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Histoire de Jéhan Babelin (68)
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 Article publié le 19 mai 2019.

oOo

Comme il était seul et à l’ouvrage

(Ce qui est le contraire d’accompagné

Et désœuvré) il put se regarder

Autant de fois que c’était possible

Dans le miroir transparent d’un carreau.

Il voyait un homme et les hommes

Revenaient frapper à sa porte, porte

Symbolique bien sûr, car il n’y avait

Pas de porte dans cette demeure

Sans corbeau.

 

---------------« Qui suis-je ? Et

Qu’est-ce qui m’appartient vraiment ?

Qu’est-ce que les autres pensent de moi ? »

Il avait trop lu et pas assez écrit,

Trop inventé et pas assez créé.

Il en était pleinement conscient.

Il était même heureux d’y avoir pensé.

Et quand il effleurait ce pistil de bonheur,

Le jardin s’emplissait de visiteurs

Qui étaient tous des personnages

De son invention. C’était son aventure.

Il n’y en avait pas d’autres.

 

Il songea souvent à cette réalité

Qui n’était connue que de lui seul,

Mais il ne s’efforça jamais d’en traduire

Les complexités de dame sans mercy.

Une fontaine s’était figée en lui, eau

Sans profondeur ni vitesse, sans rivages

Pour en comprendre les nuances, sans

Preuve qu’il existât vraiment comme

Existait les feuilles de papier vomies

Par l’écran en pleine effervescence.

 

« Au fond, pensa-t-il, je suis fait pour ça.

Il n’y a pas d’autre explication.

Et s’il y en avait une, foi d’animal !

Ça n’expliquerait rien de convaincant

Pour les autres, ceux qui m’aiment

Comme ceux qui ne me connaissent pas. »

 

Voilà comment il expliquait son immense

Et incalculable solitude d’homme « foutu

D’avance » — On le vit même résister

A la tentation d’exprimer toute la joie

Qui étreignait son cœur malade.

Alors il écrivait, écrivait, écrivait !

Il ne savait plus où il en était,

Un peu comme si quelqu’un écrivait

A sa place, double sans rôle de doublure.

 

Mais personne n’était là pour assister

Au véritable phénomène de son écriture.

Si on l’observait, ce n’était jamais de près.

Ni de loin d’ailleurs — l’imagination

N’a pas le pouvoir de traverser le blanc

Du papier — et il se disait en écrivant

Que le jour viendrait où il n’écrirait plus

Faute à la mort ou à l’épuisement

De son inspiration, si toutefois on

Pouvait appeler ça comme ça.

 

Ce sentiment sans nom l’angoissait

Au point qu’il songea à refaire le nœud

Avec toute l’application nécessaire,

Mais il n’en trouva pas la force.

Son corps exigeait de l’écriture qu’elle

Fût la seule manière d’exister.

 

Quelle tautologie ! Jetez un objet

Dans le néant, il n’en finit pas

De disparaître et continue d’exister

Comme si vous ne l’aviez pas jeté.

C’est tout de même plus difficile à vivre

Que de remonter sans cesse le rocher.

D’ailleurs vous ne remontez pas.

Vous êtes immobile au bord du trou,

En admettant que le néant soit un trou,

Ce qui n’est pas démontré, en poésie

En tous cas…

 

---------------À un moment donné (donné

Comment ?) vos yeux se ferment en même temps

Que votre esprit, votre sexe et vos plans.

Allez savoir si vous en savez plus alors !

Question que Babelin renonça à éclaircir

Au moyen d’une réponse — dehors,

Le jardin se peuplait de personnages

Et même de personnes — il eut ce désir fou

De chanter avec eux, même faux, même bête.

 

Mais la vitre qu’il embuait était imperméable.

Il eut beau tracer des signes avec un doigt,

Ils ne levèrent pas la tête et il renonça.

Il était écrit qu’il demeurerait seul

Jusqu’à la fin, quelle qu’elle fût.

Il avait écrit cela il y avait bien des années.

Il avait écrit (écrivons-le pour être juste) :

« Ce jour sera celui de ma solitude éternelle. »

C’était un peu solennel comme déclaration de style,

Mais cette seule phrase traduisait bien

L’état d’esprit dans lequel il se trouvait

Quand il décida de s’en remettre à l’écriture.

Vous savez ce que c’est — ou vous ne savez pas :

La mémoire fait ce qu’elle veut de vous

Et si elle le fait, c’est parce que vous lui avez ouvert

Toutes les portes du possible et de l’infini.

Romano, Romana, je suis ce que tu es !

 

 

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