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 Article publié le 2 juin 2019.

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La jeune fille est d’abord un palindrome.
Un palindrome à consonance féminine. Très féminine.
La brièveté de son identité civile est en osmose avec l’énergie et la simplicité qu’elle dégage, avec ce qu’elle est. Un être doté d’une grande vitalité, qui croît peu à peu, au fil des ans, selon un système hormonal vivement et précocement sollicité, et visiblement déjà développé. Les copulations frénétiques avec son cousin sont des marqueurs indélébiles dans cette grande, dans cette immense habitation sans doute rêvée, quelque part entre les continents russe et américain, quelque part dans le temps, quelque part dans le mouvement de l’exil ... celui de son cousin se matérialisant maintenant à l’intérieur de sa chemise de nuit ... Elle est toujours prête pour lui, prête à découvrir, prête à la mutualité du plaisir ... en toute liberté ... Elle est amoureuse, oui, elle est attachée. Et l’assume volontiers, en petite femme transgressive, considérant la vie sous son angle le plus simple et le plus appréciable.
Quelque part entre conventions et marginalité ... Il est impossible de deviner ses traits, elle échappe sans cesse à la narration. Seuls les mouvements de son corps sont matériels ou presque, s’adonnent souvent aux disparates déplacements ... ainsi qu’au don absolu pour celui qu’elle a choisi, et ce en dépit de toutes les lois, de toutes les règles ...
Ada ou l’instinct.

Dans ces nations en ruine, au coeur de l’Occident, dans ces étendues de campagnes où de nombreux rois ont façonné le territoire et les moeurs, le personnage principal, le principal central se trouve sous le feu des balles, il traverse l’odyssée du conflit en remarquant que l’homme européen ne change pas véritablement. Dans ses nombreuses pérégrinations qui le font changer de continent, Bardamu vilipende les uns, les autres, l’amour, aussi. Et le vit pleinement. L’ire philosophique n’est pas contradictoire avec les paradoxes et leur succession. Oui, un paradoxe chasse l’autre. Tel Ulysse revenant à Ithaque, il reprend son métier initial après cette parenthèse désenchantée dont la preuve la plus matérielle, sans doute, réside dans la permanence de l’être humain malgré le fracas du conflit et ses diverses strates apocalyptiques. Mais Bardamu ne possède pas la révélation. Il est dans le constat qui suffit amplement à voyager. Le petit homme ulcéré lance des aphorismes acerbes en guise d’artillerie lourde, des aphorismes qui traversent le cortex du lecteur. La géographie montre l’étendue de sa variété dans ce paysage sombre où la plus grande humanité côtoie la quintessence de la cruauté. Le narrateur reste debout, malgré tout, riche sans doute de ce que l’on appelle l’expérience.
Oui, Bardamu est un animal sauvage profondément pragmatique.

Au sein de la Cité des Anges, oeuvre le Diogène des temps modernes. La mégapole et ses grandes artères, la mégapole et son extension sudiste comme sans fin, la mégapole et ses nombreux espaces de divertissement, la mégapole et ses empreintes d’étoiles à même le sol, la mégapole et ses autoroutes entrecroisées dans le ciel, la mégapole et son bord d’écume pacifique encerclent l’écrivain, encerclent l’homme/fauve qui vit longtemps, d’abord, dans l’espace exigu minimal où son oeuvre prend chaque jour un peu plus d’épaisseur. La réussite repose sur quelques éléments qui font le quotidien : liqueurs fortes, cigares, musique classique ... hippodromes, bars, pugilats ... scènes de la vie conjugale ...
Oui, la vie conjugale dans tous ses états.
Tous ses états ...
L’hostilité urbaine est largement amortie par l’agencement et la musique des mots, là, devant la machine à écrire, au sein de cet espace domestique tout ce qu’il y a de plus sobre ou essentiel, d’où s’échappent le cliquetis des lettres, ainsi que les mélodies des grands compositeurs, les grands amis de lettres ayant été absorbés depuis longtemps, bien longtemps. A l’aliénation du travail s’est substituée la passion de l’écrit, oui, rien ne compte davantage que la puissance des mots, leur ordonnancement, il n’y a en effet rien de plus matériel, rien de plus vivant, rien de plus transcendant que le sens et la folie verbales. Des anges, parfois, croisent l’écrivain - qui sans le savoir construit sa légende - , à l’instar de cet homme de bar ou ce barman qui est en quelque sorte le pendant de Chinaski, sans la capacité de création, avec qui il plaisante sans limite. Car la vie, au-delà de ses codes sociaux, de ses moeurs, de son organisation économique ... n’est rien d’autre qu’une immense farce à laquelle tout le monde est obligé de participer. Oui, tout le monde ...
Une chemise blanche, le ventilateur, un mobilier d’écriture ... du tabac et de l’alcool ... et les mains, à nouveau, sur le clavier.
Pour créer de la matière narrative à partir de toute cette folie ordinaire.

Des jambes en ciseaux, maintenant, les tarses effectuant d’incessants croisements dans l’espace, tandis que la petite croupe, ferme jusqu’à l’excès pour l’instant, est baignée par le disque … le minois, quant à lui, s’occupant d’une irrésistible friandise bariolée de forme allongée, par le biais d’une bouche qui glisse et glisse encore autour, afin d’en savourer la texture … et le suc …
Dans le canapé, là, dans l’espace domestique, la préadolescente se prélasse, taquinant le monsieur qui ne demande pas mieux … les divers mouvements qu’elle opère concourant, finalement, à une extase particulière … Acuité sensorielle …
Le langage de Lolita est aussi direct que la fraîcheur de son physique, aussi authentique ou sincère que son affection gentiment possessive envers ce nouveau papa dont elle aime alors - adore ? … - bousculer la tranquillité. Qui sait ce que la préadolescente a déjà vu ? Vécu ?
Toutes les femmes semblent habiter en elle, de l’enfant encore curieuse à la petite femme perverse, la simple adolescente ou encore la demoiselle attentionnée s’intercalant aisément.
Ainsi que celle du destin qui reconfigure sans cesse la réalité, une femme sans doute grandie par la tragédie et qui semble même la défier, car la vie, car l’énergie vitale, car l’instinct peuvent être sans limite.

La terre est aride, là. Les pensées et les actions aussi, semble-t-il. Le calme de l’écume et le fardeau des jours sont l’épaisseur de la narration. La conscience narrative principale se dresse dans un contexte spatio-temporel qui se fait pénétrer par sa subjectivité. Oui, le "je" est partout, phagocytant l’éternité des rochers, l’éclat brutal de l’azur, la course de l’écume, l’abondance du sable, les détails du cercueil, la douceur d’une amie, l’absence du temps, la disparition de sa mère, la configuration d’un procès ...
Ainsi que les hypothèses qui ne demandent qu’à devenir matérielles ...
Meurtre, mariage ...
Meursault.
Dans l’espace conventionnel, la subjectivité se glisse, sans adhérer à quoi que ce soit. Ou peut-être à tout ...
Le jeune homme accomplit les tâches auxquelles il est astreint et s’adonne à des plaisirs simples dont il absorbe la quintessence, la démesure.
Sa personnalité énigmatique, lisse comme du métal, paraît reposer sur une esthétique de la présence. Meursault, ainsi, n’a nul besoin d’être adjectivé. Il ne souhaite pas, non plus, être ostracisé. Il souhaite sans doute être lui-même, tout simplement ...

Les Lumières irradient pour la dernière fois. Ou plutôt, elles sont sur le point d’atteindre leur paroxysme.
Décorums domestiques et urbains se succèdent, là, dans un espace où la métonymie propage délicatement les substantifs ... velours, bois, coton, soie ... cuir ... les étoffes rivalisent d’épaisseur, enveloppant une silhouette droite, hiératique, une silhouette qui laisse paraître sa gorge en toute urbanité, une silhouette dont la souplesse et la fluidité dans l’espace indiquent sans doute la densité d’une éducation placée sous le sceau de la sobriété, de la discrétion et de la courtoisie, ainsi que d’une attitude propédeutique au mariage, indiquent aussi, probablement, l’errance d’un coeur et d’une âme à la recherche d’une substance masculine digne de ce nom, le vagabondage d’un affect pour l’instant en sommeil ...
La Présidente accepte les invitations, oui, elle se laisse volontiers embarquer dans une vie sociale quelque peu marquée, sa curiosité et son aménité recueillant une bonne partie des suffrages.
Oui, Madame de Tourvel est d’un commerce agréable, et sa beauté, son style sont tout en contention. L’énergie qu’elle possède ignore le cynisme, et sa prudence n’a d’égale que la puissance de son ouverture, de son authenticité qui s’apprête à déclencher un séisme sur l’échiquier, là, dans cet espace-temps investi par les adeptes de la vènerie humaine ...
L’élégance et la volonté sont tournées, maintenant, vers lui.

Vers cet aristocrate dont l’une des passions est de se divertir avec les femmes, une passion visiblement inaltérable. D’autant que son pendant, d’autant que la Marquise attise sans cesse ses forces et sa capacité de nuire. Valmont accumule les trophées, oui, il épaissit sa propre gloire en goûtant au plus ardent et aigu des dangers, ne revenant jamais sur le passé, ne souhaitant véritablement se projeter, vivant dans un présent ductile ou dilaté qui seul compte pour exister le plus brutalement. Ses yeux agissent tel un scanner courtois derrière lequel brille une réputation de soufre paradoxalement attirante. Oui, le Vicomte force le respect car il n’est peut-être pas que cela … clamant çà et là quelques extraits de littérature qui sont la preuve de sa passion authentique pour le verbe. Et de son respect. Les femmes passent, le verbe reste …
Sauf lorsque l’exception percute les règles et ouvre le champ des possibles, le champ de l’humain dans toute sa nudité. La noirceur lumineuse de Valmont s’irradie alors, de par l’insertion d’une rose dont les épines sont authentiquement contondantes, dont les pointes et le poison de vérité s’infiltrent avec la plus grande bienveillance, dans un instant total. Valmont est vivant, oui. Plus vivant que jamais.
L’animal émerge, se substituant au stratège, las.
Oui, las.
Et accomplit le programme de son espèce, un programme qui modifie l’architecture initiale, cet ensemble de vastes combinaisons destinées à absorber les pions pour agrandir son territoire, destinées à accroître inexorablement sa gloire, dans une concurrence sans merci. L’empire s’étend, oui, la Présidente et son destin achèvent le recouvrement de l’hédoniste sans scrupule dont le coeur, maintenant, est délimité, de frontières entouré.
Avant l’implosion ...

 

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