et muet et, ainsi, étant obligé, continue à attendre un autre monde muet sa vie durant. Le « Tari theke Tire » (du bateau à la terre) de Rabindranath, le naufrage final de Kierkegaard, la disparition accidentelle de Jibanananda[2], le silence de Rimbaud, la toxicomanie de Bandopadhyay[3], les suicides de Gorki, Maiakovski et Duprey, la naissance du Christ dans la crèche et la clandestinité de Dostoïevski d’où sont crachées les vies de Céline, Miller, Dowden[4]. Claude Pélieu, Falguni[5] et Saileshwar[6] sur la face de la vie, ne peuvent être ingérées que jusquà un certain point, à savoir, celui de « lattente sans fin ».

L’homme ne fait que continuer à attendre, face à terre, tout au long du temps. De cet immobilisme infini surgissent l’histoire et la philosophie et là prend place lévolution conséquente de la poésie à partir d’une immense explosion personnelle. Sinon pourquoi nous sentons-nous si déconcertés en observant une lézarde aussi petite qu’un chas d’aiguille dans un gratte-ciel de quatre vingt dix étages, la civilisation du gratte-ciel ? Pourquoi avons-nous besoin de dresser une défense de la poésie pour la préservation de la race humaine ? Ou pourquoi au printemps nous démenons-nous avec la poésie en échappant à la « garde du logis » pieds nus ?

Je pense qu’un tel pouvoir dévorant et rapace de la poésie a rendu indirectement le poète « redoutable », à ce point à l’homme moderne. « Redoutable », parce que ceux qui ont commencé leurs jeux au-delà des grands murs de la vie pratique et du monde professionnel, considérant la poésie comme l’adversaire immédiat de la vie, et la sirène de la ville-océan entendue avant leurs aveux, aucun de ceux-là nétaient des hommes, une fois leurs masques enlevés et leurs vrais visages dévoilés au moment du brouhaha absolu : « la plupart des hommes meurent comme des animaux » (Ernest Hemingway).


[1] Sannyasins : En sanscrit, ceux qui ont atteint le « sannyasa », le quatrième et dernier stade de la vie idéale pour un hindou, qui ont renoncé au monde et à toute forme de bien terrestre : ils vivent en absolue pauvreté et dans l’absence de tout désir, si ce n’est celui d’arriver à la « libération ».

[2] Jibanananda Dos : écrivain bengali (1899 - 1958). Héritier de In tradition poétique bengali, il n’est jamais fidèle à la prosodie traditionnelle et écrit souvent des poèmes, dont In source est son angoisse personnelle, dans une langue tout à fait unique, un peu compliquée, peut-être, qui se développe de sa psyché obsessive. Outre la poésie, libanananda a écrit plusieurs romans autobiographiques qui ne manquent jamais de toucher l’âme de ses lecteurs. 1.D. est révéré par ln plupart des jeunes poètes et écrivains débutants, beaucoup plus que Tagore.

[3] Bondopadhyay Manik : écrivain bengali (1908 - 1956). Il a présenté dans ses oeuvres, au début de sa carrière littéraire, les tensions psychologiques freudiennes dans plusieurs romans surchargés de haut romantisme. Dans d’autres romans, il a exprimé la vie quotidienne en utilisant une langue simple et directe. Dans la dernière partie de sa vie, il est devenu marxiste et son écriture en fut affectée. Les écrivains de la " Hungry Generation " furent beaucoup influencés par les écrits de Bondopadhyay.

[4] Dowden Kaviraj Georges : auteur de 21 livres (poésie et romans). Dowden est américain et habite en Angleterre depuis 1954. On le dit " Earth body mystic " et " un connaisseur de la nature et des filles/femmes, celles-ci comme une partie de la nature ". The Kaviraj (le Roi-Poète Visionnaire) de son époque, comme l’était Whitman à son époque.

[5] Falguni Roy : poète bengali né à Calcutta (1946 - 1981) qui exprime dans sa poésie l’angoisse de la vie.

[6] Sailesvar Ghosh : poète bengali né en 193. Un des fondateur de la " Hungry Generation ". outre l’auteur d’une dizaine de recueils de poèmes, il a également écrit une petite histoire de la " Hungry Generation ". il vit actuellement à Calcutta.

 

© Article publié le 11 juin 2007.

 

 

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