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Seriatim 2
Seriatim 2 - Les yeux ensemble dans la meurtrière (Patrick Cintas)

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 Article publié le 2 février 2020.

oOo

(dit-il)

Les yeux ensemble dans la meurtrière : le champ

Avec ses barques aux avirons coupés de soleil : le bois

Apprivoise des oiseaux / nous sommes en vacances

Depuis le début de l’été : papa est en voyage avec

Qui ? Le spectacle donné par les parents à leurs enfants

Ni comédie ni tragédie : montage publicitaire en cours

Dans le laboratoire de l’avenir : saisit un volume au vol :

Déchirure d’une fleur au mal bien littéraire / criardes

Mouettes dans les débris non pas d’un naufrage mais

De ce qui est passé par-dessus bord non pas dans

La tempête mais tout l’équipage au travail de l’ordure :

Objets du passé maintenant : et il revint avec cette

Blessure dans le cœur : il avait connu une autre femme,

Une femme aux belles couleurs de soleil et de forêt

Et il ne pouvait pas s’empêcher d’en parler / d’en rêver

Secouant le lit sur ses fragiles pieds de métal : crise

Des matins parce qu’il n’avait rien à faire à terre :

Qu’attendre : sous la tonnelle du bar de la Poste :

Plis de son bleu de travail aux auréoles de sel / château

Sans hantise, dit-il : la vue était panoramique : l’œil

Comme bercé par ces illusions : et à cheval elle passa

(Je vous raconte une histoire, messieurs…) 421 pour

Un inconnu qui n’appartient pas à la communauté :

Roulement de dés dans la mémoire maintenant,

La Gauloise au bec et dans la main le perroquet.

Il voulait que je me souvienne d’elle et de tout.

 

(ne dit-il pas)

 

Croissons dans la panade.

Du gras de morue à la place du beurre.

« Je ne sais pas si je pourrai me débarrasser

De cette angoisse / je ne te promets rien »

Pain des jours anciens dans l’ancien fumoir

À fromage : « je ne me suis jamais posé

La question / mais si tu le dis… »

Les draps sentaient son fromage.

Comme c’était l’été

Et que le vent revenait sur les quais,

Au balcon il relut ces poèmes

Sous le regard de la voisine au balai.

« Nous ne nous aimerons jamais assez, Arthur…

— Pourtant… ce temps… ces murs…

— Prouvent-ils le contraire ?

— Je ne t’ai jamais quittée ! »

La voisine tiqua, l’œil clignotant.

Balai soulevant des feuilles mortes

L’été / en bas des enfants se disputaient

La balle : éclat de vitrine à intervalle.

Un paillasson de fer sous ses pieds avant

D’entrer : la voisine observa longtemps

Ce sable dont elle ne reconnaissait pas

La texture : « Dis-moi, jeunesse, la poésie

Nourrit-elle l’esprit ? Ou le vide-t-elle

De sa substance filiale ? Je veux savoir ! »

Il le disait en tout cas… mais elle dormait

/ à l’heure où la femme descend et croise

Ses habitudes avec celles des autres : consignes

Diverses dans le filet / Douves secrètes dessous.

« Non je ne sais vraiment pas… ni

Quoi te dire, ni te promettre, ni oh toi ! »

Dans l’interstice des lames de parquet

Ou par la meurtrière au grès témoin

D’une érosion beaucoup plus ancienne /

« Je ne te demande pas de promettre /

Mais de t’efforcer d’y mettre du tien :

C’est souvent comme ça qu’on réussit

À s’en débarrasser : » et il voyait ces débris

Se déposer sous la vague en reflux : le sable

Miroitant alors : une anguille crevée recevait

Les premiers rayons : « Que vois-tu maintenant ?

— Je ne sais pas regarder comme toi, l’ami…

— Ces femmes les pieds dans l’eau, tu les vois ?

— Je les compte, l’ami : et ça m’angoisse

De te le dire, voilà ! » dit-il : écrasant le mégot

Dans la paume de sa main : il avait vu une mocheté

Grasse et sans couleur s’arracher des cris de plaisir

Au fil de la douleur occasionnée par la braise

De sa cigarette / « Foutez-la dehors une bonne fois ! »

 

« Je dis ça parce que je ne sais plus…

— Mais tu ne sais plus quoi… ?

Vas-tu cesser de me foutre la trouille ?

Ou bien ne reviens plus une bonne fois

Pour toutes ! »

 

« Si c’était facile, je le saurais

Aussi bien que les autres…

J’ai de la morue et du fromage…

Amène le pain dur et les œufs.

Et un flacon de ton anisette

À l’anéthol ! »

 

« Nous sommes les odeurs

Et le vent qui les donne.

Seul le sommeil annonce

Ces retours familiers auxquels

On s’habitue après avoir été

Aussi jeune qu’on pouvait

L’espérer. »

 

(substitue un imparfait de l’indicatif

À celui de son subjonctif, encore)

 

« Des fois je me demande si

Tu n’existes pas seulement

Pour les autres / je m’échine

Pour ne pas finir avec les chats

Qui jalousent les ravaudeuses.

Tu n’y penses même pas, alors… »

 

« Qu’est-ce qui court le plus vite

Dans le règne animal, réponds !

— L’esprit quand il revient de loin ! »

 

Dans le donjon sous sa terrasse

Ils observèrent le conservatoire

Des traces de la captivité dont

Il était question dans le prospectus :

« Quel destin on peut avoir si

On ne s’y attend pas, pas vrai… ?

— Elle savait bien ce qui l’attendait,

La garce !

— Oh ! Avec toi nous ne valons pas cher ! »

 

En tout cas pas aussi cher

Que le prix payé au large

De cette civilisation désormais

Perdue dans le labyrinthe

De ses désirs ritualisés.

 

Foutre ces écrans par la fenêtre

Avec le pognon de nos travaux

Ne servira sans doute à rien mais

Si on ne le fait pas : le paradis

Devient une sacrée réalité.

 

Revenir vers ces fresques écaillées

Et en lécher la chaux crevassée.

Combien de personnages ont

Souffert de ton imagination ?

 

L’eau des bénitiers et des douves

Finit par avoir un sens : celui

Qui ne s’est jamais perdu /

Gravité des architectures passées.

Roche des fondations dans l’herbe

Cramée des étés de vacances

Et d’aventures sans lendemain.

 

Comme il est facile d’oublier

Si la blessure est grave et

Définitive : cicatrice inexplicable

Autrement.

 

Ne revenez jamais avec une femme

Arrachée à son peuple : son ébène

Ou sa glaise sur le bahut avec les

Bibelots de l’enfance : « Quelle erreur

Avons-nous commise, dis-moi ? »

Écaillant la prise du matin et l’éventrant

Pour la détruire plus que pour la préparer

Aux ingurgitations méridiennes.

 

« Revenez quand vous voulez la table

Est servie à l’heure et la nuit tombe

Comme partout ailleurs : vous ne serez

Pas dépaysé : mais vous repartirez avec

Notre odeur / Ça, je vous le garantis ! »

 

« Mais pourquoi des projets puisque nous

N’en avons pas les moyens ? Tu oublies

Un peu vite que tu n’es pas là (avec moi

Voulait-elle dire) tous les jours : qui voyage

Le mieux ? Je ne sais même pas ce que c’est

Une île ! »

 

Pourtant au mur pendait la carte : ses tracés au fil

Des explorations préliminaires : les taches laissées

Par les doigts pressés d’en finir avec cette série

De calculs improbables : les plis accidentels ou

Rageurs : les victimes du royaume des insectes :

Toujours rétablissant le niveau d’un autre doigt.

Quel horizon fut mieux établi pour toujours ?

En marge les petits personnages costumés

À l’ancienne : mais de quelle tradition était-il

Question ? Nous n’irons jamais aussi loin, Arthur.

Même en vaisseau spatial. Pas plus qu’en rêve,

Cette imagination des sédentaires : cloués au sol

/ voilà ce qui nous attend : et tu n’y penses pas

Parce que tu es déjà un ivrogne, Arthur ! Et

Peut-être pire que ça… Les gens en parlent…

Tu ne connais pas les gens aussi bien que moi.

Sans doute parce que tu les fuis : tu ne fais

Que passer : parmi nous : parmi eux : ici et

Là-bas : au diable si tu veux : mais pas dans mon lit !

 

Quel âge est assez grand pour imposer sa race ?

Nous sommes si loin de tout : communiquant

Au lieu de se parler : comme on a toujours fait :

Cherchant la race où elle ne se trouve pas /

Perdant un temps précieux à épater la galerie

Des petits portraits et de leurs paysages de pacotille.

Dans les fissures de la pensée insérant nos enfants.

Attendant qu’on agisse dans la rue au lieu de réfléchir

Avec les moyens de l’écriture : las tu n’es plus

Et ça te porte tort : un matin tu finis avec le soleil.

Une nuit finira par te rendre malade à ce point.

 

Tu aimeras comme moi

La nervure nacrée et le sel

Des couleurs retrouvées

À peine l’eau secouée.

 

Méfie-toi de la marée

Aux solstices : ne plonge pas

Avant les autres : ceux qui

Savent de quoi il retourne.

 

Comme la chair pourrit facile

Dans l’eau et parmi les rochers !

Nous aimons en friture

Les petits poissons et la chair

Des coquillages et des filles.

 

Mille raisons de revenir chaque été.

Comme s’il s’agissait d’œuvrer.

Nos petits outils ne pèsent rien.

Nous sommes agiles maintenant.

Nous connaissons la vague

Et ses petites traîtrises de garce

Nées des conjonctions gravitationnelles.

Nous avons l’expérience du passé

Et de l’avenir : une sorte d’éternité

Nous passe sous le nez et c’est rageant !

Petits poèmes des pattes brisées

Et des coquilles vidées : des corps

Plus délicieux que les mots qui

Les désignent depuis si longtemps.

Mais nous reviendrons pour le dire.

D’ailleurs qui ne revient pas ?

Qui ne rêve pas de remplacer

Le bonheur par une mort plus

Facile à comprendre ? Surtout

À deux sur les sables de l’été.

 

« Je t’écris parce que je n’écris

Plus depuis que tu écris ah !

Que s’est-il passé entre nous ?

Et dans quel état retrouverons-

Nous ce que nous avons laissé ? »

 

 

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