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Histoire de Jéhan Babelin (FIN DE L'HIVER)
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 Article publié le 2 juin 2019.

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***

 

FIN DE L’HIVER

 

Instances de Babelin

 

Je ne souhaite la paralysie à personne.

Personne n’entrera dans mon enfermement.

Il ne se passera rien sans une intrusion.

Je n’ai pas l’intention de me sortir de là.

 

Au mur les mouches se collent crasseuses.

La lessive des rideaux date de l’année passée.

Passée à quoi, je ne vous le demande pas.

L’été est entré en fusion avec d’autres perspectives.

 

Peau de chat à la place de la bête sauvage.

Une carapace noire frémit au vent du balcon.

Je n’attends plus rien de vos visites amies.

La fumée sort de ma bouche en volutes parfaites.

 

Naguère le plan était coupé à l’endroit du fictif.

Un personnage apparaissait pour le dire.

J’avais assez de talent pour ne pas l’interrompre.

Mais sans ce personnage, le fil n’a plus de sens.

 

Oui, je sais, c’est compliqué, c’est même effarant.

Nous ne sommes pas tous taillés dans le même ordre

D’idée. Vous ne lirez donc pas mes suites de sommeil.

Ô bel alexandrin sans lune et sans soleil.

 

Chacun sa promenade et ses rencontres fortuites.

Ou bien c’est l’habitude qui recommence tout.

Nous n’avons rien trouvé d’autre pour explorer.

Mais vous ne voyagez pas sans vacances, amies.

 

-----------------------------On vous vit

-----------------------------Revenir

-----------------------------Au Désir,

-----------------------------C’est la Vie !

 

Moins de sonorités et plus de géométrie en phase

Avec l’énormité de ce qui se joue aux dés.

Le Philosophe devient poète s’il perd pied

Dans les eaux stagnantes de la seule promesse.

 

Voyez comme il se noie, ce noyé universel !

-----------------Vous n’aurez pas la réalité

-----------------Au bout de la langue.

Dessous, la poésie passe pour du corail.

 

Entre la sérieuse clarté des choses simples

Et la vague complexité des phénomènes,

La poésie joue à la balle avec la réalité.

Et encore, je me passe des majuscules requises.

 

-----------------Comme l’hiver est le dernier !

-----------------Et qu’il est loin le premier !

-----------------J’ai tellement su qui j’étais

-----------------Que je ne sais plus qui tu es.

 

Nous nous extasions devant des coquillages,

Oubliant les tempêtes de la veille au soir.

Seul comptait le reflet et sa projection.

Tu courais devant moi qui ne courais pas.

 

-----------------Et ainsi à l’infini !

-----------------Pourtant ce n’est pas fini.

Nous ne croyons plus aux résurgences de l’attente,

Chacun derrière son mur se promettant de vivre.

 

-----------------Quel hiver sans retour !

-----------------Nous n’avons plus l’amour

-----------------Ni même le désir

-----------------Et pourtant, quel plaisir !

 

-----------------------------Laisse aller !

-----------------------------C’est ici

-----------------------------Qu’on se quitte

-----------------------------Sans aller

-----------------------------Loin d’ici.

-----------------------------J’y habite !

 

Tu n’iras pas plus loin que l’arbre, et encore !

Ce n’est pas le vent ni la pluie, pas ces choses

Qu’on hérite pour les recommencer en poésie.

Je te retiens parce que tu es mon personnage

-----------------------------Préféré.

 

Oui, à la fin je suis seul mais tu survis au poème.

On ne m’a pas enfermé pour rien, ô visiteuses.

J’ai chiné un vieux bénitier pour vous payer.

Plongez vos doigts ensemencés dans cette eau !

 

Compliqué, oui, ça l’est ! On ne peut pas évoquer

Ces choses sans s’y perdre au moins un peu.

Ça n’entre pas dans la chanson mais à la fin,

Promis ! Juré ! Je chanterai rien que pour toi !

 

----------------------------------Je préfère

----------------------------------Les lazzis

----------------------------------A tes airs

----------------------------------Trop jazzy.

 

-----------------Quitte à épuiser

-----------------La rime et l’arpège.

-----------------Tu es bien trop lège

-----------------Gère à versifier.

 

Alors ne vous étonnez pas, ô passants pressés

Par vos achats et vos rêves de devenir riches,

Ne vous étonnez pas si ma morgue vous hâte.

Je ne comprends plus rien à vos aprosexies.

 

Voilà l’alexandrin de mes apoplexies !

Il contient tout, le gaillard ! Et comment !

N’y aurait-il plus rien entre nous, follets ?

N’empêche que vous répondez à mes saluts.

 

-----------------------------Car c’est moi

-----------------------------Qui salue

-----------------------------Et non vous

-----------------------------Qui passez.

 

-----------------Vos politesses obligées

-----------------M’ont si souvent désorienté !

-----------------Mais votre Orient c’est l’Été

-----------------Et les mers sont enneigées.

 

Ne comptez pas sur moi pour faire la la la !

Chez moi le mot s’emplit ou bien je le vide.

Vous connaissez ma cruauté verbale…

Vous en avez tant souffert dans ce lit !

 

-----------------Je l’oppose toujours

-----------------À vos invraisemblances.

-----------------Mais vous avez la chance

-----------------Du côté de l’amour.

 

-----------------------------La la la !

-----------------------------J’y suis pas !

-----------------------------Mirliton

-----------------------------Pas tonton !

 

Mais quel hiver, les amies ! Quel verglas !

Quelle couche de blanc sur le noir des idées !

Et vous pensez avec moi, foi de connaisseurs

En douleur métaphysique, que ce sera le dernier.

 

On en sait des choses sur les maladies !

-----------------Même la mienne

-----------------Est bien connue

-----------------Des spécialistes.

 

Laissez-moi seul tant que c’est possible.

Je veux dire décent, pas gênant, quoi !

Je ne veux rien savoir de mon cadavre !

J’en sais déjà trop du vôtre, ô pleureuses !

 

-----------------Qu’est-ce que je me sens dieu

-----------------------------Au moment d’en finir

-----------------------------Avec le plaisir

--------------------------------------------Et les jours !

 

Ah ! j’y grimperais bien sur cette croix !

Juste pour en redéfinir le sens et la foi.

Et vous me verriez nu et tordu de douleur,

Enfin apte à être lu en surface et en héros.

 

Mais vous finiriez par me prendre pour un singe !

Il n’y a rien comme le singe pour singer !

Et rien comme vos esprits pour éterniser.

Abandon de l’idée de la croix avant même…

 

-----------------Comment m’y suis-je donc pris

-----------------Pour ne pas mériter moi aussi ?

-----------------Pas de guerres, ni même un prix…

-----------------Et c’est maintenant que j’y pense !

 

-----------------Ô mort, toi l’hiver de ma pensée,

-----------------Ma seule possession en ce monde

-----------------Qui n’appartient à personne,

-----------------Mort, ne me prends pas sans moi !

 

----------------------------------Fini le temps

----------------------------------Où la poésie

----------------------------------Comme l’enfant

----------------------------------Joue à la balle !

 

-----------------Finis les jeux de l’enfance !

-----------------Ça va devenir sérieux !

-----------------Et on n’ va pas fair’ mieux !

-----------------Ah ! Ça c’est sûr !

-----------------C’est joué d’avance.

 

-----------------Mais vous jouerez sans moi.

-----------------Quel printemps ! Et quel vert !

-----------------Ah ! si c’est ça l’Enfer,

-----------------Je veux être roi !

 

Mais vous ne serez pas ma reine, cela va de soi.

Je veux mourir seul, en ma compagnie.

J’ boirais bien un coup, ah ! ça oui !

Mais paraît que c’est mauvais pour ma santé !

 

Alors je n’ boirais point ! Foi d’animal

Qu’en a pus pour longtemps à rêver !

Comme j’ai peu vécu ! Et pourquoi donc ?

Des fois j’ai plus d’estime pour moi-même !

 

-----------------Lignes tracées à l’horizontale

-----------------Par habitude, dans la foulée.

-----------------J’aurais pu inventer la verticalité

-----------------En matière de littérature.

 

-----------------Ya rien comme une bonne invention

-----------------Pour vous éterniser à tout jamais.

-----------------Et personne comme l’inventeur

-----------------Pour mystifier les aventures.

 

Mais j’ai rien su faire à part écrire sur la grille.

J’ai tout effacé sur les carreaux de la fenêtre

Et entre les meneaux j’ai chanté et même haï.

Quel hiver salaud ! J’avais rêvé mieux !

 

-----------------------------Une tourterelle

-----------------------------Me signale

-----------------------------Que l’église

-----------------------------Est encore debout.

 

-----------------Ah ! s’il n’y avait pas

-----------------Ce maudit automne

-----------------Entre l’Été et toi !

-----------------Quelle copulation !

 

Et quelle promesse de bonheur !

Comme l’été fond l’hiver en rêve !

On s’ croirait au printemps !

J’en ai le cul tout vert !

 

Mais je ne suis plus cet enfant capable

De remettre l’envers à l’endroit

Et la fin à sa place de commencement.

Je fais tout le contraire, pauvre bougre !

 

Et puis c’est tellement épais comme forêt

Toute une vie à chercher dans la pratique

De l’écriture de quoi nourrir l’animal !

Quel cri de bête dans la nuit sans voyage !

 

Ne t’arrête pas en si court chemin, caminante !

Les feux follets des fossés vont à ta rencontre.

Ne pose pas tes fesses dans la verdure !

Tu ne te sers pas assez de tes mains de travailleur !

 

-----------------Quelle crasse sur les murs !

-----------------Et pas faute de mouches !

-----------------Rien n’est plus aussi sûr

-----------------Et tout devient très louche.

 

-----------------Hosanna ! tout en bas de l’enfer

-----------------------------Quand remonte l’acide

-----------------------------Des estomacs l’hiver !

-----------------------------Je suis un apatride !

 

-----------------Ah ! je suis bien incapable

-----------------De chanter avec vous !

-----------------La Marseillaise et moi

-----------------Ça fait deux et j’en passe !

 

-----------------------------Le pas c’est non

-----------------------------Que je vous dis !

-----------------------------Et si j’ dis oui

-----------------------------C’est pas crénom !

 

Il est si tard pour en parler, ô mon hiver !

Mon hiver à moi seul, avec ou sans neige.

Je suis parti pour l’Australie, à Noël,

Et j’en suis revenu avec le même hiver.

 

Nous n’en parlerons plus aux stalactites.

Leur goute à goutte les reproduit plus bas,

Mais à l’envers ! Ô la belle métaphore !

Mais l’ai-je bien inventée, dans ce fatras !

 

Trop riche de poésie, l’homme, et pas assez

Ces nations qui ne disent pas leurs noms.

Ah ! ces trottoirs de l’Humanité, ces turbins !

Pas de quoi fouetter un chat qui sommeille.

 

-----------------Car c’est en fouettant le chat qui dort

-----------------Que ça miaule plus qu’il n’en faut.

-----------------La poésie naît de ce défaut

-----------------Chaque fois que le fouet en sort.

 

Allez donc bancaliser pareils vers, ô hivers !

Au carrefour des nations on se tripote.

Et c’est pas donné la veille ! Tous en bourse !

Yen a même qui savent plus comment faire !

 

----------------------------------Moi je saurais

----------------------------------Si l’occasion

----------------------------------M’était donnée

----------------------------------Comme en chanson.

 

-----------------Mais j’ai pas c’ qui faut !

-----------------Ça me fait défaut.

-----------------Et j’ fais pas d’efforts.

-----------------Pour ça je suis fort !

 

Ah ! quand on veut pas se rendre utile !

Quand c’est pas les autres qui parlent

Et que c’est tout autre chose, amies !

Et que même des fois ça se tait !

 

----------------------------------Ça en fait des vénus !

----------------------------------En uniforme

----------------------------------Et même en forme

----------------------------------De pédagogue !

 

Et ainsi taratata jusqu’à plus en finir

Avec ce qu’il aurait fallu achever.

-----------------Graphomane des jours,

-----------------Comment je me retiens ?

 

J’en ai soif jusqu’au désir d’oublier

Que je suis entré par la même porte.

-----------------Je ne sais plus si elle claque

-----------------A la fin de l’été, finalement.

 

J’ai oublié les derniers détails de l’Été.

C’est la faute à l’automne dans doute.

Ah ! ce que le temps qu’il fait est mal foutu !

Et dire que c’est toujours la même chanson !

 

C’est vrai que c’est compliqué, la sincérité !

Et facile de se laisser aller à profiter

Du temps qui passe comme il passe,

Jusqu’à la prochaine crise de nerfs…

 

Car au lieu de finalement crever vous tombez.

Ne dites pas le contraire ! Vous tombez !

Vous avez beau vous ramasser, vous tombez.

Manière à vous de figurer l’éternité.

 

Au moins l’oiseau se pose pour en finir.

L’oiseau que vous flinguez en vol

Ne tombe pas à vos pieds, plongeurs !

Quel feu d’artifice de plumes et de sang !

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