Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
ESPACES D'AUTEURS
Ces auteurs ont bien
voulu animer des
espaces plus proches de
leurs préoccupations
que le sommaire de la
RAL,M toujours un peu
généraliste.
Histoire de Jéhan Babelin (58)
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 3 mars 2019.

oOo

Je poussai le portail en pleurant.

Je n’étais peut-être pas un enfant.

La rue grouillait d’hommes et de femmes.

Les métiers s’ajoutaient aux métiers.

Je traversais de muettes géométries.

Pas d’horizon, aucun espoir de fuite.

Curieuses couleurs des visages.

Les mains me touchaient au passage.

Jamais je n’avais voyagé aussi loin.

Et on me prenait pour un témoin,

Sycophante du vers-librisme.

Le chien ne me suivait pas.

J’avançais parce qu’on me poussait.

Le foirail foisonnait d’inventions.

Je n’avais pas assez bu cependant

Et je me voyais me voir comme elle.

Exactement au même endroit de ma saveur.

Des bouffonneries m’arrachèrent à la réalité.

Je montais sur la scène avec les autres,

L’esprit non pas aux abois comme d’habitude,

Mais ravi par d’autres preneurs d’otages.

 

Ô ravisseurs d’enfants sommaires,

De qui êtes-vous les pères

Si vos femmes ne sont pas des filles ?

Elles arpentaient le long des murs,

Lâchant les mots de circonstances,

La clope au bec et le sein haut.

Pas de fenêtres dans cette rue.

Pas de porte non plus.

On n’entre pas. On ne sort pas.

La chaussée était mouillée

Et l’éclairage fantastique.

Je croisais d’autres chiens errants,

Se croyant chiens, ne croyant pas.

Ah ! fumer déjà à cet âge !

Et la fumée montait au ciel

Des trottoirs ruisselant d’extases.

Pas un ami pour en pleurer !

Je frottais mon dos aux murs.

Verges tendues comme à l’église,

Langues pendues pour mieux se vendre.

Les mots me tombaient dessus,

Pluie intermittente des orages

Sans ciel ni perspective circulaire.

J’appelai Laforgue à mon secours.

Il ne vint pas à ma rencontre.

Ils agonisaient tous dans les bouches,

Couverts de feuilles mortes

Et de bulles de graisse et de savon.

Je les appelai un à un,

Puis deux par deux, par trois, tous !

Ils se pressaient au portillon,

Mais la mort les cueillait au passage.

Passage des Tristes

Au pas d’oiseaux,

Se suivant sans se reconnaître.

Au bout de la rue, étincelante,

La vitrine d’un boulanger

Avait l’air d’une nature morte.

Une fille en culotte mordillait

La chair chocolatée d’un pain,

Montrant sa cuisse et sa chicote,

L’œil aux aguets sous les anneaux

De sa blonde frange.

 

« Ah ! ben alors ! Mon tout-petit !

Ma chair en vadrouille et nature !

Si je pensais à toi, clafoutis !

V’là un’ chose dont tu peux être sûr.

Pour le reste je dis pas non,

Ni oui non plus, même peut-être.

Approche un peu dans la lumière.

Et vise-moi ce sein mammaire ! »

 

J’en ai rougi jusques au pied

Que je n’avais pas

Couvert de chaussettes.

Et déjà elle me barbouillait

Au chocolat et au candy.

J’en tirais une langue folle !

Je ne savais plus ce que je disais.

Et je ne m’écoutais pas.

Ça sortait comme de l’anus.

Tellement que j’en ai eu honte,

D’encrasser ainsi ses chastes oreilles.

Aux lobes pendaient des chatons

En or véritable et miaulant.

Le nez percé gouttait aussi,

Car l’air de la rue était vif,

Un peu comme si

On était en hiver

Et que de croquer gratos

Le pain du boulanger

Vous réchauffait le cœur,

Les tripes et la prostate.

J’ai croqué de toutes mes dents.

Le téton était dedans.

Pas de lait mais le plaisir

Qui ne se fait pas attendre

Aussi longtemps qu’il peut durer

Si on y met d’autres ouvrages.

Ah ! j’étais comme au Paradis,

Avec Lezama et bien d’autres,

Ravigotés jusques en haut

Et la culotte en bandoulière.

 

« T’excite pas, dit Calypso.

Je suis ta mère si t’en as pas.

Et si t’en as une en service,

Oublie-la et rends-moi marteau ! »

 

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2019 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs


- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -