Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
ESPACES D'AUTEURS
Ces auteurs ont bien
voulu animer des
espaces plus proches de
leurs préoccupations
que le sommaire de la
RAL,M toujours un peu
généraliste.
Histoire de Jéhan Babelin 50
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 6 janvier 2019.

oOo

Et ainsi tous les jours,
Toutes les nuits
Et tous les crépuscules.
Des giclées de sperme
A n’en plus finir.
Et la femme en ombre chinoise.
Un enfant qui promet
Ou qui ne donne rien,
Au hasard, Balthazar !
La feuille blanche,
Immaculée conception.
Pas de suicide,
Pas de douleur inutile,
Une angoisse en catimini,
Des rêves clos sur eux-mêmes,
Et l’ombre d’une femme
Qui ne dit pas son nom.
Jéhan Babelin perdait son temps
Et il commençait à en souffrir.

On ne souffre jamais longtemps.
Il avait déjà souffert.
Et il avait bu les vins
Du ciel et de la terre.
Le feu était entré en lui,
Feu des substances mirifiques.
Et il en était sorti
Comme il était entré,
En voleur patenté.
Le chien ne servait plus à rien.
« N’aboie pas ! » hurlait Moïse.
Aussi n’aboyait-il pas,
Car Moïse était son maître.

Jéhan observa son couteau.
C’était un fin acier damasquiné.
Avec des plis et des retours
D’ombres et de nuances.
Douloureux, le couteau,
Quand on l’applique à la peau.
Mais si facile
Quand on y pense.
« Je reviendrai un autre jour… »
Et il revenait, ouvrait
Le tiroir des couteaux
Et il prenait ce couteau-là
Et lui parlait comme il parla
Naguère aux personnages
De ses interprétations de l’homme
En proie à ses désirs d’éternité.
Mais le silence s’imposait
Et il refermait le tiroir.
Comme ça pendant des jours,
Des semaines, des mois,
Des ans si c’est possible
D’étirer la page jusque là.

Le chien couchait au pied du lit.
Ils partageaient aussi le plafond
Tellement ils se ressemblaient,
Ces deux-là !
Des rêves, ils en avaient,
Mais pour ce que ça servait…
On fait mieux comme nuit.
Et le matin le chien sortait,
Pas loin, dans le jardin,
Et il faisait ses besoins.
Jéhan, triste et flasque
Comme la vie qui s’étiolait,
Ouvrait la fenêtre,
Le voisin étant mort
Depuis longtemps, des ans.
Il avait hérité la maison
Suite à un test de paternité.
Il possédait donc
Deux maisons mitoyennes.
Quelle femme refuserait ça !
Un chien et deux maisons.
Et un passé à couper
Au couteau des voyages.
Un enfant pour futur
Et de l’amour entre les draps
Et même au-dessus de l’évier.
Ce n’était pas un rêve,
Ni la suite d’un rêve.
C’était le désir.
Il ne lui restait plus que ça.
Le désir et son rien.
Marionnette des sens.

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2019 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs


- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -