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 Article publié le 17 mars 2019.

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Frank avait envie de chier, mais le robot le suivait, clignotant vert ou rouge selon il ne savait quelles circonstances. Un robot de cet acabit doit valoir une fortune, pensa-t-il en contractant le sphincter anal. C’est ici que ça ne vaut rien, parce que ça amuse ces culs-terreux qui n’y connaissent rien. La ruralité s’infantilise plus vite que la cité où la performance est appréciée à sa juste valeur. À une condition toutefois : rien d’écrit, car le citoyen ne lit pas. Il ne peut être interpellé que par l’audiovisuel. L’image et le son. Coupez le son du spot publicitaire et si vous n’en connaissez pas d’avance les rythmes, vous ne comprenez rien. Or, Clark a tout de l’apparence humaine et il parle. Au spectacle, il suffit de ne pas le laisser pousser hors de ses limites. Voilà comment on gagne du fric. À la manière du rappeur qui n’est ni musicien ni poète mais qui se met à la portée du client pour lui rafler son pognon. Clark s’était caché derrière un arbre. L’écorce tintait rouge ou vert. Frank n’en pouvait plus. Il avait ce problème chaque fois qu’il s’aventurait, à la montagne comme à la mer. Et il n’arrêtait pas de penser au fric qu’il pourrait arracher à la société s’il en trouvait le moyen. Il avait entendu parler de ce robot depuis des années. Chaque été depuis des années. Il l’avait observé d’assez près pour en espérer quelque chose. Au début, il était animé par la curiosité. Il n’y connaissait rien en cybernétique. Puis il avait lu une définition dans un dictionnaire que luce utilisait quand elle écrivait sur son écran : Science des processus de commande, de communication, de contrôle et de régulation dans les systèmes (machine, organisme vivant, collectivité). L’informatique est une application de la cybernétique. Tout un roman en une phrase. La phrase qui vous projette dans un fauteuil d’orchestre. Les systèmes. Voilà où se trouvaient les personnages qui se rencontraient tous les jours, même sans le savoir. Rencontres fortuites. Hasard objectif ? Ou bien c’était le vieux Ben, au nom d’ours, qui était à la manœuvre. Clark ne se montrait pas. La merde bouillonnait dans l’ampoule rectale. Le sphincter avait atteint sa limite de résistance. Je vais me faire au froc comme quand j’étais petit et que le robot n’était que le produit de l’industrie extraterrestre. Il paraît qu’il faut avoir lu ses Aventures pour poser les bonnes questions. Sinon il se met en colère et se fout de votre gueule devant tout le monde. Une farce que le vieux Ben a composée pour humilier les petits malins. Mais ici, il n’y avait personne pour témoigner. Clark est à ma portée. Mais voyons : quelle mauvaise question lui poser ? La réponse est programmée de toute façon. Quelle que soit la question. Je vais me chier dessus. Il n’y a rien de plus embarrassant que de se chier au froc. Même dans la plus parfaite solitude. Si tant est que Clark ne soit pas équipé d’un système de vidéosurveillance. Auquel cas je fournirais l’occasion d’un spectacle hilarant. L’œil de Clark projetait des films sur l’écran du bar où la crème de Rock Dream venait au rapport sans en rater une. Je prendrais un risque, même ici, en pleine nature, sans témoins du genre humain. J’ai été assez bizuté. Outragé. Mon existence de minus habens. Autre roman. C’est fou comme l’envie de chier s’introduit dans le stream of conciousness pour en changer les données ! Mais quelle est la bonne mauvaise question… ? Concentrons-nous là-dessus. Il est bientôt midi. Le vieux Ben m’en voudra si je dérange son repas. Ces vieux marins en tierra se sont construit un rituel. Pas une seconde de plus. Pas une de moins. Clark est programmé. Les bonnes questions sont l’enjeu du spectacle. Mais y a-t-il une bonne mauvaise question ? Au moins une. À part l’envie de chier. Cette immobilité ! Frank baissa son pantalon sans ménager sa queue qui bandait. Il enfouit son cul dans l’herbe folle. Heureusement pas d’orties. Il cachait son visage dans une feuille géante descendue d’il ne savait quel monstre végétal. On saura que c’est moi. Mais on ne saura rien de ma mimique au moment de chier. Je ne veux pas qu’on voie ça. Parano ou con. Je n’ai pas répondu à cette bonne mauvaise question. Ils n’assisteront pas à mon spectacle donné par un fou, a poor player. Il envoya un jet de chiasse dans les filicarias. Et rien pour se torcher. L’heure passe. Il sera plus de midi et le vieux Ben sera furieux parce que j’aurais interrompu son repas hiératique. Mais Clark lui tendra la clé contenant mon théâtre aux bois. Il me tient déjà par la barbichette. Un second jet s’appliqua en crépi sur ses chaussures de ville. La feuille géante se déplaça, sans doute parce qu’il en avait bousculé la tige. Sa propre tige entra en contact avec les sporanges du coin. Clark filmait. Quelle est la bonne mauvaise question ? Les publicitaires planchent sur le sujet avec succès. Pourquoi pas moi ? Il arracha une poignée de crosses et s’en torcha. Doigts merdeux. Je ne peux pas me présenter comme ça au vieil ours. Clark devait se marrer. Il corrigerait ces flous au montage. Le vieux Ben s’y connaissait en montage. Les pochards de Rock Dream applaudissaient ces spectacles. Clark filmant les aventures de la population à l’intérieur de laquelle des gosses se préparent plus ou moins consciemment à mettre les voiles pour de plus clairs horizons existentiels. Qu’est-ce que j’ai fui moi-même ? Une fois resserré l’anus et remonté le pantalon, il tenait son slip à la main, merdeux et froissé. Il avait fini de se torcher avec et maintenant il nettoyait ses souliers de ville. Rien sur le pantalon. Une fois de retour sur le sentier, il se sentit parfaitement bien équipé pour affronter le vieil ours. Il se remit en marche. Il longeait la rivière. Ensuite, il fallait monter. Il arriverait là-haut en nage. Clark pouvait filmer. Qu’est-ce qu’il démontrerait ? Pauvre narration pas même bonne pour le théâtre des ivrognes. Il était temps de monter. Frank coupa à angle droit à travers les fougères. Il retrouva la sente étroite. Il était déjà monté, comme tout le monde, mais pas jusqu’en haut. On s’arrêtait toujours à mi-chemin et Clark vous regardait descendre. Vous allongiez le pas pour ménager vos muscles. Vous vous dandiniez comme un pantin. Vous retourniez chez vous. Pas questions que ça m’arrive encore ! Et en se retournant pour vérifier la position de Clark, il ne le trouva pas. Il chercha entre les arbres, à l’affût d’un clignotement, mais Clark ne clignotait plus. Il était peut-être retourné au bar pour projeter le film de sa nouvelle aventure avec un plouc de l’été. On inviterait les gosses et les commères. Montons. Et qu’est-ce qu’il voit alors qu’il se retrouvait face à la pente si c’était pas ce gros malin de Clark qui fonçait tête baissée pour arriver le premier ! Frank multiplia ses petits pas. Il avançait lui aussi, moins vite, mais ça allait. Il arriverait à temps, même après Clark. Il ne regarda plus devant lui. Il voyait l’intensité de ses pas. Les souliers de ville s’empoussiéraient, se craquelaient, se déchaussaient, renâclaient. Et voilà-t-il pas que Frank tout entier bute sur quelque souche inattendue en plein milieu du chemin. Il roule sur l’épaule et tente de se remettre debout mais le voilà les fers en l’air et le visage contracté par cette nouvelle humiliation. Il rage comme s’il n’était pas vacciné. Il en a pourtant connu des accroupissements et autres postures du crève-cœur. Ses jambes refusent maintenant de le porter. Elles sont emmêlées, ô complexité native, dans les racines d’un être qui pousse sous terre. Il en crie, veut se venger, déclare la guerre puis s’étouffe et se laisse bercer par des bras qui savent dénouer même les nœuds les plus gordiens. On lui parle. Il a rencontré quelqu’un. Encore un témoin. Il ouvre les yeux, voit des objectifs en phase de mise au point, les diaphragmes en iris, le cliquètement d’une mâchoire. Il n’en croit pas ses yeux et se les frotte si durement que des doigts d’acier les retiennent avec une douceur qui n’appartient en principe qu’à la femme. Sur ce point particulier de l’analyse qu’il formulera plus tard, il était convaincu que Clark était une femme. Correction : une chose à caractère féminin. Cette douceur ! Cette attention ! Après l’avoir menacé de filmer et même de programmer le prochain spectacle de Rock Dream. Car il était dans les bras de Clark. Et Clark, qui ne devait pas être équipé du sens de l’odorat ou avait le moyen de le déconnecter de son système perceptif, Clark lui prodiguait des caresses, y compris dans l’anneau de ses doigts ou la bite retrouvait sa splendeur d’objet du désir. Frank se soumit d’abord à cette invitation au voyage. Puis il se ravisa : parano ou con, il était encore la proie du robot qui du spectacle scatophile comme prolégomènes au plaisir multimédia s’engageait maintenant dans les voies sacrées du théâtre pornographique. Frank rejeta la langue d’acier qui excitait la sienne par injection de substances stupéfiantes. Il tenta de se dégager de l’emprise du robot, mais la machine possédait toutes les ressources nécessaires pour recevoir les assauts humains et les réduire à la dimension du caprice. Clark berçait l’homme comme s’il tenait contre sa poitrine un enfant du plus jeune âge possible. Je ne m’éveillerai pas de ce cauchemar ! pensa Frank tandis que sa queue en appréciait dans la joie la plus saine les profondeurs et les promesses. Il devenait schizo, appartenant soudain à cette part hors série de l’humanité. Clark le projetait sur l’écran des meilleures productions de la Poésie. Et dans l’orchestre, une élite applaudissait, sans tapis vert ni verres tapis. L’homme était transporté ailleurs. Clark avait ce pouvoir. Encore fallait-il qu’il (elle) vous aimât comme un homme et une femme s’adonne sans retenue aux pratiques de l’amour. Frank désirait la femme. Or, cet acier n’en disait rien, à part la caresse aux finitions extatiques. Pas de seins, pas de fente, pas de cul. Rien que l’acier à toucher, l’acier en menace de fusion, l’acier transformeur. Et si c’était un homme ?

 

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