Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Auteurs invités [Forum] [Contact e-mail]
AUTEURS INVITÉS
Depuis avril 2004,
date de la création
du premier numéro
de la RALM.
Étreintes (texte en cours)
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 7 avril 2019.

oOo

I

Plonger dans la blessure d’une mer rouge. Tous mes sexes la pénètrent ensemble pour l’avaler d’un trait. Ils rentrent en elle. Puis tombent en gouttes de sperme sur les reins du silence. Belle fièvre, nuit étrange. Ivresse de la chute sans d’autres limites que la faiblesse humaine. Etre dépouillé du sang par le sang. Intime transfusion. Comment arracher aux lèvres qui s’ouvrent le goût de l’effraction ? Trouées magiques que débrident les saisissements des liqueurs illicites que la sueur rejoint.

Pendant ce temps la douceur des bords du temps happés au fond du ciel régissent des trous de lumière, infusent des départs vers le dedans – la douleur comme l’intimité ne sont jamais loin. S’affûtent des nuits blanches semeuses de la seule confiance. Le corps avance dans l’esprit. Reprennent les approches et les calcinations vers les grands abyss ??

Le sang tourne au noir là où se caressent les confins du monde au milieu des espaces intérieurs. Entrailles dont on ne voit pas le fond. Restent des poudres d’éclipses. Elles célèbrent la source du vertige. Mille vibrations de douleur permettent de comprendre les paradis perdus. On vient boire la présence en jumeau de la nuit, en canasson et jument du naufrage contre toutes les fins, sans recommencements.

Parti d’un point nous n’allons jamais aussi loin que possible. Restent les ouvertures dans la chair de la matière humaine. Est-ce que, alors, les petites morts durent plus longtemps que nous ?

Désordres fluides du vivant, marbrures tremblées du temps. Apparitions de l’infiniment sensible là. L’identité n’est plus qu’un vacillement. La chair est travaillée par le temps. Parfois dans un silence d’amour. Parfois sans.

Le corps brûle sa matière, s’encrasse de son épaisseur. Sa consistance coule en pente provisoirement infinie. L’eau anonyme sait nos secrets. L’encre des mots y croise nos images, les ombres y disparaissent comme un sirop. Sur des fenêtres sales l’hybride tourmente.

Sur la tête chiffonnée des mains disent des murmures. Le sol trébuche habillé de draps. Qui donc avant trop tard l’avait compris ? Qui d’autre voit son cœur dans un mouchoir de peau ? Il se porte pourtant plus sûrement qu’une route même si le visible cherche à mettre la main sur l’œil de l’animal humain.

Se souvenir alors qu’un pull a délaissé une épaule de femme. Restait pour la souligner une bretelle de soutien-gorge. Elle rappelle que tout homme est né pour être la marionnette de tels dessous. Il se perd pour eux en prières avec les aiguilles d’une horloge. Mais nos anges ont remplacé nos diables. On n’y gagne rien au change. Ils gardent un air si supérieur que c’est un gaspillage.

Et si pendant longtemps la nature nous donna des formes, elle ne produit plus le moindre effort à notre égard. Nous la prions de nos doigts joints mais faute de mieux nous nous menottons l’âme. Pour combien de temps encore notre vague moment ? Des odeurs de foin et de sauge emportent la neige fondue des montagnes. Des odeurs d’algues celui de la mer. Tous les commencements seraient des conclusions.

La bouche déverse ses miasmes. Fumée noire des baisers. Elle met en mouvement quelque chose d’irrésistible et arrache la tête. Le cerveau devient un bol de gelée. Rien n’est différent, mais tout a changé. Plafond dans nos nuits de cavale. On laisse les rues derrière. Impossible de courir.

Ce qui ne se peut taire finit par être cloué du bec. Il faut pourtant trouver les mots de nuit, rassembler les gestes pour une ressemblance avec ce qui fut. De moins en moins. De plus en plus.

La tête est couchée debout. Nous fûmes pourtant des enfants sauvages. Ils ont dû grandir on ne sait pas comment. Leurs mots venaient du dehors de leur vie pour parler leur histoire derrière leurs paupières, dans leur nuque et jusqu’au bas du dos. Les années n’ont rien changé.

Restent les chutes inexplicables, les nausées, la noyade. Disparaître pour un temps. Puis reprendre les mêmes erreurs. La joie. Et la douleur. Jusqu’à ce que cela ne fasse plus qu’une bulle dans la bouche

Parfois ce n’était pas eux qui étaient dans l’amour. Mêmes s’ils se sont cherchés. N’importe qui, n’importe quand, n’importe comment. Ils disparaissent. Ils s’effacent. Répètent. Se répètent. jusqu’à plus soif. La douleur. Le plaisir. La douleur. Ils ne protestent plus. Abandonnent comme ça. Sur un coup de tête. Par force ou lassitude. Pour le bien. Pour le mal. Ou ils restent sur place.

Quelle erreur dans les vies produit un trouble si pressant ? On ne peut pour s’en sortir que devenir l’autre qu’on ne voulait pas être, qu’on exècre. Ou l’autre que nous étions et dont nous voulions nous garder. De toute façon le seul chemin est celui où l’on ne voulait pas marcher. Du moins pas comme nous l’avons fait. A rebours.

II

Quelqu’un a fondu sur nous et que nous connaissions trop bien. Nul ne peut l’en empêcher. Au nom de la faute première par laquelle tout est enfanté. Même si beaucoup font tout pour éviter ce dégât de l’espèce. Tout sauf évidemment le nécessaire. D’un genre inéluctable, plaisant puis douloureux. Au nom d’une promesse ou d’un rêve.

Au sensible préférer le sang cible et énoncer ce que les mots n’ont jamais pensé. Qu’importe donc ce qu’on peut en dire. Car qui se manifeste ment.??

Certes demeure toujours un doute. Mais comment parler avec exactitude ? Toute parole se fonde sur l’oubli contre la mémoire. Elle dit non à la grâce. Même celui d’un état corporel qu’on nomme jouissance. Tout dire est parenthèse. Chaque discours est caractériel et carcéral. A savoir l’inverse d’un exercice vital.

Prétendre le contraire reviendrait à devenir prêcheur solidaire de la meute, malaxeur d’orthodoxie. Le jour maintenant est très lointain. Toute chanson est interdite. Prières du soir suffisent en retournant les chaises pour s’en servir de prie-dieu.

Que cela apparaisse comme insensé cela va de soi et conduit à éprouver le regard sur les hommes comme celui sur le Christ nu en sa croix où la volupté fait office de foi.

Allégement après son passage. Comme celui des femmes pour les hommes et des hommes pour les femmes. Le corps va jusqu’où va son désir. L’erreur serait de s’y enkyster dans un élan entretenu avec assez d’obstination pour qu’il ne s’exténue de lui-même au bout de sa lassitude et à force de répétitions (sachant qu’aucun membre viril ne peut donner l’assurance d’être le point ultime) .??

Il convient d’aller sans illusion vers un éclat dont on ne saura jamais s’il permet d’entrevoir une révélation ou la destruction. Les deux, probablement. Elles sont inséparables. Puisqu’il n’existe pas de « visitation » verticale même si tout va du haut vers le bas. Le sacré ne descend pas, il monte croit-on. Mais l’horizontal seul assume le désirable et la désirade.

L’évidence tient au fait que rien avant la fin n’est définitivement acquis. Nous allons jusqu’à elle sans le moindre désir d’éprouver ce qu’elle est. Juste peut-être avec l’espoir de glisser d’un état exceptionnel dans un état ordinaire. Sans aucune prise sur le glissement et dans l’espoir de moindres douleurs.

L’exceptionnel n’a donc pas de durée. Seul le point final est incommensurable. Rien pourtant ne se fait que ce faire. Sinon qu’à l’ordinaire tout peut se bricoler dans la conservation que marque la scission vivipare.

Seule la grâce est donc liée provisoirement au sexe et ce juste avant que le ventre s’ouvre et qu’un flot élémentaire emporte notre inutilité nous laissant purement matériels. Que cela puisse nous donner la force dans ce que nous voudrions impossible : la perte inéluctable. Pour s’en abstraire certains choisissent la stratégie de la bête à deux dos d’autres vivent son défaut.

III

[...]

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2019 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs

 

- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -